5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 1 DESCRIPTION TITRE : Microcapsules contrôlant la diffusion d’un composé organique actif La présente invention concerne une microcapsule avec un cœur comprenant une phase lipophile entouré d’une coque gélifiée, et dans laquelle le cœur comprend en outre au moins un composé organique actif, les utilisations de ladite microcapsule dans divers domaines d’applications tels que le traitement de culture et/ou de semences, la nutrition humaine et/ou animale, la cosmétique et la pharmaceutique, la dépollution des sols et des eaux usées, les produits d’entretien. Les composés sémiochimiques sont des substances chimiques émises par un organisme dans l'environnement comme signal avec d’autres organismes. Ils peuvent être émis par des plantes ou des animaux, dans le cadre d’interactions interspécifiques (composés allélochimiques) et intraspécifiques (phéromones). Parmi les composés sémiochimiques on retrouve donc les phéromones. Les phéromones sont des substances naturelles sécrétées dans l’environnement extérieur par un individu et reçues par un second individu de la même espèce sur lequel elles provoquent une réaction spécifique. Elles constituent le plus souvent un signal olfactif agissant comme messager au sein d’une population. Les phéromones permettent notamment de contrôler les populations d’insectes nuisibles en influençant notamment leur comportement de reproduction. A l’heure actuelle, la plupart des produits de biocontrôle à base de phéromones utilisés sont stockés dans des distributeurs en plastique ou autre matériau polymère (fixés manuellement aux arbres ou aux plantes) qui permettent à la phéromone de diffuser à travers leurs parois. Bien que ces distributeurs aient permis de lutter efficacement contre certains insectes, leur application nécessite beaucoup de travail manuel et doit être effectuée plusieurs fois par saison, ce qui rend l’opération fastidieuse. En effet, la plupart des systèmes existants, dont les billes de polymère, ne présentent pas une durée d’action suffisante au champ. Pour que ces composés soient utilisés comme outil de biocontrôle efficace, les phéromones doivent diffuser à des concentrations constantes sur des périodes relativement longues, de quelques mois, correspondant à la période de vol des ravageurs. Or les méthodes actuelles ne permettent pas d’atteindre ces durées. Ainsi, la difficulté à mettre au point des formulations à libération contrôlée pouvant libérer les phéromones à vitesse constante pendant une durée prolongée a été un facteur limitant leur utilisation dans la lutte contre les ravageurs des cultures. De plus, comme les produits existants sont 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 2 principalement des dispositifs sur lesquels la phéromone est immobilisée, ils ne sont, de fait, pas pulvérisables. Ainsi, l’objectif est de permettre une diffusion contrôlée de composés organiques actifs sur des périodes de plusieurs semaines à plusieurs mois. L’acquisition de cette capacité permettra de développer une gamme de produits aux propriétés variées pour répondre aux différents problématiques agronomiques. En outre les phéromones, sont assez onéreuses, ainsi il est préférable que l’utilisation des phéromones soit finement contrôlée afin de limiter la surconsommation et d’en optimiser leur efficacité. Une forme pulvérisable des phéromones permettrait de traiter uniformément de grandes surfaces. La solution des inventeurs, en plus de permettre la pulvérisation des phéromones permet une diffusion à une vitesse constante sur une longue période. Ainsi l’invention propose d’encapsuler des composés organiques actifs dans une capsule avec un cœur comprenant une phase lipophile afin de répondre à ces objectifs. L’encapsulation des composés organiques permet de contrôler la diffusion en jouant notamment sur le coefficient de partage du composé entre la phase lipophile et la phase aqueuse et la géométrie de la capsule. Cette solution permet par exemple de prolonger le temps de diffusion des phéromones de moins de 10 jours à plus de 38 jours. En outre la taille des capsules peut être spécifiquement choisie afin de permettre une application de l’agent actif par pulvérisation, par exemple pour une pulvérisation en plein champ. En effet la taille de ces capsules est adaptée à l’utilisation des équipements agricoles usuels. Ainsi l’invention concerne une microcapsule avec un cœur comprenant une phase lipophile entouré d’une coque gélifiée, dans laquelle la microcapsule a un diamètre moyen compris entre 50 et 4000 pm lorsqu’elle est sous forme hydratée, et dans laquelle le cœur comprend en outre au moins un composé organique actif. L’invention porte aussi sur l’utilisation de microcapsule selon l’invention pour le traitement des cultures végétales et/ou de leurs semences, pour la nutrition et/ou l’alimentation animale, pour la nutrition et/ou l’alimentation humaine, pour la formulation de cosmétiques et/ou de compositions pharmaceutiques, la dépollution des sols et des eaux usées et pour la formulation de produits d’entretien. L’invention concerne aussi une méthode de traitement de culture et/ou de semences comprenant l’application de microcapsules selon invention. Description détaillée de l’invention 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 3 Microcapsule Par « microcapsule », on entend ici une capsule avec un diamètre moyen inférieur à 10 mm et comprenant au moins un cœur et une coque. De telles capsules comportent, de préférence, un cœur liquide ou solide encapsulé par une enveloppe gélifiée sensiblement solide. Le cœur est de préférence liquide. Ce type de capsule présente des applications dans de nombreux domaines techniques. La coque englobe un ou plusieurs compartiments, concentriques ou non. De préférence les microcapsules selon l’invention ne comprennent qu’un seul cœur enrobé par la coque. Ces microcapsules sont donc bien différentes des microbilles, car les microbilles sont principalement constituées d’une matrice solide ou gélifiée comprenant de multiples petites inclusions. Selon un mode préféré de l’invention, les microcapsules ont un ratio volume du cœur sur volume totale de la microcapsule supérieur à 20%. Ces microcapsules permettent ainsi de contenir un gros volume de cœur et donc de composés organiques actifs, pour un volume de coque donné. Les microcapsules sont bien connues de l’homme du métier et peuvent être formées par différentes techniques et avoir différentes compositions de coque. Typiquement les