MATERIAU ET PROCEDE POUR LA FORMATION D'UN
REVETEMENT PROTECTEUR SUR UN SUBSTRAT
EN UN ALLIAGE A BASE DE CUIVRE
La présente invention concerne la formation d'un revêtement protecteur contre l'érosion et la corrosion à haute température sur un substrat en un alliage à base de cuivre, par projection thermique, soudage à l'arc plasma ou brasage d'un matériau métallique sur ce substrat.
On a déjà reconnu l'intérêt de former, sur la surface d'un substrat en alliage à base de cuivre contenant également au moins l'un des métaux suivants: aluminium, zinc, étain et nickel, en particulier sur la surface de moules de verrerie en alliage cuivre-aluminium connu sous le nom "bronze d'aluminium", un revêtement protecteur contre l'érosion et la corrosion à haute température, par application d'un matériau de revêtement, essentiellement constitué d'un alliage dur et résistant à l'abrasion et à la corrosion à haute température, ou susceptible de former un tel alliage, cet alliage étant notamment du type nickel-bore-silicium ou du type nickel- chrome-bore-silicium.
Toutefois, les tentatives effectuées dans ce sens se sont soldées par des échecs ou ont conduit à des résultats médiocres qui semblent résulter du fait que l'oxydation du cuivre et des autres constituants du substrat, lors de l'application du matériau de revêtement sur le substrat, entraîne une mauvaise mouillabilité de ce dernier par le matériau métallique de revêtement, rendant très difficile, voire impossible, d'obtenir une bonne liaison du revêtement sur le substrat. On observe, en outre, une détérioration de la compacité du revêtement, ainsi que de son aptitude à l'usinage, qui paraît également résulter de la formation d'oxyde de cuivre à l'interface entre le substrat et le matériau de revêtement.
On a essayé de trouver une solution à ce problème en utilisant des compositions décapantes en vue d'améliorer la mouillabilité du substrat par le matériau de revêtement. Toutefois, jusqu'à présent,
de tels essais ont toujours échoué, en particulier dans le cas où le substrat est constitué par un alliage de cuivre contenant de l'aluminium, tel que ceux que l'on emploie couramment à l'heure actuelle pour la fabrication de moules de verrerie, dont les arêtes se révèlent particulièrement sujettes à l'usure et à l'érosion au contact du verre en fusion.
Les inconvénients découlant du problème qui vient d'être mentionné sont d'autant plus marqués que les points ou les domaines de fusion des matériaux métalliques, que l'on a essayé d'utiliser jusqu'à présent pour former un revêtement protecteur sur le substrat en alliage à base de cuivre, n'ont qu'une faible différence avec ceux de ces derniers alliages. Par conséquent, lors de l'application de ces matériaux métalliques sur ces substrats, ces derniers sont inévitablement portés à des températures proches de leur domaine de fusion, ce qui peut entraîner leur déformation et, de toute manière, favorise la formation et la diffusion des oxydes de cuivre vers les parties superficielles du substrat.
L'invention a pour but d'éliminer les inconvénients susmentionnés.
A cet effet, l'invention a pour objet un matériau métallique de revêtement pour la formation, par projection thermique, soudage à l'arc plasma ou par brasage, d'un revêtement protecteur contre l'érosion et la corrosion à haute température, sur un substrat en un alliage à base de cuivre, ce matériau de revêtement ayant une composition comprise dans les limites suivantes (en pourcentage pondéral):
Un domaine de composition particulièrement avantageux, à l'intérieur des limites susmentionnées, correspond aux limites plus étroites suivantes (en pourcentage pondéral):
et un domaine de composition encore plus avantageux correspond aux limites suivantes (en pourcentage pondéral):
Avantageusement, ce matériau métallique de revêtement consiste en un alliage ou en un mélange d'au moins deux poudres d'alliage métallique.
Avantageusement, le matériau est sous forme de particules consistant chacune en un agglomérat d'au moins deux poudres d'alliage métallique.
