" Commutateur à gaz déclenché par filament laser."
La présente invention se rapporte à un système de commutation électrique à haute tension. Elle trouve une application particulièrement intéressante dans le domaine des puissances puisées.
La science et la technologie des puissances puisées sont basées sur la manipulation de l'énergie pour passer d'un stockage sur des temps longs à une délivrance sur des durées très brèves ou avec un front de montée très raide. Ces performances sont atteintes par la réalisation de briques technologiques qui sont optimisées individuellement mais aussi entre chacune desquelles l'adaptation est optimisée. Au premier titre, la brique de commutation est un élément-clé de la performance finale et aussi un élément où la marge de progression existe encore.
A titre d'exemple, le système selon la présente invention peut être mis en œuvre en tant qu'éclateur avec son déclencheur dans un générateur de Marx. Un tel générateur est un circuit électrique destiné à produire une impulsion de haute tension avec un courant fort. Pour ce faire, on charge en parallèle plusieurs condensateurs à une tension donnée. Puis, on décharge en série tous les condensateurs par l'intermédiaire d'éclateurs (« spark gap switches » en anglais). La synchronisation des éclateurs placés entre chaque étage est la clé d'un fonctionnement nominal.
On connaît des systèmes ayant pour objectif de réaliser une commutation rapide à basse inductance et un déclenchement bien synchronisé.
Le document FR2702900 (Al) (aussi publié en tant que US5621255) décrit un générateur de Marx à éclateur de surface. Il s'agit de trois électrodes planes séparées par une feuille diélectrique. Lorsqu'on applique une tension suffisante à l'une des électrodes, le courant passe entre les deux autres électrodes servant de conducteur pour les condensateurs.
Le document US5399910 (A) décrit un générateur d'impulsions de très haute tension et de courant fort. Des câbles coaxiaux sont chargés en parallèle, puis on utilise des éclateurs à commande électrique pour les décharger en série.
Des travaux ont été inspirés par un objectif similaire, à savoir l'initiation optique d'une décharge électrique entre deux électrodes distantes,
portées à une haute différence de potentiel et baignant dans un gaz. Il existe des différences liées principalement au mécanisme de création d'une ionisation suffisante pour rendre conducteur un chemin dans le gaz. Ce chemin est en général rectiligne de par la nature faiblement divergente des faisceaux de lumière laser.
De façon générale, on connaît des commutateurs à gaz déclenchés électriquement :
Ces composants ont un pouvoir élevé de tenue à la tension statique, en particulier avec la surpression en gaz (air, azote), ou l'utilisation de gaz fortement électronégatif (hexafluorure de soufre SF6). Ils sont utilisés depuis de nombreuses années et ont subi finalement peu de modifications, sauf lors de l'introduction du déclenchement par décharge électrique annexe (« trigatron » et « field distorsion effect »). Ils sont réputés pour leur fiabilité, leur tenue en tension et leur capacité à faire passer des charges élevées et des courants crêtes élevés. Une décharge initiatrice puissante fournira des photons ultraviolets capables de pré-ioniser le gaz en volume et d'améliorer la croissance de la décharge principale.
Leurs points faibles se situent à deux niveaux :
- la nécessité d'organiser des circuits haute tension puisés annexes pour polariser l'électrode de déclenchement. Ces circuits annexes peuvent être coûteux, consomment de l'espace, et font eux-mêmes appel à des éclateurs en général ; on empile ainsi les incertitudes temporelles.
- le temps de diffusion du plasma pour remplir l'espace interélectrodes et assurer une conduction suffisante.
On connaît également des commutateurs à gaz déclenchés par laser :
Ces commutateurs sont une évolution du précédent type, mais avec une initiation par laser d'un plasma localisé entre les électrodes. Ce plasma peut être une plume de plasma créée au milieu du gaz (interaction laser-gaz) ou bien au niveau d'une électrode (interaction laser-solide). Ils gagnent en fiabilité car ils permettent de se placer plus loin du point d'autodéclenchement. Le temps mis par la plume de plasma pour se développer dans l'espace interélectrodes induit un délai laser-courant qui peut être long et une jigue temporelle (jitter) sur ce temps.