microcapsules utilisées dans le cadre de l’invention sont produites selon le procédé de fabrication décrit dans le brevet d’invention Français n°2939012. Quand les microcapsules selon l’invention sont en suspension dans une solution aqueuse, elles ont un diamètre moyen compris entre 50 et 4000 pm, de préférence compris entre 50 et 2000 pm, plus particulièrement entre 50 et 800 pm, avantageusement entre 100 et 400 pm. Ce diamètre moyen peut être mesuré par diverses techniques bien connues de l’homme du métier telles que la granulométrie basée sur la diffraction de la lumière laser, le fractionnement par tamisage ou l’imagerie par microscopie optique. Ce diamètre est particulièrement adapté à une application par pulvérisation. De préférence les microcapsules selon l’invention sont libres, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas incluses dans une autre structure tel qu’un film, une bille, un gel ou encapsulée une seconde fois, mais qu’elles sont en contact direct avec le milieu qui les entoure, typiquement un liquide (si elles sont en suspension par exemple) ou un gaz. Le cœur Le cœur des microcapsules selon l’invention est un cœur comprenant une phase lipophile, de préférence comprenant majoritairement une phase lipophile. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 4 Ainsi le cœur comprenant une phase lipophile des microcapsules selon l’invention peut être un cœur huileux, c’est-à-dire qu’il est composé uniquement d’huile, ou alternativement se présenter sous forme d’une émulsion huile dans eau (H/E), par exemple d’une microémulsion huile dans eau. Dans ce cas, le cœur de la microcapsule est donc majoritairement composé d’une huile ou d’un mélange d’huile, de préférence d’huiles d’origine végétale, minérale ou synthétique ou d’un mélange de celles-ci. On entend par « huile » un corps gras liquide à la température ambiante (25°C) et pression atmosphérique. Le cœur comprenant une phase lipophile peut être également un cœur comprenant ou constitué de corps gras solides à température et pression ambiantes, notamment choisis parmi les cires, les corps gras pâteux, les beurres ; et de leurs mélanges. Dans un mode de réalisation préféré, le cœur est liquide à température ambiante, ou liquide à une température comprise entre 15 °C et 30°C. Dans un mode de réalisation de l’invention, le cœur ne comprend pas de cire. Le cœur de la microcapsule est donc majoritairement composé d’une phase lipophile. En particulier, le cœur est majoritairement composé de composé gras d’origine animale, végétale, minérale ou synthétique ou d’un mélange de ceux-ci. Dans un mode de réalisation préféré, le cœur de la microcapsule selon l’invention est un cœur huileux comprenant une huile choisie parmi le myristate d’isopropyle, une huile de paraffine et leurs mélanges. Dans un mode de réalisation préféré, le cœur des microcapsules selon l’invention est un cœur huileux composé majoritairement d’une huile les paraffines et leurs mélanges. Dans un mode de réalisation préféré, le cœur comprend un ou plusieurs éléments choisis parmi : les acides gras (les acides gras saturés tel que l’acide palmitique, les acides gras mono- polyinsaturés tels que l’acide linolénique), les lipides simples (les giycérides tels que les huiles et le beurre et les stérides), les lipides complexes (les phospholipides, les sphingolipides et les lipoprotéines), et les lipides isopréniques (les stéroïdes et les terpéniques). De préférence, la composition du cœur est biodégradable. Selon un mode préféré de l’invention, la viscosité du cœur est inférieure à 2000 mPa.s. Le cœur des microcapsules selon l’invention comprend au moins un composé organique actif. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 5 Par « composé organique actif » on entend une substance active, un principe actif ou ingrédient actif qui est connu et/ou utilisé dans un but particulier et dont un des éléments chimiques constitutifs est le carbone. De préférence, ledit au moins un composé organique actif est un composé volatil. Par « composé organique volatil », on entend tout composé organique, à l'exclusion du méthane, ayant une pression de vapeur supérieure ou égale à 0,01 kPa à une température de 293,15 K (20°C) ou ayant une volatilité correspondante dans des conditions d'utilisations particulières (pression et température). Plus préférentiellement, le composé organique actif selon l’invention est un composé sémiochimique, éventuellement volatil. Par « composé sémiochimique » ou « sémiochimique », on entend une substance active, une substance chimique émise par un organisme dans l'environnement comme signal avec d’autres organismes. De préférence, ledit au moins un composé sémiochimique de la microcapsule est choisi parmi les phéromones, les allomones, les kairomones et les synomones. Plus particulièrement, les sémiochimiques de la microcapsule peuvent être d’origine naturelle ou chimique, c’est-à-dire extrait d’un organisme vivant ou synthétisé chimiquement. Dans un mode de réalisation, ledit au moins un composé sémiochimique est un hydrocarbure oxygéné, d’une taille comprise entre 10 et 20 carbones, pouvant être insaturés et dotés d’autres fonctions comme par exemple une fonction alcool, acétate et/ou aldéhyde. Dans un mode de réalisation, le sémiochimique selon l’invention est une phéromone sexuelle. Ainsi, de manière préférée, le sémiochimique est la phéromone sexuelle du ravageur visé par un traitement de biocontrôle. Dans un mode de réalisation le sémiochimique est une phéromone sexuelle de Lobesia botrana (L’Eudémis de la vigne), de Eupoecilia ambiguella (communément appelée Cochylis), Cydia pomonella (Carpocapse du pommier), Grapholita molesta (Tordeuse orientale), Anarsia lineata (petite tordeuse du pêcher), Tuta absolute (Mineuse de la tomate) ou de Thaumetopoea pityocampa (processionnaire du pin). Dans un mode de réalisation, le sémiochimique selon l’invention est une kairomone, par exemple une kairomone ciblant la Bruche de la féverole. Dans un mode de réalisation, le sémiochimique est sélectionné parmi le Z-13- hexadecen-11-yn-1-yl acétate, le (E)-7-(Z)-9-dodecadienyl acétate (C14H24O2), et le (Z)-9- dodecenyl acétate (C14H26O2). 