PROCEDE DE PRODUCTION D'UNE ESSENCE LEGERE BASSE TENEUR EN SOUFRE
La présente invention concerne un procédé de traitement d'une essence comprenant des dioléfines, des oléfines et des composés soufrés incluant des mercaptans en vue de fournir une fraction légère de cette essence à très basse teneur en soufre tout en préservant l'indice d'octane.
Etat de la technique
La production d'essences reformulées répondant aux nouvelles normes d'environnement nécessite notamment que l'on diminue faiblement leur concentration en oléfines mais de façon importante leur concentration en aromatiques (surtout le benzène) et en soufre. Les essences de craquage catalytique, qui peuvent représenter 30 à 50 % du pool essence, présentent des teneurs en oléfines et en soufre élevées. Le soufre présent dans les essences reformulées est imputable, à près de 90%, à l'essence de craquage catalytique (FCC, « Fluid Catalytic Cracking » ou craquage catalytique en lit fluidisé). La désulfuration (l'hydrodésulfuration) des essences et principalement des essences de FCC est donc d'une importance évidente pour l'atteinte des spécifications.
Le prétraitement par hydrotraitement (hydrodésulfuration) des charges envoyées au craquage catalytique conduit à des essences de FCC contenant typiquement moins de 100 ppm de soufre. Ces unités d'hydrotraitement opèrent cependant dans des conditions sévères de température et de pression, ce qui suppose une consommation importante d'hydrogène et un investissement élevé. De plus, la totalité de la charge doit être désulfurée, ce qui entraîne le traitement de volumes de charge très importants.
Il est donc nécessaire, afin de répondre aux spécifications en soufre, de post-traiter par hydrotraitement (ou hydrodésulfuration) les essences de craquage catalytique. .Lorsque ce post-traitement est réalisé dans des conditions classiques connues de l'homme du métier il est possible de réduire encore la teneur en soufre de l'essence. Cependant, ce procédé présente l'inconvénient majeur d'entraîner une chute très importante de l'indice d'octane de la coupe, en raison de la saturation d'oléfines au cours de l'hydrotraitement.
Le brevet US 4 131 537 enseigne l'intérêt de fractionner l'essence en plusieurs coupes, de préférence trois, en fonction de leur point d'ébullition, et de les désulfurer dans des
conditions qui peuvent être différentes et en présence d'un catalyseur comprenant au moins un métal du groupe VIB et/ou du groupe VIII. Il est indiqué dans ce brevet que le plus grand bénéfice est obtenu lorsqu'on fractionne l'essence en trois coupes, et lorsque la coupe présentant des points d'ébullition intermédiaires est traitée dans des conditions douces.
Dans le brevet français FR 2 785 908, il est enseigné l'intérêt de fractionner l'essence en une fraction légère et une fraction lourde puis d'effectuer un hydrotraitement spécifique de l'essence légère sur un catalyseur à base de nickel, et un hydrotraitement de l'essence lourde sur un catalyseur comprenant au moins un métal du groupe VIII et/ou au moins un métal du groupe Vlb.
Le brevet américain US 6,440,299 décrit un procédé d'élimination des mercaptans d'une charge hydrocarbures à l'aide d'une colonne de distillation catalytique. Le lit catalytique de la colonne est situé au dessus de l'alimentation afin de ne traiter que la fraction légère de la charge. Le catalyseur utilisé est un catalyseur supporté à base de sulfure de nickel sur lequel l'élimination des mercaptans se fait par une réaction de thioéthérification par addition sur les dioléfines. Comme illustré dans l'exemple de ce brevet, le procédé permet difficilement d'obtenir simultanément des très basses teneurs en soufre sur la fraction légère de l'essence traitée. En effet, lorsque la quantité de dioléfines dans la charge est faible et/ou que la quantité de mercaptans est importante, la cinétique de conversion des mercaptans sur le catalyseur est défavorisée. Pour maintenir une conversion élevée, il faut soit augmenter la température, soit limiter les trafics internes à la colonne. Opérer à température plus élevée à iso-point de coupe de l'essence légère ne peut se faire qu'en augmentant la pression dans la colonne cependant cette augmentation est limitée par le design de la colonne. Limiter les trafics internes (en baissant par exemple le taux de reflux interne) présente l'inconvénient de dégrader le pouvoir séparateur de la colonne, ce qui favoriserait la récupération des mercaptans légers non convertis dans la fraction légère.
