Procédé de fabrication par voie purement mécanique d'une étoffe non tissée La présente invention concerne la fabrication des étoffes non tissées formées par un enchevêtrement de fils ou de fibres présentant sur une de leurs faces un aspect touffu, poilu ou bouclé.
Depuis longtemps déjà, on fabrique des feutres en matières synthétiques à partir de fibres ou de filaments enchevêtrés formant des nappes, consolidées ultérieure ment par des moyens variés dont l'un des plus usités est l'aiguilletage.
On obtient ainsi des feutres denses, de surface rèche ou parfois duveteuse, mais relativement unie et ferme, ne possédant pas les qualités de moelleux d'une four rure, par exemple, ou d'étoffes à poils ou à boucles utilisées dans la confection de tapis.
On connaît déjà par ailleurs de nombreux procédés de fabrication d'étoffes non tissées, ayant un tel aspect extérieur poilu ou bouclé, et un toucher moelleux. Selon certains procédés, on force à travers un support quel conque, tel qu'un tissu, une feuille de papier, ou une mousse de plastique ou de caoutchouc, des fils conti nus formant des boucles dont le sommet peut être en suite coupé et effiloché pour produire des poils. Le fil est piqué à travers le support, par exemple par des machines dites à tufter. Cependant, ce fil est cher car il ne doit présenter aucun défaut et les machines à tufter ont un débit relativement faible.
Selon d'autres procédés, on force à travers un sup port des fibres discontinues provenant d'une nappe fi breuse, en aiguilletant celle-ci à travers ce support. Ces fibres discontinues sortent de la face du support sous forme de touffes de poils et c'est donc la nappe fibreuse elle-même qui les engendre. On obtient de cette façon des étoffes non tissées aiguilletées, possédant un certain moelleux. On a même prévu la possibilité de séparer ensuite le support et la nappe fibreuse pour obtenir un feutre aiguilleté à poils, sans support intermédiaire. Enfin, on a déjà proposé de réaliser une étoffe non tissée, à poils, en forçant par aiguilletage des touffes de poils d'une couche génératrice<B> </B> de fibres discon tinues à travers une couche de fondation également formée de fibres enchevêtrées.
Mais les feutres poilus ainsi obtenus sont peu sta bles, car les fibres dont une extrémité est libre dans une touffe de poils se détachent facilement de la nappe ai- guilletée du fait de leur faible longueur ; on est obligé, en conséquence, de soumettre ce genre d'article à un traitement complémentaire visant à renforcer l'adhé rence des touffes de fibres à leur couche génératrice.
Afin d'éliminer cet inconvénient, on pourrait penser fabriquer des feutres poilus en utilisant à la place de fibres discontinues des fils ou filaments continus direc tement issus d'une couche de tels fils enchevêtrés. Il est, en effet, connu de fabriquer des feutres ordinaires constitués par une multitude de filaments synthétiques continus, préalablement étirés en vue de conférer des qualités de résistance mécanique au produit, et enche vêtrés, dont la cohésion est renforcée par un aiguilletage. On sait d'ailleurs que cette opération entraîne un étirage supplémentaire des filaments.
Parmi les avantages de ces sortes d'articles, on peut noter que la formation d'une nappe feutrée directement à partir de fils ou filaments synthétiques continus et pré alablement étirés permet de supprimer les opérations habituelles de frisure ou de coupe des filaments, néces saires quand on utilise des fibres discontinues. De plus, les nappes feutrées de filaments continus étirés offrent une plus grande résistance à l'usure, les filaments pré sentant une résistance à l'arrachement nettement supé rieure à celle des fibres discontinues.