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 6 Dans un mode de réalisation, le cœur huileux de la microcapsule a une concentration massique en sémiochimique compris entre 0,1% et 10%, plus préférentiellement entre 0,2% et 5%. La coque Les microcapsules selon l’invention comportent de préférence au moins un cœur liquide encapsulé par une enveloppe gélifiée sensiblement solide appelée la coque. De préférence, la coque des microcapsules selon l’invention est principalement composée d’un biopolymère ayant des propriétés gélifiantes, ce biopolymère en proportion majoritaire dans la coque est ci-après nommé biopolymère principal. De tels biopolymères ayant des propriétés gélifiantes sont par exemple l’alginate, la gomme de gellane, la gomme de xanthane, la pectine, le chitosan, l’agar ou le carraghénane. Les matériaux qui constituent la coque sont de préférence biodégradables et biosourcés. La coque est de préférence semi-perméable aux gaz et aux molécules de faible poids moléculaire. Les gels formant la coque peuvent être chimiques ou physiques, c’est-à-dire formées par coacervation ou par polymérisation. La gélification de ces biopolymères peut être réalisée par une variation de la température (la gomme de gellane), une variation de pH (le chitosan, le collagène, la pectine) ou ionique (l’alginate, le carraghénane). De préférence, la coque des microcapsules selon l’invention est principalement composée d’un biopolymère ayant des propriétés gélifiantes par variation ionique ou de température. De préférence, la coque des microcapsules selon l’invention est principalement composée d’alginate. La coque peut comprendre en outre un ou plusieurs autres biopolymères que le biopolymère principal comme l’amidon (sous ses différentes formes, par exemple prégélatinisé, ou l’amylose), la protéine de pomme de terre, ou un autre biopolymère que le biopolymère principal ayant des propriétés gélifiantes, comme par exemple l’alginate, la gomme de gellane, la gomme de xanthane, la pectine, le chitosan, l’agar ou le carraghénane. De préférence, la coque des microcapsules selon l'invention comprend un gel contenant de l'eau, un ou plusieurs biopolymères ayant des propriétés gélifiantes, et éventuellement un agent tensioactif résultant de son procédé de fabrication. De préférence, 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 7 la coque des microcapsules selon l'invention comprend un gel contenant de l'eau, de l’alginate, et éventuellement un agent tensioactif résultant de son procédé de fabrication. Dans un mode de réalisation préféré, la coque des microcapsules selon l'invention ne comprend pas d’autre polymère que l’alginate. Préférentiellement l’alginate est un alginate de sodium ou un alginate de potassium. Les alginates sont produits à partir d'algues brunes appelées laminaires, désignées par le terme anglais « sea weed ». De tels alginates présentent avantageusement une teneur en a-L-guluronate supérieure à environ 50%, de préférence supérieure à 55%, voire supérieure à 60%. L'agent tensioactif est avantageusement un tensioactif anionique, un tensioactif non ionique, un tensioactif cationique ou un mélange de ceux-ci. La masse moléculaire de l'agent tensioactif est comprise entre 150 g/mol et 10000 g/mol, avantageusement entre 250 g/mol et 1500 g/mol. Dans le cas où le tensioactif est un tensioactif anionique, il est par exemple choisi parmi un alkylsulfate, un alkyle sulfonate, un alkylarylsulfonate, un alkylphosphate alcalin, un dialkylsulfosuccinate, un sel d'alcalino-terreux d'acides gras saturés ou non. Ces tensioactifs présentent avantageusement au moins une chaîne hydrocarbonée hydrophobe présentant un nombre de carbones supérieur à 5, voire 10 et au moins un groupement anionique hydrophile, tel qu'un sulfate, un sulfonate ou un carboxylate lié à une extrémité de la chaîne hydrophobe. Dans le cas où le tensioactif est un tensioactif cationique, il est par exemple choisi parmi un sel d'halogénure d'alkylpyridium ou d'alkylammonium comme le chlorure ou le bromure de n-éthyldodecylammonium, le chlorure ou le bromure de cétylammonium (CTAB). Ces tensioactifs présentent avantageusement au moins une chaîne hydrocarbonée hydrophobe présentant un nombre de carbones supérieur à 5, voire 10 et au moins un groupement cationique hydrophile, tel qu'un cation d'ammonium quaternaire. Dans le cas où le tensioactif est un tensioactif non ionique, il est par exemple choisi parmi des dérivés polyoxyéthylénés et/ou polyoxypropylénés des alcools gras, des acides gras, ou des alkylphénols, des arylphénols, ou parmi des alkyls glucosides, des polysorbates, des cocamides. Dans un mode de réalisation, le tensioactif est le laurylsulfate de sodium (LSS) encore appelé dodécylsulfate de sodium et/ou le polyoxyethylène sorbitan monoleate (Polysorbate 80). De préférence, le tensioactif est le polyoxyethylène sorbitan monoleate (Polysorbate 80). 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 8 Dans un mode de réalisation, la teneur massique en tensioactif dans la coque est supérieure à 0,001% et est avantageusement supérieure à 0,1 %. Avantageusement, la concentration en masse de tensioactif est d'environ 0,3%. La coque des microcapsules selon l’invention peut comprendre en outre des stabilisants, des particules densifiantes ou des agents limitant la sédimentation, tels que la silice, ou le talc. L’épaisseur de la coque est un facteur influençant la robustesse la microcapsule et la cinétique de diffusion du composé organique actif. Ainsi l’épaisseur de la coque peut être choisie pour obtenir une cinétique de diffusion recherchée. De préférence, l’épaisseur de la coque est d’au moins 10 pm, de préférence elle est comprise entre 20 pm et 500 pm, plus préférentiellement entre 20 et 150 pm. La coque de la microcapsule a de préférence une épaisseur comprise entre 0,1% et 20%, avantageusement entre 1% et 20% et plus particulièrement entre 10% et 20% du diamètre de la capsule. La diffusion du composé organique actif est également dépendante du coefficient de partage entre le cœur lipophile de la microcapsule et la phase aqueuse de la coque. De préférence, la microcapsule selon l’invention est adaptée pour la diffusion du composé organique actif sur une durée supérieure à 3 semaines, plus préférentiellement supérieure à 6 semaines et de manière préférée supérieure à 2 mois. Ainsi l’invention concerne l’utilisation, de préférence non thérapeutique, de la microcapsule selon l’invention pour la diffusion du composé organique actif sur une durée supérieure à 3 semaines, plus préférentiellement supérieure à 6 semaines et de manière préférée supérieure à 2 mois. De préférence, la microcapsule selon l’invention est adaptée pour la diffusion du composé organique actif sur la durée correspondant à la période de vol du ravageur visé. Ainsi dans le cas où la microcapsule comprend pour composé organique actif un