Conformément à une forme d'exécution particu lièrement avantageuse, ce matériau consiste en un mélange d'une poudre d'alliage nickel-phosphore et d'une poudre d'alliage choisi parmi les alliages nickel-bore-silicium et les alliages nickel-chrome-bore- silicium.
Conformément à une autre forme d'exécution avantageuse, le matériau consiste en un mélange d'une poudre d'alliage nickel- chrome-phosphore et d'une poudre d'alliage choisi parmi les alliages nickel-bore-silicium et les alliages nickel-chrome-bore- silicium.
Egalement de manière avantageuse, le matériau peut consister en un mélange d'une poudre d'alliage cuivre-phosphore et d'une poudre d'un alliage choisi parmi les alliages nickel-bore-silicium et les alliages nickel-chrome-bore-silicium.
L'invention concerne également un procédé de fabrication du matériau de revêtement qui vient d'être décrit. Ce procédé est caractérisé en ce que l'on prépare séparément lesdits alliages métalliques sous forme de masses en fusion, à partir de leurs éléments constitutifs et/ou d'alliages contenant ces éléments, puis que l'on solidifie les alliages ainsi obtenus et que l'on les met sous forme pulvérulente et, finalement, que l'on mélange entre elles les poudres ainsi formées.
Conformément à un mode de mise en oeuvre particulièrement avantageux de ce procédé, on effectue l'opération de mise des alliages sous forme pulvérulente par concassage et/ou broyage de masses d'alliage solide résultant de la solidification des alliages fondus respectifs.
Selon une autre forme d'exécution avantageuse, on peut mettre les alliages sous forme pulvérulente par pulvérisation et refroidissement directement à partir de l'état fondu. A cet effet, on peut notamment utiliser une installation de pulvérisation et refroidissement dans laquelle, de manière connue en soi, un alliage
en fusion est pulvérisé sous forme de fines gouttelettes au moyen de buses et ces gouttelettes sont immédiatement soumises à un refroidissement énergique de manière à les solidifier.
Selon un mode de fabrication particulièrement avantageux du matériau, dans le cas où celui-ci est constitué par un seul alliage, on prépare ledit alliage sous forme d'une masse en fusion, à partir de ses éléments constitutifs et/ou d'alliages contenant ces éléments, puis l'on solidifie et l'on met sous forme pulvérulente l'alliage ainsi obtenu.
A cet effet, on peut avantageusement mettre l'alliage sous forme pulvérulente par concassage et/ou broyage d'au moins une masse d'alliage solide résultant de la solidification de l'alliage, ou bien on peut mettre l'alliage sous forme pulvérulente par pulvérisation et refroidissement à partir de l'état fondu.
Conformément à un autre mode de mise en oeuvre avantageux, l'on prépare séparément au moins deux poudres d'alliage métallique selon l'une des manières spécifiées ci-dessus, et l'on forme ensuite des particules constituées chacune d'un agglomérat d'au moins deux des poudres d'alliage métallique ainsi préparées.
L'invention concerne également un procédé de formation d'un revêtement protecteur contre l'érosion et la corrosion à haute température, sur un substrat en un alliage à base de cuivre, par projection thermique, soudage à l'arc plasma ou brasage d'un matériau métallique à base de nickel et contenant du bore et du silicium, selon lequel l'on applique sur le substrat, au moins une couche intermédiaire contenant une composition décapante et une matière renfermant du phosphore, et l'on applique, sur cette couche, le matériau métallique de revêtement.
Selon un mode préférentiel de mise en oeuvre de ce procédé, le matériau métallique de revêtement utilisé est le matériau dont la composition est indiquée plus haut.
Selon un autre mode de mise en oeuvre, le matériau métallique de revêtement utilisé est choisi parmi les alliages nickel-bore- silicium et les alliages nickel-chrome-bore-silicium.
Selon le présent procédé, on applique de préférence sur le substrat, un mélange de composition décapante et d'au moins une matière renfermant du phosphore ou bien, d'une part, au moins une couche de matière renfermant du phosphore et, d'autre part, au moins une couche de composition décapante ou de mélange de composition décapante avec cette matière renfermant du phosphore.