Cependant, l'expérience montre que de telles nappes ne se prêtent pas à la formation de touffes de filaments issus de la nappe elle-même en vue d'améliorer l'aspect extérieur et le confort du feutre ainsi obtenu. On peut expliquer ce phénomène par le fait que la formation de touffes longues, en forçant à l'aide d'ai guilles des filaments continus d'une nappe feutrée à travers celle-ci, suppose une pénétration profonde de ces aiguilles ;
cette pénétration est nettement plus importante que dans le cas d'un aiguilletage normal visant seule ment à renforcer la cohésion d'une nappe en orientant certains filaments perpendiculairement au plan. de. celle- ci; les filaments ainsi entraînés profondément se rom pent avant que l'on obtienne un effet esthétique satisfai sant sur la face de sortie des aiguilles.
Par rapport à cet art antérieur, le but de la présente invention est de fournir un produit d'un genre nouveau, constitué par une étoffe non tissée ayant l'aspect d'un tapis ou d'une fourrure, qui soit simple et rapide à fa briquer, et qui présente conjointement les qualités de bonne tenue mécanique, de bonne résistance à l'usure, d'aspect esthétique et de toucher moelleux.
L'invention a pour objet un procédé de fabrication d'une étoffe non tissée par voie purement mécanique ayant l'aspect d'un tapis ou d'une fourrure, caractérisé en ce qu'on forme une neppe de filaments synthétiques sensiblement continus, incomplètement étirés, c'est- à-dire possédant une certaine capacité d'allongement permanent, et très enchevêtrés, et qu'on entraîne des filaments de cette nappe à travers elle-même, en les étirant, pour les faire sortir sous forme de boucles sur une de ses faces, la capacité d'allongement permanent initiale des filaments étant choisie en raison de la pro fondeur d'entraînement de ces filaments et de la densité de peuplement des boucles.
L'invention a encore pour objet un dispositif pour la mise en oeuvre de ce procédé comprenant un support mobile pour la nappe textile, une tête mobile munie d'ai guilles et une surface complémentaire d'appui de la nappe textile pourvue d'évidements en regard des ai guilles, caractérisé en ce que ces aiguilles comportent un fût à surface lisse et au moins- deux pointes terminales séparées par une gorge.
Enfin, l'invention a également pour objet une étoffe non tissée obtenue par le procédé précédemment défini ayant l'aspect d'un tapis ou d'une fourrure composée d'au moins une nappe de filaments synthétiques sensi blement conr nub enchevêtrés, caractérisée en ce que des filaments de cette nappe sont orientés à travers la dite nappe et forment des boucles dont la longueur est de l'ordre de grandeur de l'épaisseur de la nappe sur une face au moins de cette dernière.
On conçoit maintenant que, par la mise en oeuvre de l'invention, on puisse obtenir un effet séduisant en forçant des boucles de filaments à travers une nappe dont ils sont issus, sans négliger cependant d'étirer aussi complètement que possible les filaments de cette nappe, af,n de faire bénéficier le produit fini des bonnes carac téristiques mécaniques propres aux filaments étirés.
Les explications suivantes seront illustrées par les dessins annexés sur lesquels la fig. 1 montre un diagramme-allongement con trainte susceptible d'être obtenu avec un filament syn thétique continu ; la fig. 2 est un schéma d'un embarrage-frein ; les fig. 3 et 4 montrent une aiguille du dispositif conforme à l'invention ; les fig. 5 et 6 sont une représentation schématique de deux variantes de réalisation de l'étoffe ; les fig. 7 et 8 montrent deux exemples d'articles com portant une étoffe fabriquée conformément à l'inven tion.
Lorsqu'on pratique l'aiguilletage à l'aide d'aiguilles à ardillons d'une nappe de fibres quelconques, ces ai guilles entraînent, dans une direction perpendiculaire à cette nappe, des touffes de fibres qui apparaissent très légèrement sur la face de sortie de aiguilles en consti tuant ce qu'on appelle des chevilles . On obtient de la sorte un enchevêtrement supplémentaire important des fibres constituant la nappe de base, et ceci en parti culier sur la face d'entrée des aiguilles, qui acquiert de ce fait une grande résistance.