sémiochimique et plus particulièrement une phéromone sexuelle d’un ravageur volant donné, alors la microcapsule est adaptée pour la diffusion de ladite phéromone sur la durée de la période de vol dudit ravageur. Par « adaptée pour la diffusion du composé organique actif sur une durée », on entend que pendant ladite durée le composé organique actif continue de diffuser en dehors de la microcapsule à une vitesse non nulle sensiblement constante. La microcapsule peut comprendre en outre d’autres composants, comme par exemple, des composés antioxydants, des filtres UV, des pigments, des colorants, des 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 9 stabilisants, des particules densifiantes telles que la silice ou le talc, des huiles essentielles ou d’autres additifs. Utilisations et méthodes Les définitions définies dans la section microcapsule s’appliquent ici également. De préférence, dans les méthodes et les utilisations selon l’invention, les microcapsules sont utilisées en tant que telles, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas incluses dans une autre structure (tel qu’un film, une bille, un gel ou encapsulée une seconde fois), mais qu’elles sont utilisées directement, éventuellement en suspension dans un liquide. L’invention concerne l’utilisation de microcapsules selon l’invention pour le traitement de culture végétale et/ou de leurs semences. Par « traitement de culture végétale et/ou de leur semence », on entend des traitements pouvant prendre place avant, pendant ou après la mise en culture, et ici plus particulièrement dans le but de prévenir et/ou de limiter les attaques des ravageurs ou de réduire les impacts de celles-ci. On entend également des traitements pouvant prendre place dans des espaces verts, tels que des jardins ou des parcs. L’invention concerne en particulier l’utilisation de microcapsules selon l’invention comme pesticide. L’invention concerne donc en particulier l’utilisation de microcapsules pour le traitement de culture végétale et/ou de leurs semences, dans lesquelles le composé organique actif est un agent de biocontrôle. L’invention comprend une méthode de traitement de culture et/ou semences comprenant l’application de microcapsules selon l’invention. Par « culture » ou « culture végétale », on entend ici une production végétale tirée de l'exploitation de la terre. Dans un mode de réalisation, les cultures végétales sont choisies parmi le blé, le maïs, le colza, la vigne et la betterave. L’invention porte en particulier sur une méthode de traitement de culture et/ou de semences comprenant l’épandage, la pulvérisation foliaire ou l’enrobage de semences avec des microcapsules selon l’invention, de préférence des microcapsules selon l’invention dans lesquelles le composé organique actif est un agent de biocontrôle. Dans cette méthode, les microcapsules peuvent être utilisées en suspension dans un liquide. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 10 Par « ravageurs », on entend ici principalement les ravageurs animaux, comme des insectes, des arachnides ou de petits mammifères et plus préférentiellement les insectes. Plus particulièrement les ravageurs sont choisis parmi Lobesia botrana (L’Eudémis de la vigne), Eupoecilia ambiguella (communément appelée Cochylis), Cydia pomonella (Carpocapse du pommier), Grapholita molesta (Tordeuse orientale), Anarsia lineata (petite tordeuse du pêcher), Tuta absoluta (Mineuse de la tomate) Thaumetopoea pityocampa (processionnaire du pin), Bruchus rufimanus (Bruche de la féverole), ou encore les pucerons, les cécidomyies, la pyrale, la sésamie, les petites et grandes altises, le charançon du bourgeon terminal, les cryptoblabes, ou les cicadelles. Par « pesticide » on entend ici une formulation visant à éliminer des insectes, des rongeurs ou de l’adventice. Dans un autre mode de réalisation, l’invention concerne l’utilisation, de préférence non-thérapeutique, de microcapsules selon l’invention pour la nutrition et/ou l’alimentation animale et/ou humaine. Dans ce mode de réalisation, les composés organiques actifs utilisés ne sont pas, de préférence, des agents actifs thérapeutiques, c’est-à-dire qu’ils ont un intérêt d’un point de vue nutritionnel ou alimentaire mais qu’ils ne permettent pas de prévenir ou de traiter des maladies du sujet les consommant. De préférence, les composés organiques actifs utilisés sont des agents comestibles, de préférence avec des propriétés organoleptiques ou nutritives. Ainsi dans cette utilisation, les agents actifs ont de préférence un intérêt d’un point de vue nutritionnel ou alimentaire mais ne permettent pas de prévenir ou de traiter des maladies du sujet les consommant. Par « alimentation » on entend la prise d’aliment habituelle ou fréquente. En effet les microcapsules peuvent contenir des composés organiques actifs qui permettent d'améliorer les propriétés d'un produit alimentaire, telles que ses propriétés organoleptiques (par exemple par la diffusion d’arômes comme les huiles essentielles) ou sa durée de conservation (par exemple par le contrôle de la diffusion du composé organique). Par « nutrition » on entend la prise, souvent plus ponctuelle ou lors de cure, de complément alimentaire typiquement pour éviter ou combler une carence. En effet, les microcapsules selon l’invention peuvent contenir par exemple des vitamines. Par « animal » on entend un animal sauvage ou domestiqué. De préférence l’animal est un animal domestiqué, d’élevage ou de compagnie. En particulier les animaux selon l’invention sont choisis parmi les animaux de compagnie tels que les chiens, les chats, les poissons, les lapins, les chevaux, les tortues, les espèces d’élevage telles que : les bovins 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 11 (vache, bœuf), les ovins (mouton), les caprins, les lapins, les porcins (porc), les camelins, et les oiseaux élevés dans l’aviculture (poule, caille, etc..). L’invention concerne aussi l’utilisation de microcapsules selon l’invention pour la formulation de cosmétiques. Dans ce mode de réalisation, les composés organiques actifs utilisés ne sont pas, de préférence, des agents actifs thérapeutiques, c’est-à-dire qu’ils ont un intérêt d’un point de vue cosmétique mais qu’ils ne permettent pas de prévenir ou de traiter des maladies du sujet les utilisant. Ainsi, par exemple les microcapsules selon l’invention peuvent comprendre des adjuvants classiques des compositions cosmétiques tel que : des actifs cosmétiques hydrophiles ou lipophiles, des conservateurs, des antioxydants, des