Aliment pour poissons à base d'organismes invertébrés
La présente invention concerne un nouvel aliment pour poissons. Son domaine d'utilisation est l'aquaculture ou pisciculture, l'aquariophilie et la pêche.
Les aliments ou appâts pour poissons actuellement commercialisés peuvent être classés en six catégories principales : proies vivantes, aliments frais, aliments congelés, aliments lyophilisés, proies séchées, aliments secs en flocons, paillettes ou granulés. Du fait de la difficulté de conserver les proies vivantes, la majorité des produits actuellement commercialisés sont les aliments secs et lyophilisés qui n'ont pas l'aspect des proies et sont donc moins attirants pour les poissons. L'invention concerne un aliment à base d'organismes invertébrés entiers. Certains de ces organismes sont conservés vivants, et sont alors appelés ci-après proies vivantes ou appâts vivants.
Les proies entières et plus particulièrement les proies entières vivantes sont l'objet d'une demande tant des éleveurs de poissons, des aquariophiles que des pêcheurs. De nombreuses espèces animales sont ainsi commercialisées : invertébrés tels que petits crustacés, vers ; vertébrés : petits poissons par exemple ; larves aquatiques d'insectes telles que Chironimus sp dénommé couramment vers de vase ; larves terrestres d'insectes : asticots par exemple.
Le processus mis en oeuvre depuis la récolte jusqu'à l'utilisation de ces aliments pour poissons comporte : emballages, transports , stockages et conditionnements. Ces produits parviennent parfois de fort loin : Ukraine pour des larves de chironimus, Corée et Etats-Unis pour des vers, etc. mais des contraintes existent déjà pour un simple transport entre deux régions proches. Les transports et stockages doivent de préférence être faits sous température contrôlée ; les proies vivantes, selon leur espèce, survivent dans un milieur adapté (algues, gravier, eau, tourbe, etc, pour des vers ; papier, linge, sciure pour des larves; eau pour des crustacés, par exemple) et dans un emballage spécifique : carton, polystyrène, film plastique, papier, à titre d'exemple.
Toutes ces opérations sont coûteuses, risquées quant à la survie des animaux et aléatoires quant à l'approvisionnement de la clientèle. Certaines zones géographiques qui disposent de ressources ne peuvent contribuer à satisfaire la demande faute d'une logistique appropriée.
Les aliments ou appâts vivants sont offerts aux consommateurs sous des conditionnements variés, dans de l'eau ou à sec, et leur survie chez le détaillant est généralement de l'ordre d'une semaine.
Il existe donc un besoin reconnu d'aliments pour poissons sous forme d'organismes entiers, de préférence vivants, dont la durée de conservation puisse être accrue et qui se présentent sous une forme aisément acceptée par les poissons.
L'invention satisfait ce besoin en proposant un aliment pour poissons (l'expression "aliments" inclut les appâts) à base d'organismes invertébrés entiers, de préférence vivants. Cet aliment est constitué d'organismes invertébrés entiers, en particulier de larves d'insectes, enrobés d'une dispersion d'hydrocolloïde dans une phase liquide. L'hydrocolloïde est de préférence sous forme gélifiée.
Dans ce qui suit il doit être entendu , dans un but de simplification, que "hydrocolloïde" désigne en fait une dispersion d'hydrocolloïde dans une phase liquide, de préférence une phase aqueuse. Dans une première forme de réalisation, l'aliment est constitué par un mélange d'un ou plusieurs organismes invertébrés entiers avec une dispersion d'un hydrocolloïde.
Dans une forme de réalisation préférée, l'aliment est le produit obtenu par mélange d'un ou plusieurs organismes invertébrés entiers avec une dispersion d'hydrocolloïde, suivi de la gélification du mélange. On obtient alors un ou des organisme(s) invertébré(s) entier(s) enrobé(s) d'hydrocolloïde gélifié.
Certains organismes invertébrés initialement vivants meurent au cours ou à la suite des traitements précités, mais on a constaté que leur durée de conservation était cependant nettement accrue en comparaison des mêmes organismes qui n'avaient pas subi ces traitements.
Une forme de réalisation préférée consiste à utiliser des larves vivantes d'insectes ou des crustacés tels que Artemia. En effet un grand nombre d'entre eux restent en vie pendant de longues durées à la suite des traitements, ce qui les rend particulièrement intéressants en aquariophilie et comme appâts pour poissons. Les larves peuvent provenir d'insectes terrestres ou aquatiques, la préférence étant donnée à ces derniers en raison de leur durée de conservation plus longue.
