La présente invention concerne les tôles en acier dual-phase laminées
à froid.
Dans le domaine de l'automobile, les aciers dual-phase (c'est à dire à
structure mixte ferrite-martensite-austénite) ont connu un grand
développement car ils allient une résistance très élevée à des possibilités
importantes de déformation. Leur limite d'élasticité à l'état de livraison est
relativement basse comparée à la valeur de résistance à la rupture, ce qui
leur confère un rapport limite d'élasticité/résistance très favorable lors des
opérations de formage. On peut réaliser ainsi des formes de pièces aussi
complexes qu'avec des aciers conventionnels, mais avec des propriétés
mécaniques beaucoup plus élevées, ce qui autorise une diminution
d'épaisseur pour tenir un cahier des charges fonctionnel identique. De la
sorte, ces aciers sont une réponse efficace aux exigences d'allégement et de
sécurité des véhicules. Dans le domaine des tôles laminées à froid (épaisseur
allant de 0.5 à 3 mm), ce type d'aciers trouve notamment application pour des
éléments tels que pièces de renfort, pièces d'absorption d'énergie en cas de
choc.
Le niveau de résistance des aciers dual-phase dépend étroitement de la
proportion de martensite et d'austénite. En l'absence de refroidissement très
rapide après laminage à chaud sur les lignes de fabrication, il est nécessaire
d'augmenter la teneur en éléments d'addition si l'on souhaite accroítre la
proportion de martensite. Cette démarche trouve cependant ses limites dans
la mesure où des additions excessives d'éléments d'alliage réduisent la
ductilité à chaud (et donc les possibilités de fabrication au train à bandes à
chaud), diminuent la soudabilité et la revêtabilité, et favorisent la formation de
structures en bandes.
Une solution consiste donc à superposer au durcissement d'origine
microstructurale (proportion plus ou moins importante de martensite) un
durcissement par précipitation de carbonitrures dans la matrice ferritique.
Déjà connue dans le domaine des aciers dual phase laminés à chaud, cette
approche l'est cependant beaucoup moins pour les produits laminés à froid et
recuits. Le document EP 0 969 112 A1 décrit par exemple un procédé de
production d'acier dual phase micro-allié laminé à chaud ou à froid, reposant
en particulier sur une température de bobinage inférieure à 350°C. Cette
gamme de températures basses présente cependant l'inconvénient
d'entraíner la formation de phases dures, bainitiques ou martensitiques,
nécessitant des efforts plus importants lors du laminage à froid ultérieur. A
capacités de laminage données, on comprend donc que cette solution
présente l'inconvénient de limiter la gamme d'épaisseur accessible par la
fabrication.
Le but de la présente invention est de proposer un procédé de fabrication
d'aciers dual-phase à résistance supérieure à 600 MPa, laminés à froid avec
recuit continu ou recuit de galvanisation ou recuit d'aluminiage, ne présentant
pas les inconvénients mentionnés précédemment.
A cet effet, l'invention a pour objet un procédé de fabrication de tôle d'acier
dual-phase laminée à froid possédant une résistance supérieure à 600 MPa :
On réchauffe à une température supérieure à 1000°C et inférieure à 1250°C
une brame d'acier dont la composition chimique comprend : (teneurs
exprimées en poids) 0,05% ≤ C ≤ 0,5%, 1%≤ Mn ≤ 2,5%, 0,05% ≤ Si ≤ 1,5%,
0,01 % ≤ Al ≤ 1,5%, Cr ≤ 0,75%, S ≤ 0,01%, P≤ 0,1%, N ≤0,01% et au moins
un élément d'alliage choisi parmi Ti, Nb, Zr, V, satisfaisant à : 0,01% ≤ (Ti-3,4N)≤0,2%,
0,01% ≤ (Nb-6,5N) ≤ 0,15% 0,01% ≤ (Zr-6,5N) ≤ 0,15%,
0,01%≤( Ti + Nb -3,4 N )≤0,35%, 0,01% ≤ (V -3,6 N) ≤ 0,20%, 0,01% < (Ti +
V -3,4N) ≤0,40%, le reste de la composition étant constitué de fer et
d'impuretés résultant de l'élaboration. On lamine à chaud cette brame de telle
sorte que la température de fin de laminage soit supérieure ou égale à Ar3.