On connaît enfin des commutateurs à semi-conducteur :
Ce type de composant est en développement mais n'a pas encore atteint sa maturité. En effet il s'agit de composants ne pouvant supporter une
tension statique très élevée (typiquement quelques kV) et ne pouvant supporter un courant de conduction élevé (typiquement quelques kA). Par suite il est nécessaire de placer plusieurs composants en série pour tenir la tension statique. En outre il est nécessaire d'installer en parallèle plusieurs de ces chaînes pour répartir le courant dans la limite du supportable. On arrive ainsi à un montage série/parallèle qui peut concerner un nombre important de composants élémentaires (dizaines, centaines), ce qui est coûteux et encombrant. Enfin il est nécessaire de soigner la fiabilité du déclenchement, afin de n'avoir aucun composant élémentaire non déclenché. Le non respect de cette condition entraîne la destruction de tout ou partie de l'ensemble. Ceci demande un système de déclenchement puissant et une circuiterie complexe pour amener l'impulsion de déclenchement à chaque élément. Un défaut supplémentaire vient de la limitation en puissance et en charge traversante. Une impulsion trop longue va entraîner un dépôt d'énergie et un échauffement rédhibitoire. Enfin le temps de montée du courant est souvent insuffisant pour beaucoup d'applications (200ns à 2ps) pour un coût individuel assez élevé (typiquement 2000 à 3000€).
La présente invention a pour but de remédier aux inconvénients précités en proposant un système de commutation rapide à haute tension et fort courant.
Un autre but de l'invention est d'élaborer un système de commutation à commande laser simple à mettre en œuvre, en particulier lorsqu'il y a plusieurs étages.
On atteint au moins l'un des objectifs précités avec un système de commutation électrique à haute tension comprenant au moins :
- deux électrodes distantes portées à une différence de potentiel,
- un dispositif laser pour relier électriquement les deux électrodes de façon à amorcer un arc électrique.
Selon l'invention, le dispositif laser comprend un laser puisé configuré pour générer, selon un processus dit de filamentation, un filament de plasma, ci-après désigné filament laser reliant électriquement les deux électrodes.
La différence de potentiel entre les deux électrodes distantes peut être élevée, notamment supérieure au kilovolt.
Le dispositif laser peut amorcer un arc électrique en créant instantanément un pinceau de plasma conducteur touchant les deux électrodes.
Le laser puisé est en particulier configuré pour générer, selon ledit processus dit de filamentation laser, un canal ionisé de taille adaptée et de conductivité suffisamment élevée pour fermer le circuit électrique extérieur relié aux dites électrodes.
Lesdites électrodes sont de préférence polarisées.
Avec le système selon l'invention, on utilise un laser puisé notamment de type femtoseconde tel que décrit dans la publication " Femtosecond filamentation in transparent média Couairon and Mysyrowicz, Physics Reports, 441 (2007) p. 47-189).
En d'autres termes, le système selon l'invention consiste à coupler un espace inter-électrodes avec le foyer étendu et linéaire d'un faisceau laser ultra bref et ultra intense. L'invention est une application non-photonique des lasers ultra courts. Si l'on atteint dans l'espace inter-électrodes une condition de flux laser (W/cm2) supérieur à un seuil qui dépend du milieu inter électrodes, ce milieu s'ionise selon un canal filiforme homogène sur une longueur très supérieure à l'extension du foyer linéaire. Cette ionisation se développe pendant la durée de l'impulsion, soit moins que 0,1 nanoseconde, et a une durée de vie de l'ordre de 1 ns.
Ainsi l'espace inter-électrodes, que l'on suppose être en dessous du seuil de claquage sous haute tension statique, se trouve brusquement court- circuité par un canal linéaire résistant. Ce canal est avantageusement faiblement résistant. Le passage du courant dans ce canal induit un échauffement et une augmentation du diamètre du canal et le passage d'un courant rapidement variable. La croissance de ce courant peut être très rapide.