On peut citer les espèces : Chironimus sp, Corethra plumicornis sp, Chaoborus sp et Tubifex sp à titre d'exemples et sans que cette liste soit limitative.
L'homme de métier pourra déterminer par des essais préalables simples quels invertébrés initialement vivants peuvent supporter d'être enrobés dans un gel d'hydrocolloïde.
Les invertébrés auxquels s'adresse l'invention sont généralement de petite taille, par exemple d'un poids unitaire inférieur à 100 grammes et le plus souvent inférieur à 1 gramme.
Les hydrocolloïdes utilisables sont nombreux, qu'ils soient d'origine naturelle ou de synthèse. Ils sont dispersables dans l'eau ou dans une phase aqueuse. On citera comme exemples d'hydrocolloïdes d'origine naturelle : les alginates, les carréghénanes, le xanthane, les gommes, des protéines, la caséine, la gélatine, etc, ou des mélanges d'entre eux. Comme exemples d'hydrocolloïdes synthétiques, on citera la carboxyméthylcellulose, le marigel, le polyacrylamide anionique ou des mélanges d'entre eux, ces listes n'étant pas limitatives pour l'invention.
On peut également utiliser des mélanges d'hydrocolloïdes naturels et synthétiques.
Eu égard à l'utilisation recherchée, les colloïdes d'origine naturelle et aquatique et dispersables à froid seront préférés à performances comparables. Le mode préféré de préparation de l'aliment selon l'invention comporte le mélange d'un ou plusieurs organismes invertébrés entiers, de préférence d'une ou plusieurs larves vivantes, avec une dispersion aqueuse (un sol) d'un hydrocolloïde, suivi de la gélification du mélange obtenu. La gélification, aussi appelée coagulation, est obtenue par tout moyen approprié qui n'endommage pas l'organisme, par exemple la larve, utilisé. Ainsi, si l'on désire maintenir l'organisme en vie, la température devra être compatible avec la vie de l'organisme. Certains organismes supportent des températures pouvant atteindre ou dépasser 50°C, d'autres doivent être maintenus au-dessous de 30°C par exemple.
La gélification aboutit à former une enveloppe qui va entourer la (les) larve(s) ou autres organismes entiers en formant un cocon autour de ces organismes.
La gélification peut être obtenue de diverses manières, par exemple par coagulation à la chaleur de certains hydrocolloïdes, par exemple l'albumine d'oeuf, ou par ajout d'un acide ou de composés générateurs d'ions alcalino-terreux en solution aqueuse, par exemple des sels de métaux alcalino-terreux, notamment une solution de chlorure de calcium (préférée), d'acétate de calcium ou de formiate de calcium ; on pense que les ions de signe opposé vont former des pontages et former une gelée. D'autres modes de gélification d'hydrocolloïdes connus de l'homme de métier pourraient également être utilisés.
Cette dernière opération peut avec certains hydrocolloïdes s'effectuer à température ambiante, donc sans chauffage, ce qui est une nécessité pour des organismes vivants dont la température léthale est souvent de l'ordre de 30°C. La dose d'aliment est alors entourée d'une enveloppe, ou en d'autres termes, d'une
peau, d'une coque, d'un cocon. Celle-ci protégera l'aliment en particulier contre la deshydratation, l'oxydation et le givrage.
La formation de cette enveloppe est aisée avec les hydrocolloïdes comme l'alginate de sodium extrait d'algues brunes telles que le varech, les laminaires, etc., le carréghénane extrait d'algues rouges telles que chondrus crispus, et qui sont couramment employés comme ingrédients dans des préparations alimentaires.
Le procédé préféré de préparation de l'aliment de l'invention se déroule en trois phases : dispersion d'un hydrocolloïde dans une phase aqueuse (formation d'un sol), mélange intime du ou des organismes, de préférence vivants, et de ladite phase aqueuse, et mise en contact du mélange résultant avec l'agent gélifiant. On peut par exemple introduire, par exemple extruder, des doses du mélange dispersion d'hydrocolloïde-organismes invertébrés dans un bain aqueux du sel de métal alcalino-terreux, les doses se formant dès l'immersion dans le bain ; on peut aussi pulvériser la solution aqueuse d'ions alcalino-terreux sur des doses individuelles du mélange précité mises dans des moules.