On refroidit la tôle ainsi obtenue à une vitesse vR telle que vR≥10°C/s, puis on
la bobine à une température comprise entre 400 et 700°. Après laminage à
froid de la tôle, celle-ci est soumise à un recuit continu associé ou non à un
cycle de galvanisation ou d'aluminiage.
Selon une autre caractéristique de l'invention, la température de recuit est
comprise entre Ac1 et 810°C.
Selon une autre caractéristique de l'invention, la vitesse de refroidissement
après recuit est supérieure à 2°C/s.
L'invention va maintenant être décrite de façon plus précise, mais non
limitative, en considérant ses différents éléments caractéristiques:
La fabrication d'aciers dual-phase laminés à froid puis recuits comporte un
certain nombre d'étapes successives : réchauffage des brames, laminage à
chaud, refroidissement après laminage, bobinage, laminage à froid, recuit.
Des phénomènes de dissolution-précipitation, éventuellement de
transformation de phases ou de recristallisation, peuvent intervenir au cours
de ces différentes étapes. Si l'obtention de hautes caractéristiques
mécaniques passe par un durcissement microstructural et par micro-alliage le
plus important possible, son optimisation doit être considérée de manière
globale et non sur chacune de ces différentes étapes prises individuellement.
Les inventeurs ont mis en évidence de façon nouvelle qu'un durcissement
optimal est obtenu dans les conditions suivantes :
- En fin de laminage à chaud, il convient de ne pas tirer le plein parti de
l'affinement de grain potentiel lié à une précipitation massive des éléments
de micro-alliage . Au contraire, ceux-ci doivent être maintenus en solution
solide afin de favoriser leur précipitation au niveau du recuit continu. Une
précipitation trop importante des éléments de micro-alliage au stade du
laminage à chaud conduirait à un grossissement et/ou à une coalescence
des précipités au maintien lors du recuit, ce qui ferait chuter rapidement le
durcissement structural en découlant.
- Le meilleur compromis (résistance mécanique-allongement) après
laminage à froid et recuit est obtenu en observant des conditions de recuit
qui correspondent notamment à une précipitation fine des éléments de
micro-alliage dans la ferrite ainsi qu'à une recristallisation pratiquement
complète, ce qui est obtenu en minimisant la température de recuit
continu.
Différents éléments doivent être pris en considération en ce qui concerne la
composition des aciers mis en oeuvre dans l'invention :
- Le carbone est un élément qui joue un rôle primordial sur la formation de
la microstructure. Au-dessous de 0,05%, la trempabilité est cependant
insuffisante pour obtenir les caractéristiques de haute résistance
souhaitées. Au-delà de 0,5%, les propriétés d'emboutissabilité et de
soudabilité sont très limitées.
- Outre un effet durcissant par solution solide, le manganèse est un élément
qui stabilise l'austénite et procure une trempabilité satisfaisante. Une
teneur minimale de 1% est nécessaire pour obtenir les propriétés
mécaniques désirées. Cependant, au-delà de 2,5%, son caractère
gammagène conduit à la formation trop marquée d'une structure en
bandes.
- Le silicium est un élément participant à la désoxydation de l'acier liquide
et au durcissement en solution solide. De plus, cet élément joue un rôle
important en empêchant la précipitation des carbures et en favorisant
donc la formation de phase martensitique. Il joue un rôle effectif au-delà
de 0,05%. Cependant, au-delà d'une teneur en Si de 1,5%, la formation
d'oxydes adhérents à la surface des produits devient excessive, et la
soudabilité est réduite.
- Le chrome est également un élément qui procure une trempabilité
importante en stabilisant l'austénite. Au-delà de 0,75%, on observe une
augmentation du risque de poudrage lors de l'emboutissage, ainsi qu'une
dégradation du compromis entre la résistance et la ductilité.
- L'aluminium est un élément efficace pour la désoxydation de l'acier
liquide. De plus, cet élément joue un rôle important en empêchant la
précipitation des carbures et en favorisant donc la formation des phases
martensitiques. Il joue un rôle effectif au-delà de 0,01%. Au-delà de 1,5%
la soudabilité est dégradée.
- Au-delà d'une teneur en soufre de 0,01%, la ductilité est réduite en raison
de la présence excessive de sulfures qui diminuent l'aptitude à la
déformation, en particulier lors de l'essai d'expansion de trou.