parfums et des agents absorbant les odeurs. L’invention concerne également l’utilisation de microcapsules selon l’invention pour la formulation de compositions pharmaceutiques. Dans ce mode de réalisation, les agents actifs utilisés sont, de préférence, des agents actifs thérapeutiques, c’est-à-dire qu’ils permettent de prévenir ou de traiter des maladies du sujet les consommant. En effet, l’utilisation de microcapsules selon l’invention permet de faciliter le stockage, le conditionnement ou la préparation des formulations cosmétiques ou pharmaceutiques tout en conservant une bonne qualité du composé organique actif. Compositions pharmaceutiques et application thérapeutique L’invention concerne également une composition pharmaceutique comprenant une microcapsule selon l’invention. La demande porte aussi sur une microcapsule selon l’invention pour son utilisation comme médicament. La présente invention concerne également une méthode de traitement d’un sujet, comprenant l'administration d'une quantité thérapeutiquement efficace de microcapsules selon l’invention à un sujet qui en a besoin. Dans ce mode de réalisation, la microcapsule selon l’invention comprend avantageusement un composé actif thérapeutique. Par " agent actif thérapeutique " on entend un agent actif comme défini dans la section microcapsule ci-dessus qui en outre est connu et/ou utilisé dans un but thérapeutique particulier, c’est-à-dire qu’il est connu et/ou utilisé dans le traitement ou la prévention de maladies. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 12 Par « composition pharmaceutiques » on entend des compositions possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ou animales. En particulier les capsules selon l’invention peuvent comprendre des sémiochimiques insectifuges, permettant de prévenir ou de limiter la venue de parasites sur les animaux ou les humains. Les compositions pharmaceutiques telles que définies ici comprennent donc de préférence en outre des excipients pharmaceutiquement acceptables. Par "pharmaceutiquement acceptable", on entend ici des compositions et entités moléculaires qui ne produisent pas de réactions secondaires, allergiques ou autrement nondésirées quand elles sont administrées à un sujet. Par "sujet", on entend ici un être vivant, de préférence un mammifère, et plus particulièrement un humain. Par "quantité thérapeutiquement efficace", on entend ici une quantité efficace, à des doses et pendant des périodes nécessaires, pour obtenir le résultat thérapeutique souhaité. Cette quantité peut varier en fonction de facteurs tels que la maladie, l’étendue de la maladie, l'âge, le sexe et le poids du sujet, et la capacité des microcapsules à provoquer un résultat thérapeutique souhaité. Une quantité thérapeutiquement efficace englobe une quantité dans laquelle tout effet toxique ou nuisible est compensé par les effets thérapeutiquement bénéfiques. Une quantité thérapeutiquement efficace englobe également une quantité suffisante pour conférer un bénéfice, par exemple un bénéfice clinique. De telles compositions pharmaceutiques sont de préférence adaptées à la voie d’administration. Dans un mode de réalisation particulier, les compositions pharmaceutiques sont adaptées à une administration orale, sublinguale, buccale, intranasale ou topique. L’invention concerne également l’utilisation de microcapsules selon l’invention pour la fabrication d’un médicament L’invention concerne également l’utilisation de microcapsules selon l’invention pour la formulation de compositions pharmaceutiques. Pour ces utilisations, la microcapsule selon l’invention comprend avantageusement un agent actif thérapeutique. Par "traitement" ou "traiter", on entend ici atteindre, partiellement ou substantiellement, un ou plusieurs des résultats suivants : réduire partiellement ou totalement l'étendue de la maladie, améliorer un symptôme clinique ou un indicateur associé à la maladie, retarder, inhiber ou prévenir la progression de la maladie. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 13 Par "prévention" ou "prévenir", on entend ici atteindre, partiellement ou substantiellement, un ou plusieurs des résultats suivants : empêcher ou retarder l’apparition de la maladie ou d’au moins un de ses symptômes, empêcher ou retarder la dégradation d’un indicateur associé à l’apparition de la maladie. L’invention concerne encore l’utilisation de microcapsules selon l’invention pour la dépollution des sols ou des eaux usées. L’invention concerne encore l’utilisation de microcapsules selon l’invention dans des produits d’entretiens. Par « produits d’entretien » on entend des produits pour leur utilisation dans le sein privé ou professionnel pour entretenir, nettoyer et/ou protéger des surfaces. L’invention concerne ainsi l’utilisation de microcapsules selon l’invention dans pour la formulation de produits d’entretiens, comme par exemple : - dans des pesticides, des insecticides ou des insectifuges pouvant être utilisés en intérieur ou en extérieur, - dans des désodorisants par exemple des désodorisants de textiles ou des parfums d’intérieur, - dans des produits d’entretien du bois, par exemple pour limiter l’attaque du bois par des parasites. Dans la description et dans les exemples suivants, sauf indication contraire, les pourcentages sont des pourcentages en poids et les plages de valeurs libellées sous la forme « entre ... et ...», « allant de ... à ... », ou « supérieur à ... >> incluent les bornes précisées. Dans toute la demande, le libellé "comprenant un" ou "comportant un" signifie "comprenant au moins un" ou "comportant au moins" un sauf si le contraire est spécifié. Les exemples ci-après sont présentés à titre illustratif et non limitatif du domaine de l’invention. Figures : [Fig. 1] Figure 1 : Ce graphique représente l’abondance du composé principal de la phéromone non encapsulée après préconcentration par la technique dite de Solid Phase Micro-Extraction (SPME), séparation des composés de la phéromone par chromatographie 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 14 en phase gazeuse et détection à la spectrométrie de masse (GCMS) dans une enceinte fermée à température contrôlée. [Fig. 2] Figure 2 : Ce graphique représente l’abondance du composé principal de la phéromone encapsulée après préconcentration par la technique dite de Solid Phase MicroExtraction (SPME), séparation des composés de la phéromone par chromatographie en phase gazeuse et détection à la spectrométrie de masse (GCMS) dans une enceinte fermée à température