L'un des avantages de l'invention est de réaliser un canal résistant continu entre les électrodes, sans aucune interruption. On peut en outre réaliser brutalement un canal conducteur entre les électrodes, sans aucune interruption. Ce canal peut être sans interruption, en particulier selon l'axe du faisceau laser. Si une interruption existait, comme dans des systèmes de l'art antérieur de claquage laser, un temps difficilement contrôlable serait nécessaire pour combler cet espace (par diffusion ou par dérive, notamment des particules chargées, électrons, ions, dans le champ électrique statique) et
assurer la conduction, ce temps étant fortement dépendant de la pression et de la nature du milieu inter-électrodes.
Le champ de claquage est le champ électrique inter-électrodes permettant la création d'un arc électrique entre les deux électrodes en absence d'un plasma.
Par ailleurs, dans le système selon l'invention, le faisceau laser incident fournit une référence temporelle fiable pour la décharge. Ce système de commutation électrique est rapide, à haute tension et permet la circulation d'un courant fort.
Selon un mode de réalisation avantageux de l'invention, les deux électrodes sont disposées l'une après l'autre le long du filament laser. Dans ce mode de réalisation, la distance inter-électrodes peut être définie le long du filament.
Avantageusement, au moins l'une des électrodes comporte une ouverture la traversant de part et d'autre, le filament laser étant destiné à traverser ladite ouverture et atteindre l'autre électrode. Le trajet du courant se fait dans le filament parallèlement à l'axe du filament.
De préférence, les deux électrodes comportent chacune une ouverture ; les deux ouvertures étant colinéaires, le filament traverse alors les deux ouvertures. On peut configurer le laser puisé pour que le diamètre du filament soit inférieur ou égal au diamètre de l'ouverture.
Selon une caractéristique avantageuse de l'invention, les deux électrodes présentent chacune une forme cylindrique, l'ouverture étant réalisée selon l'axe de révolution du cylindre, cet axe étant colinéaire avec l'axe du filament. En particulier, on peut prévoir que l'ouverture soit réalisée de sorte que l'une au moins des deux électrodes présente une forme autour de l'ouverture identique à la forme d'un tore ; le filament et cette électrode étant ainsi tangents le long d'un cercle. En d'autres termes, la surface interne de l'électrode définissant l'ouverture est de forme arrondie de sorte que cette électrode rentre en contact avec le filament sur une ligne circulaire perpendiculaire à l'axe du filament.
Selon un autre mode de réalisation, les deux électrodes peuvent être disposées l'une en face de l'autre selon un axe perpendiculaire à l'axe du filament. Dans ce cas, la distance inter-électrodes peut être définie selon une direction perpendiculaire à l'axe du filament. On peut configurer le laser puisé
pour que le diamètre du filament soit sensiblement égal à la distance interélectrodes.
Avantageusement, au moins l'une des électrodes peut présenter un profil arrondi du côté du filament dans un plan comprenant l'axe du filament. Dans ce cas, le filament et l'électrode sont tangents en un point.
De façon générale, une forme arrondie (cylindrique y compris) de l'électrode a pour avantage d'éviter des amorces de décharge aux angles, et d'allonger les lignes de contact plasma-métal et d'attacher les arcs à des parties massives.
Autrement, on peut prévoir que les deux électrodes présentent une forme allongée le long du filament. Dans ce cas, le contact entre le filament et l'électrode se fait selon une ligne le long du filament. Le claquage se fait alors tout le long de l'électrode, le courant est ainsi réparti, ce qui diminue fortement l'inductance. Avoir une inductance faible est un gage de temps de réponse court, donc un système rapide. En effet, les éléments inductifs introduisent des temps de latence qui sont néfastes à la rapidité du système.
En pratique, lorsque le filament laser n'est pas bloqué par l'une des électrodes, un écran de blocage est disposé à travers et à l'extrémité distale du filament. Cet écran est à comprendre avantageusement comme un élément de capotage réglementaire et a un but de sécurisation. S'il est métallique, il aura un rôle de faradisation. Sa présence sur le parcours du faisceau laser n'a aucune influence sur le phénomène recherché dans le dispositif.
Selon l'invention, on utilise une pièce de maintien en matériau rigide et isolant électriquement, attachée aux deux électrodes pour maintenir fixe la distance inter-électrodes. Cette pièce de maintien peut également être amovible et/ou réglable de façon notamment à modifier la distance interélectrode le cas échéant.