Une caractéristique importante du présent procédé et des aliments et appâts de l'invention est qu'on met en oeuvre des organismes invertébrés entiers (ou à tout le moins de fragments de ces invertébrés suffisamment importants pour que les poissons les identifient aux organismes invertébrés eux-mêmes) et de préférence des organismes invertébrés vivants entiers. Ceux-ci vont donc être enrobés de la dispersion d'hydrocolloïde et du cocon éventuellement formé par gélification ultérieure au moins partielle sur lesdits organismes. La technique diffère donc de la technique connue dans laquelle on mélange des aliments en poudre avec un hydrocolloïde, le mélange global obtenu étant gélifié ensuite. L'apparence naturelle de l'organisme est ainsi préservée et cela représente un attrait important pour le poisson et également pour le commerçant et ses clients.
L'homme de métier déterminera aisément les paramètres fondamentaux du procédé. Ceux-ci sont notamment la nature de l'hydrocolloïde ou des mélanges d'hydrocolloïdes, la nature de l'agent gélifiant ou des mélanges d'agents gélifiants, la concentration d'hydrocolloïde fonction du taux d'eau libre dans l'aliment, le rapport aliment/gel, la nature de l'eau (sa composition en sels et tout particulièrement en ions de métaux alcalino-terreux), l'addition d'ingrédients nutritifs comme par exemple sucre, amidon, pyrophosphates, algues, en particulier algues monocellulaires et vivantes, la température de la réaction , l'âge du gel, le taux d'ions dans la solution ionique, la durée de contact du mélange d'hydrocolloïde et d'aliment avec la solution ionique, le rinçage éventuel du produit obtenu, son séchage ou non, son conditionnement et en particulier la nature de l'emballage caractérisé notamment par sa perméabilité aux gaz. Des essais
préalables simples permettront aux spécialistes de déterminer les conditions optimales dans chaque cas particulier d'application.
Il doit être bien entendu que seuls des ingrédients non toxiques pour les poissons doivent être utilisés dans la fabrication des aliments de l'invention. Les résultats peuvent être jugés selon plusieurs critères dont les principaux sont : durée optimale de conservation,durée limite de conservation, qualités organoleptiques, durées de conservation selon la température, absence de synérèse, méthode de production, par exemple extrudage ou moulage, et son incidence sur les autres paramètres, possibilité d'obtenir de petites doses et leur régularité, facilité d'utilisation par le consommateur et le poisson, flottabilité de la dose, durée de vie du cocon et qualité sanitaire.
Les cocons obtenus peuvent être séchés. Ils présentent après séchage un poids net égoutté voisin du poids brut du cocon ; ceci contribue à diminuer les coûts de transport et de stockage. Le cocon ne peut pas facilement être détruit : seules des températures élevées ou l'immersion dans un bain agressif tel qu'un bain d'ions sodium de forte concentration peut le permettre ; ce ne sont pas les conditions rencontrées lors de sa conservation ou de son utilisation. Cependant on peut observer des cocons détruits, ils sont en fait lysés par des microorganismes, bactéries en particulier ; aussi, pour éviter cette destruction, il convient d'utiliser des produits sains. Les organismes vivants seront donc de préférence épurés en vivier et triés.
L'observation du cocon en bon état est une preuve du bon état sanitaire du produit. Le procédé peut être utilisé pour produire des appâts de pêche obtenus par l'agglomération dans un même cocon de plusieurs proies appétentes mais trop petites pour l'espèce de poisson dont la capture est recherchée. Le cocon aura le module et la forme souhaités pour cette pêche. Certains poissons absorberont l'organisme invertébré avec le cocon tandis que d'autres briseront le cocon pour n'absorber que l'organisme contenu dans ce cocon. Le procédé peut aussi permettre de fabriquer un produit destiné à appâter les poissons et qui peut flotter, reposer sur le fond ou être maintenu par un flotteur en pleine eau.