Par contre, la majorité des fibres qui se trouvent initialement dans les parties infé rieures de la nappe ne subissent que faiblement l'action des aiguilles, et restent fixées à la masse générale du feutre d'une façon beaucoup plus précaire que les fibres de la surface supérieure, dont une grande partie a été obligée de pénétrer dans la masse du feutre. La surface d'entrée des aiguilles est donc, en général, beaucoup plus solide que la surface de sortie que l'on doit souvent renforcer par des imprégnations ou enductions de ma tières plastiques.
Lorsque, pour des raisons quelconques, et notam ment esthétiques, on ne veut pas procéder à des enduc- tions sur la face de sortie des aiguilles, on se trouve devant une faiblesse de cette face de sortie. On a es sayé de compenser cette faiblesse en augmentant la pénétration des aiguilles, c'est-à-dire en provoquant des touffes ou sorties de chevilles importantes en volume, mais dans ce cas, les fibres qui prennent ces positions perpendiculaires à la surface, et même extérieures à la surface, se détachent facilement, car leur fixation dans le feutre est insuffisante.
On a pu alors penser qu'il serait intéressant de sou mettre à une pénétration des aiguilles une nappe com posée de filaments continus au lieu de fibres disconti nues, les portions de filaments sorties, même profon dément, de la nappe se trouvant solidement accrochées à celle-ci par leurs prolongements. Des essais ont été effectués avec des nappes connues de filaments continus étirés, mais on a constaté que l'action d'une forte péné tration des aiguilles aboutit à la rupture des filaments avant que l'on obtienne l'effet recherché, ces filaments étant sollicités par l'action des aiguilles au-delà de leur limite de rupture.
Selon l'invention, on prévoit d'entraîner des fila ments d'une nappe de filaments non étirés, ou plus exactement incomplètement étirés, à travers cette nappe, de façon à éviter cette rupture de fils. Ainsi, on dispose d'une marge de déformation permanente du filament entraîné sous forme de boucle à travers la nappe avant d'aboutir à sa limite de rupture. Moins le fil sera étiré, plus la boucle traversant la nappe pourra être longue, sans risquer de se rompre.
Cependant, pour bien cerner l'invention, il convient de définir clairement ce que l'on entend par l'expression incomplètement étiré .
Les fils synthétiques tels que, par exemple, de poly amide, de polyester, ou de polypropylène, ont la pro priété, une fois solidifiés après la filature, de pouvoir subir sans rupture, mais avec modification de leur struc ture, une déformation permanente en général importante sous l'action d'une traction ; cet allongement permanent peut être augmenté jusqu'à une limite, plus ou moins marquée, au-delà de laquelle le fil est dit étiré , et ne peut plus guère se déformer qu'élastiquement avant de se rompre.
Cet état étiré , bien connu des spécia listes, et qui résulte d'une orientation des molécules du produit, est en général recherché et obtenu industrielle ment par une opération appelée étirage, car c'est lui qui donne au fil ses meilleures caractéristiques mécaniques.
Diverses méthodes permettent de déterminer l'état d'un fil synthétique sortant de la filière, telles que l'étude aux rayons X des molécules, pratiquée au labo ratoire, ou l'examen du diagramme contrainte-déforma- tion d'emploi plus commode en pratique. Cette méthode sera utilisée ici pour caractériser l'état d'un filament par l'allongement permanent qu'il peut subir avant d'abou tir à l'état étiré.
Le diagramme de la fig. 1 représente l'allongement jusqu'à la rupture d'un fil synthétique sortant de la filière en fonction de la tension qui lui est appliquée; la tension t figure en ordonnée et la longueur 1 en abscisse.