Cette pièce de maintien forme une cavité contenant les deux électrodes. La cavité peut être dotée d'un conduit d'introduction d'un gaz d'amorçage ou de rinçage inter-électrodes. Le milieu inter-électrodes peut être l'air à pression atmosphérique pour simplifier les réalisations. Cependant, la filamentation laser peut être mise en œuvre dans un gaz, de 0,1 bar à quelques bars pour les gaz, et aussi dans un liquide.
Afin de permettre l'alignement des différents éléments du système selon l'invention, on prévoit en outre un positionneur, portant les électrodes, pour positionner ces électrodes par rapport au filament.
Selon un mode de réalisation avantageux de l'invention, les deux électrodes constituent un éclateur pour un circuit électrique extérieur, l'une des électrodes étant reliée à la masse (notamment la terre) de ce circuit électrique, l'autre électrode étant reliée à une autre borne de ce circuit électrique extérieur. Ladite autre borne est notamment une borne polarisée de ce circuit électrique extérieur,
Le système selon l'invention associant haute tension et filamentation laser permet de réduire à un niveau très faible le temps résiduel entre l'instant d'application d'une sollicitation externe, électrique ou non, en vue de déclencher un éclateur à gaz soumis à une tension électrique élevée, et l'instant de réalisation d'un niveau significativement important du courant électrique traversant l'éclateur.
En général, les éclateurs à gaz ont des retards au déclenchement considérés comme faibles par rapport à d'autres dispositifs, mais significativement plus longs que le présent système selon l'invention.
La présente invention réduit à un niveau sub-nanoseconde le jitter de fermeture d'un éclateur à gaz. L'invention permet une synchronisation quasi parfaite d'éclateurs à gaz sur des systèmes commutateurs allant jusqu'au mètre.
A titre d'exemple non limitatif, le circuit électrique extérieur peut être un générateur de Marx. La brièveté du retard accessible par le système selon l'invention permet une utilisation directe du pouvoir de commutation mais aussi une association synchronisée de tels composants pour former un générateur puisé de très haute tension, justement de type générateur de Marx, avec des performances améliorées par rapport à l'état de l'art, ou pour former tout autre dispositif électrique nécessitant une telle synchronisation.
Selon un mode de réalisation de l'invention, le système peut comporter plusieurs paires d'électrodes disposées le long du filament. Cela permet d'exploiter l'importante extension spatiale du canal ionisé (dizaine de cm à 100cm). Ainsi, il est possible de synchroniser plusieurs claquages initiés par laser, principalement en disposant les espaces inter-électrodes successivement sur le trajet du laser. La propagation de l'ionisation se fera avec la vitesse de la lumière, tout comme l'onde de courant qui pourra se
développer. Dans ces conditions, il est possible de disposer plusieurs éclateurs déclenchés selon un circuit électrique en série et de constituer par exemple un générateur additionneur du type générateur de Marx, ou bien un générateur à câble avec un seul laser. Avec les déclenchements laser classiques, il n'est pas possible de créer plus d'un foyer optique sauf à diviser le faisceau en plusieurs branches mais dans ce cas, la puissance initiale doit être surdimensionnée pour atteindre le seuil de claquage sur chaque faisceau .
Avantageusement, chaque électrode est constituée à partir d'un métal pur ou d'un alliage métallique, notamment à partir d'un alliage de cuivre et de tungstène. Cet alliage est parfois nommé « cuten » et présente une très bonne résistance à l'érosion.
Le diamètre du filament varie entre une fraction de millimètre et quelques millimètres.
Le laser puisé peut délivrer des impulsions ultracourtes de lumière infrarouge, visible ou ultraviolette à haute puissance. Ces impulsions ont de préférence une puissance supérieure au seuil de filamentation dans l'air, par exemple 5Gwatt à 800nm de longueur d'onde dans l'air atmosphérique.
Avec le système selon l'invention, la longueur du filament laser peut être comprise entre quelques centimètres et un mètre. On obtient ainsi un système simple à mettre en œuvre et qui peut être commandé à distance.