- Le phosphore est un élément qui diminue l'aptitude au soudage par points
et la ductilité à chaud, particulièrement en raison de son aptitude à la
ségrégation ou à la co-ségrégation avec le manganèse. Pour ces raisons,
sa teneur doit être limitée à 0,1%.
- Le titane, avec le niobium, le vanadium et le zirconium, fait partie de la
catégorie des éléments de micro-alliage, éléments efficaces même pour
de faibles quantités ajoutées (quelques 10-3 à quelques 10-2%). II peut
précipiter sous diverses formes: TiN, TiC, Ti(CN)... Cet élément est
notamment utile pour le piégeage de l'azote, le contrôle de la forme des
sulfures et de la taille de grains au réchauffage avant laminage. La
composition de l'invention, combinée avec le schéma de fabrication
exposé plus loin, permet d'obtenir les résultats suivants:
- Un maintien de la précipitation fine de TiN et de Ti(CN) lors du
réchauffage des brames avant laminage à une température inférieure
à 1250°C, ce qui permet de contrôler la taille du grain austénitique.
- Une limitation de la précipitation du titane sous forme de TiC lors du
laminage à chaud, du refroidissement et du bobinage à chaud dans les
conditions exposées plus loin.
- Une optimisation de la précipitation du titane restant lors d'une
éventuelle précipitation ultérieure lors du recuit continu.
- La précipitation des TiN, se produisant à un stade très en amont du
procédé, n'aura aucun pouvoir durcissant dans l'acier final. II convient
donc d'ajouter le titane en surstoechiométrie par rapport à N, pour
garantir que tout le titane ne sera pas piégé sous forme de TiN. Le titane
libre, c'est-à-dire non piégé sous forme de TiN, est égal à (Ti -3,4N).
Ainsi, on limitera d'une part la teneur en N à 0,01%, et on s'assurera
d'autre part que la teneur en titane libre est supérieure à 0,01% pour
garantir le durcissement souhaité sous forme de TiC.
- Il convient cependant de ne pas dépasser une teneur en titane libre de
0,20%, pour laquelle il se forme des nitrures de titane grossiers précipités
dès l'état liquide, qui tendent à réduire la ductilité.
- Le zirconium est très efficace pour former de fins précipités de Zr(CN)
dans l'austénite ou dans la ferrite lors du laminage à chaud, ou encore
lors du maintien au recuit dans une gamme de température voisine de
l'intervalle de transformation intercritique. La présente invention vise à
éviter la précipitation complète du zirconium après bobinage et à favoriser
la précipitation du zirconium résiduel lors du recuit continu. Cet effet ne
peut être obtenu que si une quantité suffisante de zirconium libre (n'ayant
pas précipité sous forme de ZrN) est présente, soit quand (Zr-6,5N)
≥0,01%. Cependant, lorsque la quantité de zirconium libre est supérieure
à 0,15 %, on assiste à une précipitation importante de carbonitrures lors
du laminage, ce qui diminue la teneur en Zr libre avant recuit continu et
réduit la possibilité d'obtenir des caractéristiques mécaniques élevées du
fait de la diminution de la trempabilité. De plus, une quantité excessive en
zirconium libre dégradant la soudabilité, il convient de limiter celle-ci à
0,15%.
- Le niobium est très efficace pour former de fins précipités de Nb(CN)
dans l'austénite ou dans la ferrite lors du laminage à chaud, ou encore
lors du maintien au recuit dans une gamme de température voisine de
l'intervalle de transformation intercritique. En tant qu'élément de micro-alliage,
le niobium peut être utilisé seul, ou en combinaison avec le titane.
Dans le premier cas, la présente invention vise à éviter la précipitation
complète du niobium après bobinage et à favoriser la précipitation du
niobium résiduel lors du recuit continu. Cet effet ne peut être obtenu que
si une quantité suffisante de niobium libre, non combiné à l'azote, est
présente, soit quand (Nb-6,5N) ≥0,01%. Cependant, lorsque la quantité
de niobium libre est supérieure à 0,15%, on assiste à une précipitation
importante de carbonitrures lors du laminage, ce qui diminue la teneur en
Nb libre avant recuit continu et réduit la possibilité d'obtenir des
caractéristiques mécaniques élevées du fait de la diminution de la
trempabilité. De plus, une quantité excessive en niobium libre dégradant
la soudabilité, il convient de limiter celle-ci à 0,15%.