La partie ab du diagramme correspond à la phase d'étirage proprement dite, c'est-à-dire à la déformation permanente du fil qui se poursuit à tension pratiquement constante. La partie bc correspond à une déformation élastique, propriété qu'il est aisé de vérifier en relâchant la tension à partir du point b' : on constate alors que la relation déformation-contrainte s'inscrit selon b'B. La partie cd correspond enfin à une déformation perma nente précédant la rupture, avec destruction des liaisons entre molécules, striction du fil et rupture en d.
On définira ici la capacité d'allongement permanent du fil par le rapport , c'est-à-dire le rapport entre l'accroissement de longueur
EMI0003.0009
du fil initial sans tension et la longueur du fil étiré sans tension. La détermination de cette capacité d'allongement permanent est rendue aisée par la présence de la zone élastique bc ; en effet, la contrainte exercée pour effectuer l'étirage peut être largement indéterminée pour autant qu'elle se situe dans cette zone.
Le domaine de variation de
EMI0003.0010
dépend essentielle ment du polymère et de la façon dont il a été filé. Pour le Nylon 6 , par exemple, de viscosité relative 2,8, cette valeur peut varier de 0,80 à 0 en fonction des conditions de filature. On entendra donc par incomplètement l'état d'un filament dont la capacité d'allongement per manent est différente de zéro.
Ainsi, en possession d'un mode de détermination simple de cette capacité d'allongement permanent, on peut en régler la valeur initiale pour des filaments uti lisés dans la confection d'une nappe textile; il sera ensuite possible da déterminer expérimentalement à quelle profondeur on pourra entraîner des filaments à travers une telle étoffe, pour qu'un certain pourcentage de ces filaments présente une capacité d'allongement permanent, après l'opération, aussi proche de zéro que possible, c'est-à-dire soit pratiquement étiré.
Diverses méthodes de réglage de l'état initial du fi lament, c'est-à-dire de la valeur de sa capacité d'allon gement permanent, peuvent être appliquées : on peut, par exemple, utiliser les bancs d'étirage classiques, dont on réglera expérimentalement les vitesses pour obtenir la capacité d'allongement permanent désirée.
On peut également effectuer un tel réglage directe ment à la sortie des filières où le fil est fabriqué à partir du polymère fondu ; à la sortie de ces filières, les fils sont refroidis, tous les fils d'une même filière étant entraînés à grande vitesse, soit par une bobineuse, soit par un organe de traction qui les dépose dans un pot, soit encore par une tuyère alimentée en air ces moyens d'entraînement sont placés assez loin de la filière, de façon que les fils ne collent pas entre eux à l'état plastique, et forment ce que l'on appellera par la suite un multifilament.
On définit par rapport de filature le rapport entre la vitesse d'entraînement du filament et la vitesse d'écou lement du liquide dans un trou de la filière. En pratique, la vitesse d'entraînement du fil est toujours beaucoup plus grande que la vitesse d'écoulement du liquide dans un trou de filière, et il en résulte un amincissement con sidérable du fil pendant que celui-ci est à l'état plas tique.
Cet amincissement est accompagné d'une modifica tion de structure, comme le montre à titre indicatif le tableau ci-après résultant de mesures expérimentales, qui illustre une corrélation entre le rapport de filature delta et la capacité d'allongement permanent.
denier; suivant:
EMI0003.0012
Cependant, pour un diamètre déterminé des trous de la filière, le rapport de filature fixe le titre du fil ou on ne peut donc pas régler complètement la capacité d'allongement permanent en faisant varier le rapport de filature.
Afin de diminuer la capacité d'allongement perma nent au-delà des limites fixées par le rapport de fila ture, et indépendamment du titre du fil, ce dernier étant le titre au point A fig. 1, c'est-à-dire sans tension sur la bobine ou dans le pot de réception, on peut utiliser l'artifice suivant: on établit un embarrage-frein sur le fil entre la filière 1 et le dispositif d'entraînement 2 placé en un endroit où les fils 3 du multifilament 4 sont encore chauds mais ne collent plus, de façon à effectuer l'étirage dans des conditions optimales.