Bien entendu, les différentes caractéristiques, formes et variantes de réalisation de l'invention peuvent être associées les unes avec les autres selon diverses combinaisons dans la mesure où elles ne sont pas incompatibles ou exclusives les unes des autres.
D'autres avantages et caractéristiques de l'invention apparaîtront à l'examen de la description détaillée d'un mode de mise en œuvre nullement limitatif, et des dessins annexés, sur lesquels :
- La figure 1 est une vue schématique d'un système de commutation électrique rapide à haute tension et fort courant déclenché par filamentation laser selon l'invention, dans une disposition coaxiale des électrodes ;
- La figure 2 est une vue en coupe latérale du système de la figure 1 ; - La figure 3 est une vue en coupe transversale du système de la figure
1 ;
- La figure 4 est une vue schématique d'un système de commutation électrique rapide à haute tension et fort courant déclenché par filamentation laser selon l'invention, dans une disposition croisée des électrodes ;
- La figure 5 est une vue en coupe transversale du système de la figure 4 ; et
- La figure 6 est une vue schématique d'un système selon l'invention comprenant plusieurs couples d'électrodes.
Sur les figures 1 à 3, on voit un circuit électrique externe C qui peut comprendre un ou plusieurs des éléments suivants en combinaison : condensateur, résistance et inductance. Ce circuit électrique externe est relié à la masse (en particulier la terre) et comporte une entrée E. Le système selon l'invention comprend en particulier un éclateur constitué de deux électrodes 1 et 2 destinées à décharger le circuit électrique externe ; ce circuit aura été chargé au préalable via un système de charge non représenté. Pour ce faire, l'électrode 1 est reliée à la masse (en particulier la terre) au moyen d'un conducteur 11 supportant un courant électrique élevé et l'électrode 2 est reliée à l'entrée E au moyen d'un conducteur 21 supportant un courant électrique élevé. Chaque électrode 1 et 2 est de forme cylindrique avec une ouverture en son milieu. Dans chaque électrode, l'ouverture 12, 22 est un trou central traversant l'électrode selon l'axe de révolution. Les deux ouvertures 12, 22 sont alignées et présentent un diamètre sensiblement identique au diamètre d'un filament laser 8 généré par un dispositif laser L. Ces électrodes peuvent être en acier inoxydable, en laiton, en cuivre ou en alliage métallique à haute température de fusion et par suite à faible taux d'érosion, par exemple un alliage Cuivre-Tungstène. Les matériaux constitutifs des électrodes 1 et 2 ne présentent pas d'aspérités ou d'angles vifs afin de prévenir les claquages électriques spontanés dans l'air ou dans un autre gaz.
En réponse à une consigne de décharge, le dispositif laser L génère un faisceau laser 6 qui traverse ensuite une optique de focalisation 7 de façon à créer un filament laser 8 selon le processus de filamentation.
L'optique de focalisation 7 peut permettre de manipuler la position du début du filament et de régler sa longueur, pour adapter au mieux le filament à la géométrie de l'éclateur. Cette optique est optionnelle dans la mesure où un faisceau laser ultra court et puissant, tel que décrit en introduction (cf
Couairon and Mysyrowicz, Physics Reports, 441 (2007) p. 47-189), peut s'autofocaliser puis filamenter seul. Avantageusement, il est possible de positionner le dispositif électrique déclenchable à grande distance d'un laser L dépourvu d'optique de focalisation.