- Une combinaison du titane et du niobium est particulièrement
intéressante en vue de la fabrication d'aciers dual-phase laminés à froid à
haute résistance. En association avec les caractéristiques du procédé
décrites plus loin, il est alors possible :
- de limiter la croissance du grain lors du réchauffage avant laminage,
grâce aux précipités stables de nitrures de titane.
- Grâce à la faculté du titane à précipiter facilement au début du laminage
sous forme de TiC, d'abaisser la teneur en carbone en solution solide, et
donc de réduire la possibilité de précipitation du niobium. Ce dernier
élément peut alors être utilisé pour obtenir un durcissement structural
plus efficace lors du recuit après laminage à froid. De la sorte, la
précipitation de titane protégera et décalera la précipitation de niobium
jusqu'au recuit continu. Ces effets ne peuvent être obtenus que la teneur
totale en titane et en niobium non liés à l'azote est suffisante, c'est à dire
lorsque (Ti + Nb - 3,4N) est supérieur à 0,01%. Cette quantité doit
cependant être limitée à 0,35% afin de garantir une bonne soudabilité et
d'assurer que la recristallisation intervient de façon pratiquement
complète lors du recuit.
- Le vanadium est très efficace pour former de fins précipités de V(CN)
dans l'austénite ou dans la ferrite lors du laminage à chaud, ou encore
lors du maintien au recuit dans une gamme de température voisine de
l'intervalle de transformation intercritique. La présente invention vise à
éviter la précipitation complète du vanadium après bobinage et à favoriser
la précipitation du vanadium résiduel lors du recuit continu. Cet effet ne
peut être obtenu que si une quantité suffisante de vanadium libre (n'ayant
pas précipité sous forme de VN, exprimé par la quantité : (V - 3,6N)) est
présente, soit quand V ≥0,01%. La teneur en azote, quant à elle, doit être
limitée à 0,01% pour éviter la formation de nitrures grossiers.
Cependant, lorsque la quantité de vanadium libre est supérieure à 0,20 %,
on assiste à une précipitation importante de carbonitrures lors du
laminage et du bobinage, ce qui diminue la teneur en V libre avant recuit
continu et réduit la possibilité d'obtenir des caractéristiques mécaniques
élevées du fait de la diminution de la trempabilité. De plus, une quantité
en vanadium excessive dégradant la soudabilité, il convient de limiter
celle-ci à 0,20%. - Le vanadium est sensiblement plus soluble dans l'austénite que le titane,
le niobium ou le zirconium. Sa précipitation intervient donc faiblement lors
du laminage à chaud, mais plus fortement à des températures plus
basses, typiques du bobinage (vers 500-700°C) qui correspondent en
pratique au « nez » de précipitation de V(CN). Dans un acier contenant
seulement du vanadium comme élément de micro-alliage, une large partie
du V risque d'être précipitée au bobinage et de coalescer ultérieurement
sans effet bénéfique lors du recuit après laminage à froid. Une
amélioration de la solution avec V seul est d'utiliser cet élément
conjointement avec le titane dans les conditions du procédé détaillé ci-dessous
: en effet, comme dans le cas du niobium, la présence de titane
permet d'accroítre la solubilité du vanadium lors de la phase de fabrication
à chaud, puis de favoriser la précipitation du titane et du vanadium lors de
la phase de recuit après laminage. Ces effets ne peuvent être obtenus
que si la teneur totale en titane et en vanadium non liés à l'azote est
suffisante, c'est à dire lorsque (Ti + V - 3,4N) est supérieur à 0,01%.
Cette quantité doit cependant être limitée à 0,40% afin de garantir une
bonne soudabilité et d'assurer que la recristallisation intervient de façon
pratiquement complète lors du recuit.
Les conditions de mise en oeuvre du procédé de l'invention sont les
suivantes :
- Des brames d'acier sont tout d'abord réchauffées à une température
comprise entre 1000 et 1250°C. Le réchauffage des brames a pour but
d'atteindre en tout point les domaines de température favorables aux
fortes déformations que va subir l'acier lors du laminage, ainsi que de
remettre en solution les carbures formés après solidification. Cependant,
si la température de réchauffage est trop importante, les grains
austénitiques croissent de façon indésirable. Dans ce domaine de
température, les seuls précipités susceptibles de contrôler efficacement la
taille du grain austénitique sont les nitrures de titane, et il convient de
limiter la température de réchauffage à 1250°C afin de maintenir une
précipitation fine des TiN et un grain austénitique fin à ce stade.