Un exemple de réalisation de cet embarrage, représenté à la fig. 2, con siste en deux poulies de détour 5 et 6, et une poulie intermédiaire 7, à laquelle est appliqué un couple de freinage dont la valeur est fonction de l'allongement qu'on désire faire subir au fil entre ces poulies et la machine de traction.
Par exemple, si l'on se place dans le cas d'un rap port de filature delta égal à 56, on peut faire varier, et ceci sans changer le titre en denier final, la capacité d'allongement permanent, en faisant varier la vitesse de l'embarrage-frein. En appelant le rapport de la vi tesse d'enroulement à la vitesse
EMI0003.0015
de l'embarrage, on obtient expérimentalement des capacités d'allongement permanent précisées dans le tableau ci-dessous
EMI0003.0018
Lorsque le dispositif d'entraînement est une tuyère, il est possible de faire varier la capacité d'allongement permanent non seulement à l'aide de rouleaux de dé tour dont la vitesse est maintenue constante, mais en core en réglant la pression d'air dans la tuyère,
de telle sorte qu'il se produit un allongement des filaments entre l'entrée et la sortie de ladite tuyère.
<I>Exemple</I> En partant d'une filière de 200 trous débitant 280 g/mm de polyamide 6, on a produit un multifilament qui était aspiré dans une tuyère alimentée en air com primé à 6 kg/cm2 et placée à 1,80 m au-dessous de cette filière. La vitesse du fil à la sortie de la tuyère était d'en viron 4200 m/mn et le titre du fil évacué sans tension d'environ 3 deniers. La capacité d'allongement perma nent des fils du multifilament était alors de 0,08.
En conclusion, il est possible de fabriquer directe ment à la sortie de la filature un multifilament recueilli sur un organe quelconque, et dont le denier (global et par filament) ainsi que la capacité d'allongement per manent
EMI0004.0002
sont fixés à l'avance.
Pour mettre ensuite en #uvre l'invention, on forme, avec des multifilaments dont la capacité d'allongement permanent et le denier sont connus, une nappe homogène. de densité apparente et d'épaisseur sensiblement cons tantes, et dont tous les filaments élémentaires sont en chevêtrés à un très haut degré, ceci de façon à donner à la nappe une certaine cohérence.
II existe bien des méthodes pour former une telle nappe, soit dans l'industrie de la fibre de verre, soit dans l'industrie des textiles artificiels. D'une façon générale, ces nappes peuvent être obtenues à partir de distributeurs de filaments individuels ou de multifilaments débitant le fil sur un tablier récepteur, lequel défile à une vitesse nettement inférieure à celle d'arrivée du fil. Des dispo sitifs auxiliaires de soufflage d'air et d'entraînement alternatif transversal des distributeurs par rapport au tablier récepteur, permettent d'accroître l'enchevêtre ment des fils.
Tous les paramètres tels que la composition des multifilaments, la vitesse de ceux-ci, la vitesse du tablier, l'écartement des dispositifs distributeurs, sont déterminés expérimentalement en vue d'obtenir une nappe régulière dont le poids au mètre carré soit connu à l'avance.
Cette nappe manque cependant de cohésion et, en pue de renforcer celle-ci, on la fait passer, dès sa sortie du tablier où elle s'est formée, dans une aiguilleteuse classique munie d'aiguilles à ardillons. Cet aiguilletage, relativement peu dense et peu profond pour éviter d'éti rer les fils soumis à l'action des aiguilles, est principale ment destiné à faciliter le transport de ladite nappe, ou à permettre de lui accoler une ou plusieurs autres nap pes selon les besoins; la présence d'un lubrifiant ou ensimage pulvérisé à l'entrée de l'aiguilleteuse facilite cette opération.