contrôlée. [Fig. 3] Figure 3 : Ce graphique représente l’abondance du pic de phéromone à l’équilibre de différents prototypes de capsules avec des phases continues de nature différente. [Fig. 4] Figure 4 : Ce graphique représente l’abondance du pic de phéromone à l’équilibre au cours du temps, lorsque la phéromone est non encapsulée. L’ordonnée représente l’aire sous le pic caractéristique de la phéromone. L’abscisse représente le moment de la prise de la mesure en jour (j1, j5) ou en semaine (S1 à S4). [Fig. 5] Figure 5 : Ce graphique représente l’abondance du pic de phéromone à l’équilibre au cours du temps, lorsque la phéromone est encapsulée dans une microcapsule avec un cœur à base de paraffine à forte viscosité et avec une épaisseur de coque égale à 25 pm. L’ordonnée représente l’aire sous le pic caractéristique de la phéromone. L’abscisse représente le moment de la prise de la mesure en jour (j1, j5) ou en semaine (S1 à S4). [Fig. 6] Figure 6 : Ce graphique représente l’abondance du pic de phéromone à l’équilibre au cours du temps, lorsque la phéromone est encapsulée dans une microcapsule avec un cœur à base de paraffine à faible viscosité et avec une épaisseur de coque égale à 30 pm. L’ordonnée représente l’aire sous le pic caractéristique de la phéromone. L’abscisse représente le moment de la prise de la mesure en jour (j1, j5) ou en semaine (S1 à S4). [Fig. 7] Figure 7 : Ce graphique représente l’abondance du pic de phéromone à l’équilibre au cours du temps, lorsque la phéromone est encapsulée dans une microcapsule avec un cœur à base de paraffine à forte viscosité et avec une épaisseur de coque égale à 100 pm. L’ordonnée représente l’aire sous le pic caractéristique de la phéromone. L’abscisse représente le moment de la prise de la mesure en jour (j1, j5) ou en semaine (S1 à S4). 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 15 [Fig. 8] Figure 8 : Ce graphique représente l’abondance du pic de phéromone à l’équilibre au cours du temps, lorsque la phéromone est encapsulée dans une microcapsule millimétrique. L’ordonnée représente l’aire sous le pic caractéristique de la phéromone. L’abscisse représente le moment de la prise de la mesure en jour (j1, j5) ou en semaine (S1 à S4). [Fig. 9] Figure 9 : Ce graphique représente la fraction de phéromone restante après 4 semaines de diffusion (en pourcentage). [Fig. 10] Figure 10 : Ce graphique représente l’effet des échantillons testés sur le comportement de l’insecte mâle, donc sur sa réponse. La mention « 14 DAO » signifie 14 jours après ouverture, c’est-à-dire que le flacon comprenant les capsules testées a été ouvert et gardé 14 jours dans l’étuve avant de réaliser le test. [Fig. 11] Figure 11 : Ce graphique représente la fraction de phéromone restante après 20 semaines de diffusion (en pourcentage). [Fig. 12] Figure 12 : Ce graphique représente la baisse de fécondité des couples placés à proximité des échantillons. La mention « 14 DAO » signifie 14 jours après ouverture, c’est- à-dire que le flacon comprenant les capsules testées a été ouvert et conservé 14 jours dans l’étuve avant de réaliser le test. Exemples : Exemple 1 Des capsules ont été formées par co-extrusion de deux fluides : - le fluide de cœur constitué de l’huile de paraffine dans laquelle est solubilisée la phéromone à une concentration massique de 1%, et - le fluide de coque constitué d’une solution d’alginate et d’un tensioactif (SDS à une concentration molaire de 8 mM). Les débits respectifs des fluides entre les fluides de cœur et de coque et les paramètres de l’actuation piézoélectrique (tension et fréquence) appliquées au co-écoulement ont été optimisés afin d’obtenir in fine des capsules de type cœur-coque, mono-cœur, de taille 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 16 calibrée et monodisperses, avec une coque d’alginate homogène afin de manipuler un échantillon homogène et de pouvoir caractériser, de manière reproductible, le phénomène de diffusion. L’étude est réalisée sur la phéromone de la processionnaire du pin, le Z-13- hexadecen-11-yn-1-yl acétate. Ce composé, comme toutes les phéromones, est relativement onéreux (300€/g). Un premier effort des inventeurs a consisté à développer une méthode pour injecter de faibles volumes de cœur de l’ordre du mL. Un système d’injection segmenté, s’est révélé satisfaisant. L’échantillon comprenant la phéromone est placé entre deux petites bulles d’air le séparant de l’huile porteuse. Une méthode analytique a été développée pour détecter le composé principal de la phéromone. Les faibles quantités d’analytes ont orienté le choix vers une méthode de préconcentration dite de Solid Phase Micro-Extraction (SPME) et à la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GCMS). Les inventeurs se sont assurés que la phéromone diffusait bien hors des capsules, mais aussi que l’encapsulation permettait de prolonger significativement la durée de diffusion de la phéromone, allant de moins de 10 jours à plus de 38 jours (voir figures 1 et 2). Exemple 2 : Système fermé : étude de l’équilibre thermodynamique Afin d’établir les profils de diffusion des échantillons aux temps courts et avoir des premières informations sur d’éventuelles différences entre les capsules, une étude a été réalisée en système fermé. L’expérience consiste à introduire les échantillons dans des flacons hermétiques de 20 mL et à suivre l’évolution de la quantité extraite par la fibre de la SPME au cours du temps, jusqu’à atteindre un équilibre. Les mesures ont d’abord eu lieu sur des temps courts (une mesure toutes les 45 minutes, cette durée correspondant au temps d’analyse) puis, une fois la concentration maximale atteinte, les mesures sont réalisées à des intervalles de temps plus grands afin de s’assurer que l’équilibre a bien été atteint (une mesure toutes les 2h30). Ces essais ont été réalisés avec la phéromone d’Eudémis, le (E)-7-(Z)-9-dodecadienyl acetate (C14H24O2). 