- Afin de précipiter le moins possible d'éléments de micro-alliage (tout
particulièrement le niobium et le titane) à ce stade, la température de fin
de laminage doit être supérieure à la température de transformation
ferritique Ar3. Outre l'intérêt d'utiliser le potentiel d'une précipitation
ultérieure lors du recuit, la limitation de la précipitation sous forme de
carbures lors du laminage à chaud présente l'avantage de réduire les
efforts de laminage à chaud ou à froid.
- La vitesse de refroidissement après laminage doit être supérieure à
10°C/s pour éviter une précipitation des éléments de micro-alliage,
notamment de NbC.
- Pour des raisons similaires, la température de bobinage doit être
inférieure à 700°C afin d'éviter que celle-ci ne corresponde à un domaine
de précipitation intense du niobium ou du vanadium. Celle-ci doit être
supérieure à 400°C pour ne pas former des phases durcissantes en
quantité excessive.
- Le laminage à froid sera réalisé dans des conditions identiques à celles
des aciers conventionnels, par exemple avec un taux de réduction
compris entre 30 et 80%.
- La température de maintien au recuit continu doit être peu élevée afin de
précipiter les carbonitrures très finement dans la ferrite, et située au-dessus
de Ac1 afin de former une proportion d'austénite favorable à la
formation de phases durcissantes après refroidissement. La troisième
condition est de pratiquer ce maintien à une température supérieure à la
température de recristallisation de l'acier afin de relaxer l'énergie interne
stockée lors du laminage à froid. La combinaison de ces trois conditions
permet d'obtenir simultanément un optimum de durcissement structural
par la précipitation et de trempabilité de l'austénite intercritique,
trempabilité due à l'effet d'épinglage des fins précipités. On aboutit ainsi à
une combinaison résistance-allongement optimale. En fonction des
propriétés souhaitées, on pourra adapter la température de maintien au-dessus
de Ac1 et de la température de recristallisation. Elle ne doit pas
être toutefois supérieure à 810°C sous peine de perdre le bénéfice lié à la
structure formée grâce à la présente invention.
- La vitesse de refroidissement après maintien au recuit doit être
supérieure à 2°C/s pour assurer la transformation de l'austénite
intercritique en martensite ou sa stabilisation éventuelle jusqu'à
température ambiante. Il est à noter que de faibles vitesses de
refroidissement (de 2 à 5°C/s) sont envisageables grâce à la trempabilité
induite par la fine microstructure de précipitation formée.
La présente invention va être maintenant illustrée à partir des
exemples suivants :
Exemple 1: Le tableau 1 indique la composition chimique d'un acier
correspondant au domaine de l'invention (analyse en % pondéral)
| Composition chimique d'acier conforme à la présente invention |
|
C
|
Mn
|
Si
|
S
|
P
|
Al
|
Cr
|
Nb
|
N
|
| 0,08 |
1,9 |
0,35 |
0,002 |
0,007 |
0,035 |
0,2 |
0,032 |
0,002 |
Après réchauffage à 1100°C, cet acier a été laminé à chaud jusqu'à une
épaisseur de 3 mm, avec une température de fin de laminage de 910°C
(nota :Ar3=820°C pour cet acier) et une vitesse de refroidissement de 25°C/s
après laminage. Une partie des tôles d'acier a été bobinée à une température
de 500°C, une autre partie à 700°C.
Les tôles obtenues ont été ensuite laminées à froid jusqu'à une épaisseur de
0,7mm. Elles ont été soumises à un recuit continu soit à 770°C, 790°C, ou
810°C (nota : Ac1=700°C) pendant 3 minutes, puis refroidies à 20°C/s.
Le tableau 2 indique les caractéristiques de résistance à la rupture en
traction obtenues après mise en oeuvre de l'invention, par comparaison avec
un procédé de fabrication selon l'art antérieur. Dans le tableau, T
bob et T
m
désignent respectivement les températures de bobinage après laminage à
chaud, et de recuit après laminage à froid.