On cherche à obtenir un effet séduisant en forçant des boucles de filaments à travers cette nappe, sans né gliger cependant d'étirer aussi complètement que possi ble les filaments de cette nappe afin d'obtenir un pro duit fini qui bénéficie des bonnes caractéristiques mé caniques propres aux filaments étirés.
Pour cela, on soumet la nappe à une très profonde pénétration d'aiguilles qui entraînent, en les étirant, des filaments de la nappe à travers elle-même. par ces Les portions de filaments qui sont aiguilles à travers la nappe seront plus étirées que celles qui restent enracinées dans la nappe. Cependant, il est possible de prévoir un appareillage et une méthode pour effectuer cette opération tels qu'un pourcentage élevé des filaments soit complètement étiré.
On peut soumettre la nappe à un aiguilletage très dans lequel les aiguilles dépassent profond, c'est-à- très largement l'autre face de la nappe. Cependant, si on effectue cet aiguilletage à l'aide d'aiguilles à ardil lons classiques, cette méthode ne fournit que des bou cles assez pauvres en filaments, boucles de hauteur aléa toire et comportant un nombre de brins très variable.
Pour obtenir des boucles d'un bel aspect, formées régulièrement, il serait souhaitable d'entraîner toujours nappe, et toujours à travers la même quantité de à la même profondeur pour un réglage donné de la machine. Pour cette raison, il est préférable d'utiliser les aiguilles spéciales représentées aux fig. 3 et 4. Cha cune se compose d'un fût 8 à surface lisse, terminé par deux pointes parallèles 9, séparées par une gorge 10 qui entraîne les filaments lors de son passage à travers la nappe en les étirant, ceux-ci restant sous forme de boucle lorsque l'aiguille se retire. Grâce à ces aiguilles, les fila ments forment des boucles qui ont toutes la même hau teur, et comportent sensiblement le même nombre de brins.
Ces aiguilles peuvent être placées sur une machine à aiguilleter classique sur une seule rangée. Selon une forme d'exécution, elles ont un diamètre de l'ordre de 3 mm et leur distance d'axe en axe est de l'ordre de S mm, distance qui peut, bien entendu, varier suivant l'effet recherché.
L'enclume de l'aiguilleteuse, c'est-à-dire la plaque percée sur laquelle repose la nappe et qui lui sert d'ap pui au moment où les aiguilles de la tête d'aiguilletage la pénètrent, peut avantageusement comporter, au lieu de trous en regard de chaque aiguille, des fentes dispo sées longitudinalement, afin de faciliter l'avancement de la nappe.
Cet avancement de la nappe s'effectue par à-coups à une cadence qui est celle des aiguilles, et selon un pas qui est réglé par un rouleau d'appel à la sortie de la machine pour l'espacement des rangées de boucles. En général, celui-ci est du même ordre que la distance de deux boucles voisines d'une même rangée transversale. Ainsi, par exemple, on a utilisé un peigne qui compor tait deux aiguilles au centimètre et l'avancement de la machine était réglé à six millimètres par coup.
Cependant, et spécialement quand la distance de deux rangées voisines est faible, on constate que la frappe d'une rangée de boucles a tendance à détruire la rangée précédente par glissement des filaments dans la pour éviter ce phénomène dans les cas où il est considéré comme nuisible, il est avantageux d'aiguilleter la nappe à l'aide de deux ou plusieurs rangées transver sales d'aiguilles homologues dont l'écartement corres pond au pas d'avancement de la machine à aiguilleter.
Ainsi, l'usage de plusieurs rangées d'aiguilles permet d'effectuer non seulement l'étirage des portions de fila ments constituant les boucles, mais aussi de celles qui, entre deux boucles, restent emprisonnées dans la nappe.
Par ailleurs, lorsqu'on utilise plusieurs rangées d'ai guilles, et si l'on veut faire de très hautes boucles, il est intéressant de disposer ces rangées d'aiguilles selon des de hauteurs allant en croissant dans le sens de la nappe, chaque rangée effectuant ainsi une partie de l'étirage et de la formation d'une même boucle. On ob tient de la sorte un étirage relativement progressif des filaments.