5 10 15 20 25 30 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 17 O Formule (I), (E)-7-(Z)-9-dodecadienyl acetate (C14H24O2) a) Effet de l’encapsulation Les inventeurs ont observé que lorsque la phéromone est encapsulée, l’équilibre est atteint au bout de 2 heures environ, tandis que lorsqu’elle ne l’est pas, l’équilibre n’est pas atteint même au bout de 50 heures ce qui signifie que la phéromone continue d’être relarguée. Il semblerait donc que la présence de la membrane d’alginate a un effet sur l’équilibre thermodynamique du système lorsque la phéromone est confinée. b) Effet de la composition de cœur La quantité de phéromone adsorbée sur la fibre varie également en fonction de la composition du cœur de la microcapsule. En effet, les inventeurs ont testé trois huiles comme composition de cœur de la microcapsule : le myristate d’isopropyle et deux huiles de paraffine de compositions différentes et de viscosités différentes. Les inventeurs ont observé que les quantités libérées de phéromones à l’équilibre pour les paraffines sont plus importantes que pour le myristate d’isopropyle. En particulier, la quantité de phéromone libérée à l’équilibre est deux à trois fois plus importante pour les paraffines que pour le myristate d’isopropyle. Cela suggère que la phéromone est plus ou moins retenue en fonction de la nature de la solution de cœur dans laquelle elle est dispersée. La structure du composé volatil (notamment en termes de longueur de chaîne et de groupe fonctionnel) se rapproche davantage de celle du myristate d’isopropyle que de celle des paraffines. Les inventeurs ont donc formulé l’hypothèse que lorsque le composé volatil a plus d’affinité avec la phase continue, sa diffusion hors de la capsule est ralenti. c) Effet de l’épaisseur de la coque Les inventeurs ont également comparé des capsules dont la coque a une épaisseur de 25 pm à des capsules dont la coque à une épaisseur de 100 pm. Les résultats obtenus semblent indiquer que s’il y a un effet de la variation d’épaisseur de la coque, celui-ci est relativement faible ou peu visible dans ces conditions d’analyse. Néanmoins, une tendance 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 18 se dessine : lorsque l’épaisseur de la coque augmente, la diffusion semble légèrement ralentie. d) Effet de la taille des capsules Les inventeurs ont comparé des capsules de taille submillimétrique à des capsules millimétriques. Ici ils ont observé un ralentissement de la diffusion visible dans le cas des capsules millimétriques. Cela s’expliquerait par la surface d’échange qui est plus importante dans le cas de capsules submillimétriques, pour une quantité de phéromone donnée. En conclusion de cet exemple, le fait d’encapsuler la phéromone présente un intérêt. Il apparait que l’encapsulation a un effet sur la thermodynamique et modifie l’équilibre de diffusion. Cette modification dépend de la nature chimique de la coque et donc de la solubilité de la molécule d’intérêt dans cette dernière ; ce paramètre est représenté par le coefficient de partage K qui est reconnu pour sa faculté à décrire l’équilibre d’une molécule entre les 2 phases d’un système biphasique constitué de deux solvants non-miscibles. Le coefficient K dépend également de la solubilité de la molécule d’intérêt dans la phase continue (solution de cœur) et donc de l’affinité entre les deux. Cela explique les variations observées entre les différentes phases continues. Concernant l’épaisseur de la coque, celle-ci définit la surface sur laquelle s’établit le gradient et donne le flux. En théorie, plus cette surface est importante, plus le temps de relargage de la molécule sera long. Enfin, comme mentionné précédemment, les différences obtenues entre capsules submillimétriques et millimétriques s’expliquent par la surface d’échange qui est plus importante pour un échantillon de capsules submillimétriques que pour un échantillon de capsules millimétriques, les deux contenant les mêmes quantités de phéromone. Exemple 3 : Système ouvert, étude cinétique en conditions « réelles » L’expérience consiste à laisser diffuser la phéromone dans une étuve ventilée à température contrôlée (17°C) et suivre l’évolution de la quantité de phéromone restante au sein de l’échantillon au cours du temps. Au bout d’un temps d’extraction et d’équilibre définis au préalable, l’abondance de la phéromone extraite est mesurée. La quantité extraite est proportionnelle à la masse de phéromone restant dans les capsules. En pratique, pour chaque prototype, les capsules humides sont placées au fond des flacons hermétiques 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 19 dédiées à l’analyse SPME de volume défini (20 mL). Avant chaque analyse, les flacons sont fermés pendant 3h sur un portoir à effet Peltier à 17°C afin de s’assurer que les mesures sont réalisées une fois l’équilibre établi. Le suivi de diffusion s’est déroulé sur 20 semaines. Les capsules de cet exemple sont produites de manière similaire à l’exemple 1. Cet exemple a été mené pour les tordeuses de la vigne : Eudémis et Cochylis. Les molécules majoritaires composant les phéromones sexuelles de ces deux espèces sont le (E)-7-(Z)-9-dodecadienyl acétate (C14H24O2, représenté ci-dessus) et le (Z)-9-dodecenyl acétate (C14H26O2). O Formule (II), (Z)-9-dodecenyl acétate (C14H26O2) Trois huiles ont été testées : le myristate d’isopropyle et deux huiles de paraffine de compositions différentes et de viscosité différente. Enfin, l’analyse de la diffusion des phéromones à travers la coque de la capsule (ici la membrane d’alginate) a été réalisée par GC/MS en passant toujours par une étape de pré-concentration de l’échantillon grâce à la technique de SPME. Les inventeurs ont ainsi pu suivre la cinétique de relargage de plusieurs échantillons de capsules et celle d’un témoin non-encapsulé (la phéromone étant simplement solubilisée dans de l’huile de paraffine). Les inventeurs ont démontré l’intérêt de formuler les phéromones dans des capsules d’alginate. En effet, les résultats (Figures 4 et 5) indiquent que l’encapsulation permet de ralentir le relargage de la phéromone et donc d’augmenter la durée pendant laquelle celleci diffuse hors des capsules : après 4 semaines de diffusion, 88% de la quantité initiale de phéromone a été libérée lorsque celle-ci n’est pas encapsulée ; contre seulement 47% pour la forme encapsulée (figure 9). Après 20 semaines de diffusion, les inventeurs ont observé que 99,5 % (9.95 mg) de la quantité initiale de phéromone a été libérée lorsque celle-ci n’est pas encapsulée, contre seulement 72% pour la forme encapsulée (figure 11). Les capsules de la figure 4 ont 5 10 15 20 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 20 un diamètre moyen de 495 pm avec une épaisseur de coque de 25 pm (e=25pm) et un cœur huileux de paraffine (ici paraffine 1), ci-après nommées capsules B. Les inventeurs ont également, pour une phase de cœur donnée, fait varier la géométrie de la capsule, à savoir la taille de la capsule et l’épaisseur de la membrane d’alginate. En faisant varier ces paramètres, il est possible d’obtenir des profils de diffusion différents (Figures 6, 7 