Les doses obtenues par ce procédé peuvent être congelées. Le produit obtenu présente des qualités organoleptiques supérieures à celles obtenues par les procédés en usage actuel. Le cocon protège le produit lors de la décongélation et évite notamment la synérèse. Les doses peuvent être adaptées à la demande et la production est moins coûteuse que par les procédés actuellement en usage et le coût des matières de conditionnement est faible. Le produit se prête bien à une
congélation en bain de saumure qui est moins coûteuse que la congélation en cellule ou en tunnel de congélation. Contrairement aux emballages connus de type blister, par exemple, l'emballage des aliments enrobés de l'invention n'a pas besoin d'être constitué en matériaux non recyclables et qui, en brûlant, dégagent des gaz toxiques. La facilité d'utilisation est grande et la qualité sanitaire est bonne.
Tous les invertébrés utilisés pour nourrir les poissons ne peuvent être conservés vivants dans le cocon ; le procédé convient particulièrement aux larves d'insectes qui, dans la plupart des cas, peuvent rester vivantes sur une assez longue durée. Les autres produits vivants disponibles et servant d'aliment pour les poissons peuvent avantageusement être préparés avec le même procédé puis congelés. Le résultat est supérieur à celui obtenu par les procédés en usage actuellement de conditionnement et de congélation et présente les avantages décrits ci-dessus.
Les exemples suivants, donnés à titre non limitatif, illustrent la mise en oeuvre de la présente invention. On appelle taux d'imprégnation le rapport du poids d'organisme invertébré au poids de la dispersion d'hydrocolloïde.
Exemple 1
En opérant à 20°C, on mélange des chironomides (Chironomus sp) vivants avec une dispersion aqueuse d'alginate de sodium à 1 % en poids dans de l'eau du robinet. Le taux d'imprégnation est de 100%, c'est-à-dire que le poids de chironomide est égal au poids de la dispersion.Le produit obtenu est ensuite gélifié par extrusion dans une solution de chlorure de calcium à 40 g par litre.
Conservés à 2°C environ, les chironomides enrobés de gel, ainsi obtenus, et emballés dans un sachet scellé de polyéthylène 30 micromètres sont encore vivants et en parfait état après 30 jours. Après 36 jours, ils ont encore un aspect satisfaisant et sont encore vivants, quoique légèrement amaigris.
Ils ont alors été congelés et ont conservé un excellent aspect après six mois de conservation.
Exemple 2
On mélange des chironomides avec une dispersion d'alginate de sodium à 0,6 % en poids dans de l'eau distillée. Le taux d'imprégnation est de 25% . Le- produit est réparti dans des moules et on vaporise sur les moules une eau à 40 g de chlorure de calcium par litre. On emballe les produits dans un film de polyéthylène scellé de 75 micromètres. Après 30 jours de conservation à 0-5°C environ, les chironomides sont encore vivants et ont un excellent aspect. On les a ensuite congelés et ils avaient un excellent aspect après 6 mois.
Exemple 3
On mélange des chironomides avec une dispersion d'alginate de sodium à 1 % dans l'eau du robinet au taux d'imprégnation de 50% puis on extrude dans une eau à 60 g/litre de chlorure de calcium. Les cocons obtenus sont maintenus à sec pendant 24 heurs puis conservés en film polystyrène 30 micromètres scellé à 2°C. Au bout de 65 jours les chironomides sont encore vivants et peuvent être congelés et conservés plus de 6 mois en gardant un excellent aspect.
Exemple 4 On opère comme dans l'exemple 1 en remplaçant les chironomides par des asticots d'une semaine d'âge. On conserve en film polystyrène scellé à 5°C. Après 20 jours les asticots sont encore en vie et commencent alors à se métamorphoser.
Exemple 5 On opère comme dans l'exemple 1, mais avec des larves de moustique blanches ( Corethra plumicornis). La durée de vie a été de 28 jours.
Exemple 6
Des cocons identiques à ceux obtenus aux exemples 1,2 et 3 étaient en parfait état après 5 jours à 20°C et 8 jours à 12°C.
Exemple 7 On opère comme dans l'exemple 1, mais l'hydrocolloïde est un carréghénane . La survie a été de 40 jours. Le cocon était toutefois moins solide que celui de l'exemple 1.
Exemple 8 On opère comme dans l'exemple 1, mais avec des eaux dans lesquelles des algues Chlorella sp et Dunalliela sp, respectivement, étaient en culture. La survie des chironomides a été excellente jusqu'à 30 jours. Ils ont ensuite été congelés et ont conservé leur aspect satisfaisant.
Exemple 9 On opère comme dans l'exemple 1 mais la solution de chlorure de calcium est une solution saturée à 20°C. La survie a été de 30 jours.