Une autre méthode de formation des boucles con siste à utiliser un cylindre pourvu d'aiguilles telles que décrites sur toute sa périphérie, et à faire passer la nappe entre ce cylindre et un contre-cylindre possédant des rainures circulaires en face de chaque couronne d'ai guilles. Cette méthode a l'avantage de réaliser une pé nétration lente des aiguilles dans la nappe, et d'assurer un étirage progressif et régulier des filaments.
Dans certains cas, la pénétration des aiguilles est facilitée lorsqu'on pulvérise sur la nappe un agent lu brifiant qui favorise tous les glissements et évite les rup tures de filaments, selon une pratique courante dans la technique de l'aiguilletage.
La nappe 11 ainsi traitée présente sur l'une de ses faces des boucles épaisses 12 dont la hauteur peut être réglée dans de larges proportions, cette hauteur pouvant être très nettement supérieure à 1 cm (voir fig. 5).
Pratiquement tous les filaments sont étirés pour les raisons expliquées plus haut, sous réserve, bien entendu, que la capacité d'allongement permanent initiale des filaments de la nappe ait été convenablement choisie en fonction de la hauteur des boucles qu'on veut obtenir et de leur espacement, ce qu'il est aisé de déterminer de façon empirique.
On sait d'ailleurs que la présence d'une zone de déformation élastique après la zone de déformation per manente autorise une certaine latitude dans le réglage de cette capacité d'allongement permanent initiale des fila ments, pour que, après la pénétration d'aiguilles, ceux-ci soient étirés ou presque.
On conçoit cependant que cette capacité d'allonge ment permanent initiale ait une grande importance, no tamment pour la longueur des boucles. Ainsi, pour réa liser des boucles de hauteur 10 mm à partir d'une nappe de 500 g/m2, on a utilisé un filament dont la capacité d'allongement permanent était de 0,65. On a fait passer cette nappe dans une
EMI0005.0004
aiguilleteuse à trois rangées d'aiguilles, chaque rangée comportant deux aiguilles par centimètre de largeur et ces rangées étant espacées les unes des autres de 6 mm. La pénétration des aiguilles était réglée de façon que le point inférieur de la course soit situé à 10 mm au-dessous de la surface d'appui de la nappe.
D'autre part, on a réalisé également des boucles de hauteur 25 mm, à partir d'une nappe de 500 g/m2 com portant des filaments dont la capacité d'allongement permanent était de 0,65. On a fait passer cette nappe dans
EMI0005.0005
une aiguilleteuse à trois rangées d'aiguilles, chaque rangée comportant une aiguille au centimètre de largeur et ces rangées étant espacées les unes des autres de 10 mm. La pénétration des aiguilles était réglée de façon que le point inférieur de la course soit situé à 25 mm au-dessous de la surface d'appui de la nappe.
On a également réalisé des boucles de hauteur 5 mm, à partir d'une nappe de 300 g/m2 comportant des filaments dont la capacité d'allongement permanent
EMI0005.0006
était de 0,50. On a fait passer cette nappe dans une aiguilleteuse à deux rangées d'aiguilles, chaque rangée comportant deux aiguilles au centimètre de largeur et ces rangées étant espacées les unes des autres de 6 mm. La pénétration des aiguilles était réglée de façon que le point inférieur de la course soit situé à 5 mm au-dessous de la surface d'appui de la nappe.
Dans ces trois cas, après analyse du produit final, on a constaté que 80 0/o au moins des filaments avaient une capacité d'allongement permanent voisine de 0.