D'une façon générale, le processus de formation d'une région ionisée de l'air supérieure à la distance de Rayleigh du faisceau laser est généralement décrit dans la littérature scientifique sous le vocable de filamentation femtoseconde. Une impulsion laser de haute puissance est capable d'ioniser les molécules de l'atmosphère. La technologie des lasers à impulsions brèves permet d'atteindre des puissances nécessaires pour l'ionisation de l'air avec des énergies par impulsion très modestes, bien inférieure au joule. Ces lasers présentent une durée de l'impulsion inférieure à une picoseconde, soit 10"12 seconde et peuvent atteindre une puissance instantanée supérieure à 10 GW, soit 107 watts. Des impulsions infrarouges de quelques millijoules d'énergie, focalisées dans l'air à l'aide d'une simple lentille sont suffisantes pour créer un plasma conducteur sur des distances de plusieurs centimètres autour du foyer de la lentille. Les impulsions laser peuvent provenir d'un laser femtoseconde ayant comme milieu actif du saphir dopé au titane. Le processus physique entraînant une ionisation de l'air sur une grande longueur est bien identifié, il s'agit d'une compétition entre l'autofocalisation du faisceau laser et l'ionisation multiphotonique impliquant l'absorption simultanée d'un grand nombre de photons infrarouge. Le filament ionisé, qui atteint facilement 20 cm et peut dépasser le mètre en longueur, peut être très fin, 100 à 200 pm de diamètre. La densité électronique du plasma créé peut être de 1016 el ./cm3. Le filament laser assure une liaison continue entre les électrodes dans la mesure où le filament passe près des deux électrodes. Lorsque le laser est puissant, le filament laser peut en fait être constitué de plusieurs filaments denses (un faisceau de filaments) à l'intérieur d'un plasma en forme de canal.
Le filament laser 8 traverse d'abord l'électrode 2 via l'ouverture 22 en effleurant la surface interne de l'électrode 2 formant ladite ouverture 22. Puis le filament 8 parcourt la distance inter-électrodes avant d'atteindre l'électrode 1 et la traverser via l'ouverture 12 en effleurant également la surface interne de l'électrode 1 formant cette ouverture 12. De ce fait les deux électrodes 1 et 2 entrent en contact avec le filament laser 8 qui permet de faire circuler un courant fort entre les deux électrodes. Lorsque le filament laser 8 n'est pas
présent, les deux électrodes présentent une différence de potentiel élevée, de l'ordre de plusieurs dizaines de kV.
En d'autres termes, le plasma filamentaire formant le filament laser 8, créé par une lumière laser focalisée, présente une conductivité électrique suffisante pour amorcer le passage d'un courant électrique élevé entre les électrodes 1 et 2 lorsque leur connexion préalable au circuit électrique extérieur C leur impose une différence de potentiel élevée. L'arc électrique amorcé le long du filament laser 8 entre les électrodes 1 et 2 peut se maintenir après la fin de l'impulsion laser lorsque le circuit C est connecté par les conducteurs 11 et 21.
La nature et la forme de chacune des électrodes 1 et 2 leur permettent de supporter le passage d'un courant de forte intensité, typiquement 1000 Ampères à plusieurs centaines de milliers d'Ampères. Le passage d'un courant élevé entre les électrodes 1 et 2 n'est pas limité par l'ensemble « électrodes et filament laser », mais par les caractéristiques de résistance, d'inductance et de capacité du circuit électrique extérieur C. Cet ensemble « électrodes et filament laser » introduit une inductance supplémentaire faible ou négligeable devant celle du circuit C.
Selon l'invention, les électrodes 1 et 2 sont maintenues solidaires par une pièce de maintien 3 (ou un empilement de pièces mobiles) en matériaux rigides et isolants électriques. La pièce de maintien permet de maintenir fixe la distance entre les électrodes 1 et 2. On peut prévoir d'ajuster cette distance par un réglage mécanique d'un empilement de pièces constitutives de la pièce de maintien 3. La nature et la forme de la pièce de maintien 3 lui permettent de supporter une différence de potentiel élevée appliquée entre les électrodes 1 et 2, typiquement plus de 10000 Volts.
Le filament laser 8 est en forme de cylindre avec un axe de révolution A. Les électrodes peuvent être positionnées précisément et séparément par rapport à l'axe prédéfini A au moyen d'un positionneur 4 réglable sur au moins trois directions. Ce positionneur sert de support pour les électrodes 1 et 2. L'action conjointe de l'optique de focalisation 7 et du positionneur 4 assure la proximité du filament laser 8 et de chacune des électrodes 1 et 2.
La pièce de maintien 3 définit une cavité contenant les deux électrodes 1 et 2 dans l'air atmosphérique ou dans un flux de gaz contrôlé. On prévoit une arrivée de gaz par le conduit 5 assurant un flux de gaz approprié (air
sec, autre gaz sec comme azote, argon) en vue du rinçage de la zone interélectrodes.