Avantageusement, ladite matière renfermant du phosphore contient au moins un alliage métallique qui renferme du phosphore sous forme d'élément d'alliage, ou bien cette matière consiste en au moins un tel alliage.
De préférence, la proportion dudit alliage métallique renfermant du phosphore, utilisé en mélange ou en association avec ladite composition décapante, est de 20 à 80%, et plus particulièrement de 30 à 70%, en poids, par rapport au poids total de cet alliage et de cette composition.
Avantageusement, la granulométrie dudit alliage métallique est de -150/+5 micromètres et, de préférence de -100/+5 micromètres.
Avantageusement, ledit alliage métallique renfermant du phosphore est choisi parmi les alliages nickel-phosphore ayant une teneur de 8 à 15%, et de préférence 9 à 13%, en poids, de phosphore, les alliages cuivre-phosphore ayant une teneur de 2 à 10%, et de préférence de 3 à 8%, en poids, de phosphore, et les alliages nickel- chrome-phosphore ayant une teneur de 7 à 15%, et de préférence 8 à 13%, en poids, de phosphore.
Avantageusement, on utilise comme composition décapante une composition de type connu en soi, essentiellement constituée de composés, notamment de sels, de potassium, bore et fluor et contenant également des chlorures.
Avantageusement, dans le cas où l'on utilise un mélange de composition décapante et d'alliage métallique pulvérulent, ce mélange est sous forme de grains constitués chacun d'un agglomérat de particules de cette composition et de cet alliage.
Avantageusement, on effectue l'application de ladite composition décapante, en utilisant cette composition sous forme d'une pâte.
Avantageusement, on effectue l'application du matériau métallique de revêtement pulvérulent par un procédé de projection thermique autogène avec mise en fusion simultanée de ce matériau, sur au moins la majeure partie de la surface du substrat revêtue de ladite composition décapante, dudit mélange ou desdites couches de cette composition ou de ce mélange et de la matière renfermant du phosphore.
Selon encore un autre mode de mise en oeuvre particulièrement avantageux, on applique le matériau métallique de revêtement pulvérulent par projection thermique au moyen d'une torche à plasma ou par soudage à l'arc plasma sur au moins la majeure partie de la surface du substrat préalablement revêtue de ladite composition décapante ou dudit mélange, ou bien de couches distinctes de cette composition ou de ce mélange et de ladite matière renfermant du phosphore.
L'invention vise notamment l'utilisation du procédé qui vient d'être décrit, pour former un revêtement protecteur contre l'érosion et la corrosion à haute température sur une pièce métallique en alliage à base de cuivre contenant au moins l'un des éléments d'alliage additionnels suivants: aluminium, zinc, étain et nickel.
Plus particulièrement, l'invention concerne l'utilisation de ce procédé pour former un revêtement protecteur sur au moins une partie de la paroi intérieure d'un moule de verrerie en bronze cuivre-aluminium contenant du nickel et du zinc, en tant qu'éléments d'alliage.
Bien que les phénomènes qui se déroulent lors de la formation d'un revêtement protecteur au moyen du procédé selon l'invention ne soient pas complètement élucidés à l'heure actuelle et que, de toute façon, la portée de l'invention n'est nullement limitée par la nature de ces phénomènes, il semble que l'on puisse, au moins en partie, expliquer les effets bénéfiques résultant de l'invention par le fait que le phosphore présent dans le matériau de revêtement et/ou dans la matière utilisée en mélange ou en association avec la composition décapante, subit une oxydation par réaction avec au moins une partie de l'oxyde de cuivre et éventuellement d'autres oxydes métalliques également présents dans la région superficielle du substrat, les composés de phosphore ainsi formés, notamment le pentoxyde et l'acide phosphoriquè, ayant des propriétés décapantes ou une action de flux ou de formation de matière auto-fondante à l'égard de ces oxydes métalliques. Ainsi, la mouillabilité du substrat à l'égard du matériau de revêtement est considérablement améliorée.