Selon une variante de l'invention, on choisit une ca pacité d'allongement permanent initiale et une pénétra tion des aiguilles telle que les filaments composant les boucles soient sollicités par la pénétration des aiguilles au-delà de leur limite de rupture; on provoque ainsi la rupture de ces filaments au sommet des boucles, et on obtient un tapis à poils coupés 14 ayant l'aspect d'un velours. Les filaments ainsi brisés dans la touffe restent cependant très solidement accrochés dans la nappe 13 dont ils sont issus sans qu'un traitement supplémentaire soit nécessaire.
Par exemple, on a réalisé un tapis à poils en partant d'une nappe de 300 g/m2, constituée de filaments d'une capacité d'allongement permanent de 0,50, que l'on a fait passer dans une aiguilleteuse
EMI0005.0010
à trois rangées d'ai guilles, chaque rangée comportant deux aiguilles par centimètre de largeur, ces rangées étant espacées les unes des autres de 6 mm, et la pénétration des aiguilles étant réglée de façon que le point inférieur de la course soit situé à 22 mm au-dessous de la surface d'appui de la nappe. Le produit fini comportait des poils d'une hau teur de 8 mm.
Tout ce qui vient d'être décrit, pour des filaments continus qui n'ont pas été coupés au sortir de la filière, peut s'appliquer à de longues fibres susceptibles de par ticiper à la formation d'un grand nombre de boucles et, par là même, de se comporter comme des filaments vraiment continus.
Pour définir le domaine d'application de l'invention, faut donc entendre ici l'expression sensi- blement continus comme visant des fibres très longues par rapport à l'épaisseur de la nappe qu'elles consti tuent.
Néanmoins, si l'étoffe est destinée à des usages éprouvants, comme par exemple à des revêtements de sol, il est avantageux de la renforcer et d'améliorer sa stabilité dimensionnelle à l'aide d'une autre nappe for- mant du tapis et réalisée avec des filaments continus fabriqués de la même façon que ceux de l'autre, mais préalablement étirés, c'est-à-dire de rapport voisin de zéro.
EMI0005.0032
Les boucles 16 de la nappe 15 de filaments incom plètement étirés sont forcées à travers la nappe 17 de fil étiré (fig. 7), après que les deux nappes ont été légè rement aiguilletées ensemble. Il est évidemment possible de réaliser cette opération en continu avec le reste de la fabrication, en faisant débiter sur un même tablier récepteur de filaments deux séries de distributeurs de fils, alimentées l'une en fil étiré, l'autre en fil incomplè tement étiré.
A titre d'exemple, on a réalisé un tapis de ce genre en employant une nappe constituée de filaments continus étirés de Nylon 66 , d'un poids au mètre carré de 300 g, sur laquelle on a déposé une nappe de filaments continus incomplètement étirés de Nylon 66 , d'un poids au mètre carré de 550 g, les deux nappes étant aiguilletées légèrement ensemble puis soumises à une pénétration d'aiguilles selon l'invention, certains fila ments de fil incomplètement étiré étant forcés à travers la nappe de fil étiré.
D'une façon surprenante, on a également obtenu d'excellents résultats en opérant sur les deux nappes en sens inverse, c'est-à-dire en faisant entrer les aiguilles dans la nappe 18 de filaments étirés pour les faire res sortir en formant des boucles 19 sur la face opposée de la nappe 20 de filaments incomplètement étirés (fig. 8). La résistance et la stabilité du tapis obtenu sont remar quables.
En dehors de cette application aux tapis, l'étoffe fabriquée conformément à l'invention peut recevoir de nombreuses autres applications, soit seule, soit sous forme composite en liaison avec d'autres nappes, ou sous forme enduite. Ainsi, elle peut être utilisée, par exemple, pour la fabrication de revêtements muraux, de couvertures, de textiles d'ameublement tels que des étof fes pour sièges, ou pour rideaux, de textiles d'habille ment pour des doublures ou des manteaux, d'étoffes pour pantoufles, et tous autres produits ayant l'aspect d'un tapis ou de la fourrure.