et 8). En figure 6, des capsules de 490 pm de diamètre avec une épaisseur de coque de 30 pm et un cœur de paraffine de basse viscosité sont testées (capsules A). En figure 7, des capsules de 505 pm de diamètre avec une épaisseur de coque de 100 pm et un cœur de paraffine de haute viscosité sont testées. En figure 8, des capsules de 4 mm de diamètre avec une épaisseur de coque de 310 pm et un cœur de paraffine de haute viscosité sont testées (capsules D). Les caractéristiques des capsules produites et sur lesquelles le phénomène de diffusion a été étudiées sont présentées dans le tableau suivant : [Tableau 1] Tableau 1 : Nom Capsule A Capsule B Capsule C Capsule D Composition du cœur Paraffine de basse viscosité Paraffine de haute viscosité Paraffine de haute viscosité Paraffine de haute viscosité Qtot : Débit total 320 ml/h 320ml/h 360ml/h 40ml/h Rq: Ratio cœur coque 1 1 0,1 1 Diamètre moyen 490 pm 495 pm 505 pm 4 mm Epaisseur de la coque 30 pm 25 pm 100 pm 310 pm Coefficient de variation du diamètre moyen 2% 2% 3% 1% En comparant les fractions de phéromone restantes après quatre semaines de diffusion pour les prototypes de capsules étudiés (Figure 9) les inventeurs ont tiré deux conclusions : l’affinité des phéromones pour la phase continue (phase huileuse) est le facteur thermodynamique le plus important pour le contrôle de leur diffusion ; la géométrie des capsules (taille et épaisseur de la membrane d’alginate) semble avoir un effet sur la cinétique de relargage. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 21 En traçant les courbes de relargage de la phéromone au cours du temps pour chacun des échantillons étudiés plusieurs observations sont faites. La première est que selon les échantillons, la libération de la phéromone se fait de façon plus ou moins linéaire. Pour la phéromone non-encapsulée, cette libération n’est pas linéaire. Il en est de même pour les capsules de paraffine haute viscosité (épaisseur de membrane de 25 pm). Au contraire, pour les capsules de paraffine basse viscosité d’épaisseur de membrane 25 pm, celles de paraffine haute viscosité d’épaisseur de membrane 100 pm et les capsules millimétriques, le relargage de la phéromone est assez linéaire avec des coefficients de détermination (R2) qui valent respectivement 0,97, 0,95 et 0,94. En comparant les pentes de ces régressions linéaires, les inventeurs ont constaté que celle obtenue pour la phéromone non-encapsulée est au moins 3 fois supérieure à celle obtenue lorsque la phéromone est encapsulée. En comparant les pentes des droites obtenues pour les capsules paraffine haute viscosité avec des épaisseurs de membrane de 25 et 100 pm, les inventeurs ont observé des valeurs assez proches ce qui laisse penser que l’épaisseur de la membrane n’a pas un effet important sur le phénomène de diffusion. Enfin, en comparant les capsules submillimétriques et millimétriques pour une même phase de cœur donnée (paraffine haute viscosité) et un même ratio cœur/coque (Rq = 1), les inventeurs ont observé que la pente est deux fois moins importante lorsque la capsule est de plus grande taille. Cela est dû à la surface d’échange qui est plus importante dans le cas de capsules submillimétriques. Cette tendance est également observée lorsque l’on compare des capsules submillimétriques avec des phases de cœur différentes : la pente est deux fois plus importante pour les capsules avec de la paraffine haute viscosité que pour les capsules avec de la paraffine basse viscosité. En conclusion, le paramètre qui influence majoritairement le phénomène de diffusion est la nature de la phase de cœur et l’affinité et la solubilité que la phéromone présente avec cette dernière ; et dans un second temps, les paramètres géométriques des capsules. Ainsi, les inventeurs ont montré l’intérêt de formuler les phéromones dans des capsules ayant un cœur comprenant une phase lipophile. Ils ont également pu caractériser le processus de diffusion de manière assez précise et déduire les paramètres ayant une influence significative sur ce dernier. 5 10 15 20 25 30 35 WO 2024/003267 PCT/EP2023/067858 22 Exemple 4 : essais réalisés sur insectes Les capsules de cet exemple sont produites de manière similaire à l’exemple 3. Pour tester l’effet des capsules sur les insectes, des essais en tunnel de vol ont été réalisés. Le tunnel est une enceinte de 150 cm de long, 50 cm de large et 32 cm de hauteur, comprenant un ventilateur aux deux extrémités du tunnel et dans lequel l’air entrant est filtré (filtre charbon). Les inventeurs étudient ici la diffusion du signal chimique par un flux d'air depuis sa source jusqu'au récepteur (un insecte mâle, Lobesia botrana). Lors des essais, l’éclairage est réalisé avec de la lumière rouge à une intensité de 80 lux, la température est de 21 °C, l’humidité relative de 80 % et la vitesse du vent est réglée à 0,35 m/s. Le mâle est lâché à 140 cm de la source, sur un support à une hauteur de 30 cm. Le comportement du mâle est mesuré selon une échelle prédéfinie pendant 2 min. La source comprend 220 mg de phéromone. Un contrôle positif et un produit du commerce sont également testés dans les mêmes conditions. Le contrôle positif est un contrôle commercial de la compagnie BIOPROX comprenant 1mg de phéromone incluse dans du caoutchouc. Le produit du commerce est un rak (distributeurs en plastique) diffuseur de phéromone. Les résultats obtenus sont présentés figure 10. La mention « 14 DAO » signifie 14 jours après ouverture, c’est-à-dire que le flacon comprenant les capsules testées a été ouvert et gardé 14 jours dans l’étuve avant de réaliser le test. Grâce à ce test les inventeurs ont montrés que les paramètres qui ont le plus d’influence sur le comportement observé du mâle sont l’épaisseur de la coque de la capsule ainsi que la composition du cœur par rapport au vieillissement des capsules. Exemple 5 L’effet en extérieur des microcapsules a aussi été testé. Des microcapsules sont déposées au sein d’un verger et 3 cages sont déposées à proximité, chaque cage comprenant 5 couples de Lobesia botrana. Les inventeurs ont alors mesuré la ponte des femelles après une nuit passée en cage dans cet environnement. Ces tests ont permis de valider les microcapsules selon l’invention pour leur utilisation en extérieur (voir résultats figure 12). Grâce à ces tests les inventeurs ont montrés que les paramètres qui ont le plus d’influence sur la reproduction des Lobesia botrana sont, par ordre d’importance, le vieillissement des capsules, la composition du cœur et l’épaisseur de la coque.