Il en résulte que le revêtement protecteur finalement obtenu selon l'invention est beaucoup mieux lié au substrat que dans le cas des tentatives effectuées selon les techniques antérieures. En outre, on constate que ledit revêtement a également une compacité et des propriétés d'usinage considérablement améliorées par rapport à celles des revêtements obtenus conformément à l'art antérieur.
L'invention permet l'obtention d'excellents résultats, notamment en ce qui concerne la qualité de la liaison entre le revêtement protecteur et le substrat ainsi que la compacité et les propriétés d'usinage du revêtement protecteur, en particulier dans le cas où le substrat est constitué par un alliage cuivre-aluminium du genre désigné habituellement par le terme "bronze d'aluminium" ayant une composition comprise dans les limites suivantes (en pourcentage pondéral):
Les exemples suivants, non limitatifs, illustrent la mise en oeuvre de l'invention.
Exemple 1
En vue de protéger contre l'usure notamment les boreds des moules de verrerie en bronze d'aluminium, ayant la composition suivante (exprimée en pourcentage pondéral):
on procède comme suit:
Après nettoyage mécanique et dégraissage soigneux de la surface à revêtir, on applique, sur cette surface, à la température ambiante, une couche mince d'une pâte constituée par un mélange comprenant 40% en poids d'une composition décapante de type connu constituée de composés de potassium et de bore ainsi que de fluorures, et 60% en poids d'une poudre d'alliage nickel-phosphore à 11% en poids de phosphore.
On préchauffe ensuite rapidement chaque moule, de façon que l'ensemble du moule soit porté à une température de 600° C, sans qu'aucune partie de la surface intérieure du moule ne dépasse cette température et l'on procède, au moyen d'une torche de projection à flamme autogène, à la projection, sur les parties de la surface intérieure du moule revêtues de la couche de pâte décapante, d'une poudre de matériau d'apport constituée de particules d'alliage ayant la composition suivante (en pourcentage pondéral):
L'application est effectuée dans l'épaisseur souhaitée avec mise en fusion simultanée du matériau d'apport, en commençant la projection sur les parties les plus massives de la pièce.
Au cours de l'opération de projection, les oxydes de cuivre formés par suite de réchauffement du substrat sont dissous, au fur et à mesure de leur formation, par l'action conjointe du décapant usuel et des produits d'oxydation du phosphore présent dans la poudre d'alliage métallique d'apport et la surface du substrat est ainsi mouillée par la masse liquide résultant de la fusion de la composition décapante et de l'alliage métallique d'apport.
Après refroidissement et solidification du revêtement, on ramène, par usinage, la couche de revêtement à une épaisseur d'environ 2 mm.
On constate que l'on obtient ainsi un revêtement homogène et dense, qui adhère parfaitement sur le substrat et dont la dureté est de 350 à 400 Hv.
Exemple 2
Afin d'augmenter la durée de vie d'une surface de contact d'une presse pour le soudage sous pression de feuilles de matières plastiques, on applique, sur cette surface, un revêtement protecteur, résistant à l'usure, en alliage nickel-chrome.
Le substrat consiste en un bronze d'aluminium ayant la composition suivante (en pourcentage pondéral):
On procède, en suivant un mode opératoire analogue à celui décrit dans l'exemple 1 , à la projection sur le substrat d'un alliage métallique d'apport ayant la composition suivante (exprimée en pourcentage pondéral):
Préalablement à la projection thermique de la poudre d'alliage d'apport sur le substrat, on applique, sur ce dernier, à la température ambiante, un mélange pâteux composé de 70%, en poids, de la même composition décapante que celle indiquée dans l'exemple 1 , et 30%, en poids, d'une poudre d'un alliage cuivre- phosphore contenant 6% en poids de phosphore et d'une granulométrie inférieure à 100 microns.
On obtient ainsi un revêtement protecteur compact et homogène, adhérant parfaitement sur le substrat.