A composition d'acier donnée, il apparaít ainsi clairement que la mise en
oeuvre de l'invention permet un gain de résistance très significatif par rapport
à un procédé conventionnel (par exemple Tbob=700°C, Tm=810°C). En effet :
- A température de recuit donnée, le choix adéquat de la température de
bobinage permet un gain de 160 à 350 MPa sur la résistance.
- A température de bobinage donnée, l'accroissement de la résistance peut
atteindre 130 MPa grâce à une sélection de la température de recuit selon
l'invention proposée.
Exemple 2 :
Un second exemple illustre les avantages présentés par l'invention :
Des tôles d'aciers dual-phase laminées à froid, dont la composition figure au
tableau 3, ont été fabriquées.
| Composition chimique d'aciers (analyses en % pondéral) utilisés pour la fabrication de tôles dual phase laminées à froid |
| Acier | Caracté- ristiques | C | Mn | Si | S | P | Al | Ti | Nb | N |
| A | Référence | 0,25 | 1,8 | 0,45 | 0,001 | 0,01 | 0,03 | () | () | 0,002 |
| B | 0,3 | 1,85 | 0,45 | 0,001 | 0,01 | 0,03 | () | () | 0,002 |
| C | 0,35 | 1,85 | 0,45 | 0,001 | 0,01 | 0,03 | () | () | 0,002 |
| D | Invention | 0,15 | 1,9 | 0,35 | 0,001 | 0,01 | 0,03 | 0,1 | | 0,002 |
| E | 0,15 | 1,9 | 0,35 | 0,001 | 0,01 | 0,03 | 0,085 | 0,015 | 0,002 |
Dans ce tableau, les aciers D et E correspondent aux conditions de
l'invention. Les aciers A à C, sans élément de micro-alliage, ont été pris
comme référence. On observera que la teneur en carbone et en silicium de
ces derniers aciers est notablement supérieure à celle des aciers de
l'invention.
Après réchauffage à 1250°C, ces aciers ont été laminés à chaud jusqu'à une
épaisseur de 3 mm, avec une température de fin de laminage de 910°C
(note : Ar3≤820°C pour ces aciers), une vitesse de refroidissement de 25°C/s
après laminage. Les tôles d'aciers ont été bobinées à 500 °C. Dans un cas
particulier (acier D), on a également effectué un bobinage à une température
de 180°C, c'est-à-dire en dehors des conditions définies par l'invention.
Les tôles ont été ensuite laminées à froid jusqu'à une épaisseur de 1 mm,
soumises à un recuit continu à 770°C (note : Ac1=700°C) pendant 3 minutes
puis refroidies à 20°C/s.
Le tableau 4 illustre les propriétés mécaniques de traction (résistance à la
rupture, allongement) mesurées sur les tôles ainsi fabriquées (T
bob=500°C)
| Propriétés mécaniques des aciers du tableau 3 mesurées sur tôles laminées à froid et recuites |
| Acier | Caractéristiques | Rm (MPa) | A (%) |
| A | Référence | 830 | 14 |
| B | 900 | 12 |
| C | 1075 | 8,5 |
| D | Invention | 1050 | 9 |
| E | 1050 | 14 |
Il apparaít nettement que la maítrise du durcissement par précipitation grâce
au procédé dévoilé par l'invention permet d'obtenir des caractéristiques
mécaniques identiques, à analyse beaucoup moins chargée. Ainsi, les
teneurs en carbone et en silicium peuvent être abaissées respectivement de
0,2 et 0,1%, tout en gardant des caractéristiques mécaniques similaires. Cet
abaissement est bien entendu très favorable aux différentes propriétés de
fabrication ou de mise en oeuvre (emboutissabilité, soudabilité...)
Pour un niveau de résistance comparable (aciers C et E), l'invention permet
d'obtenir des caractéristiques d'allongement supérieures, ce qui contribue
donc significativement à l'allégement des structures lors de la mise en oeuvre.
Par ailleurs, dans le cas de l'acier D, les niveaux de résistance mécanique
obtenus sur tôles à chaud sont les suivantes :
- Dans le cas d'un bobinage à chaud à 500°C (invention): Rm= 800 MPa
- Dans le cas d'un bobinage à 180°C (référence) : Rm= 960 MPa
La facilité de laminage à froid diminuant avec Rm, la mise en oeuvre de
l'invention permet une réduction des efforts de laminage et donc d'accroítre la
gamme d'épaisseur accessible lors de la fabrication.