On prévoit également (non représenté sur les figures) un capotage de protection du filament laser comprenant notamment un écran de blocage 9, par exemple une plaque métallique ou isolante, pouvant supporter l'impact direct, lorsque le dispositif laser L est de très haute puissance. Le capotage de protection permet avantageusement de bloquer la sortie du filament laser.
Ce capotage de protection selon l'invention peut permettre simplement que le dispositif respecte in fine les règles de sécurité (blocage du rayonnement laser) ou de blindage électrique (faradisation).
Sur la figure 2, on voit une réalisation particulière des électrodes 1 et 2 dans laquelle la surface interne de chaque électrode est identique à une surface interne d'un tore, c'est-à-dire arrondie. Ainsi, la surface de contact entre l'électrode et le filament laser est un cercle perpendiculaire à l'axe A.
Sur les figures 4 et 5, les éléments jouant les mêmes rôles que sur les figures 1 à 3 sont identifiés de la même manière. La différence réside dans la disposition et la forme des électrodes 1 et 2 qui sont ici allongées le long du filament laser 8. La surface de contact n'est plus un cercle autour du filament laser 8, mais une ligne longitudinale le long du filament laser 8. Chaque électrode présente une forme arrondie du côté du contact avec le filament laser 8, et une forme plate du côté opposé au filament laser 8. Par conséquent, la distance inter-électrodes est sensiblement identique au diamètre du filament laser 8. Le courant de forte intensité qui doit parcourir les électrodes traverse le filament laser perpendiculairement à l'axe A. En fait, il se crée plusieurs lignes de courant, tout le long de la ligne de contact de chaque électrode, ceci permettant de limiter l'inductance entre les deux électrodes.
Sur la figure 6, on associe plusieurs éclateurs pour remplir une fonction au sein d'un circuit plus complexe, l'association de dispositifs voisins se faisant via des adaptations mécaniques isolantes 3ab, des positionneurs 4a et 4b et des circuits de liaison adaptés 12ab (par exemple un condensateur). On distingue deux groupes a et b de systèmes tels que représentés sur la figure 2 avec des circuits électriques extérieurs Ca et Cb placés en série le long de l'axe A pour exploiter la mise en conduction synchrone de chacun par le filament laser 8. Le groupe a comporte, identiquement au système de la
figure 2, deux électrodes la et 2a, une pièce de maintien 3a, le positionneur 4a et un conduit 5a. Le groupe b comporte, identiquement au système de la figure 2, deux électrodes lb et 2b, une pièce de maintien 3b, le positionneur 4b et un conduit 5b. Les conducteurs électriques l ia, 21a et 11b, 21b respectivement permettent de relier chaque éclateur a, b à un circuit électrique extérieur Ca, Cb. Par contre, on utilise un seul dispositif laser L pour générer un seul filament laser 8 sur une distance suffisamment grande pour atteindre les quatre électrodes alignées.
Les distances entre deux groupes voisins le long de l'axe A sont suffisamment proportionnées pour qu'il n'y ait pas de déclenchement d'un arc électrique intense entre eux mais seulement à l'intérieur de chacun des groupes, respectivement entre les électrodes la et 2a et entre lb et 2b. Le faisceau laser issu de L peut déclencher plusieurs dispositifs similaires placés non-nécessairement sur le même axe A si le faisceau 6 est divisé en plusieurs sous-faisceaux conduisant chacun à la création d'un filament laser.
L'invention consiste à exploiter le canal filiforme de plasma créé lors de la focalisation d'un laser ultra bref et ultra intense pour court-circuiter un espace inter-électrodes gazeux fortement polarisé et ainsi assurer une mise en conduction rapide, précise dans le temps (sub nanoseconde) et capable de supporter un fort courant (dizaines de kilo ampères).
La grande longueur du filament laser permet d'associer plusieurs éclateurs à gaz et de les synchroniser très précisément. L'invention permet de concevoir des topologies nouvelles pour les associations d'éclateurs, par exemple dans les éclateurs de Marx (on peut parler plus précisément d'éclateurs d'un générateur de Marx).
Bien sûr, l'invention n'est pas limitée aux exemples qui viennent d'être décrits et de nombreux aménagements peuvent être apportés à ces exemples sans sortir du cadre de l'invention.