On connaît également le brevet US 5,807,477 qui divulgue un procédé de traitement d'une essence de craquage catalytique qui met en œuvre une première étape de thioéthérification dans laquelle les mercaptans sont mis à réagir avec les dioléfines de la charge en présence d'un catalyseur à base d'oxyde de métal du groupe VIII. L'essence ayant subi cette première étape est ensuite envoyée dans une colonne de distillation comprenant une section
catalytique d'hydrogénation contenant un autre catalyseur à base d'oxyde de métal du groupe VIII. La colonne catalytique est configurée de manière à fonctionner comme un dépentaniseur. Ainsi les composés ayant un nombre de carbones supérieur ou égal à 6 et incluant les thioéthers formés au cours de la première étape sont extraits en fond de la colonne tandis que les composés ayant un nombre de carbones inférieur ou égal à 5 sont distillés vers la tête de la colonne et mis en contact avec le catalyseur d'hydrogénation où se réalise une hydrogénation sélective des dioléfines n'ayant pas réagi au cours de la première étape.
Cependant le procédé décrit plus haut permet difficilement d'obtenir une fraction légère de l'essence qui réponde aux futures spécifications en soufre, c'est à dire dont la limite supérieure en soufre total dans l'essence est de 50 ppm poids, voire 30 ou 10 ppm poids dans certains pays.
Comme indiqué dans l'exemple du brevet US 5,807,477, la première étape du procédé ne convertit pas ou peu les mercaptans légers. En effet, l'élimination des mercaptans se fait par addition sur les dioléfines de la charge. Or il est précisé dans le brevet qu'un tel catalyseur à base d'oxyde de métal du groupe VIII catalyse aussi l'hydrogénation sélective des dioléfines. Les deux réactions sont donc concurrentes sur les dioléfines et il en résulte une conversion limitée en thioétherification. Une fois injectés dans la colonne (deuxième étape), les mercaptans légers, tout particulièrement ceux qui sont plus légers que le point de coupe de la colonne, vont se retrouver favorablement dans la phase vapeur dans la zone de rectification et seront alors difficilement convertis sur le lit catalytique. L'essence légère produite en tête de la colonne catalytique contient donc une fraction importante des mercaptans légers présents dans la charge initiale.
De même, on constate dans l'exemple mentionné dans le brevet que l'H2S n'est pas du tout converti dans cette première étape, ce qui signifie que si de l'H2S est présent dans la charge de départ, celui-ci va se retrouver inéluctablement dans la colonne catalytique située en aval. Or, il est connu de l'homme de l'art que les catalyseurs d'hydrogénation à base de métal du groupe VIII catalysent également les réactions d'addition de l'H2S sur les dioléfines et/ou sur les oléfines, ce qui peut induire la formation de mercaptans additionnels proches de la tête de la colonne, qui se retrouvent majoritairement dans la fraction légère de l'essence. L'H2S et les mercaptans sont de plus connus pour être des inhibiteurs de ce type de catalyseurs, notamment lorsque le métal du groupe VIII est le palladium.
L'invention telle que présentée dans le brevet US 5,807,477 permet donc difficilement d'appauvrir jusqu'à de très basses teneurs en soufre la fraction légère de l'essence, ce qui nécessite généralement de mettre en œuvre un post traitement de cette fraction afin de satisfaire aux spécifications.
Un but de l'invention est donc de proposer un procédé de production d'une essence légère à très basse teneur en soufre, c'est à dire ayant une teneur en soufre inférieure à 50 ppm poids et de préférence inférieure à 30 ppm ou 10 ppm poids, tout en limitant la perte d'indice d'octane, qui soit également relativement simple et qui nécessite un investissement le plus faible possible.
Résumé de l'invention
A cette fin, il est proposé un procédé de traitement d'une essence comprenant des dioléfines, des oléfines et des composés soufrés incluant des mercaptans, ledit procédé comprenant les étapes suivantes :
a) on effectue une étape de démercaptisation par addition d'au moins une partie des mercaptans sur les oléfines par mise en contact de l'essence avec au moins un premier catalyseur, à une température comprise entre 50 et 250 °C, à une pression comprise entre 0,4 et 5 MPa et une vitesse spatiale liquide (LHSV) entre 0,5 et 10 h-1 , le premier catalyseur étant sous forme sulfure et comprend un premier support, au moins un métal sélectionné dans le groupe VIII et au moins un métal sélectionné dans le groupe Vlb du tableau périodique des éléments, le % poids, exprimé en équivalent oxyde du métal sélectionné parmi le groupe VIII par rapport au poids total de catalyseur, est compris entre 1 et 30% et le % poids, exprimé en équivalent oxyde du métal sélectionné dans le groupe Vlb, est compris entre 1 et 30% par rapport au poids total de catalyseur ;
b) on effectue une étape de traitement de l'essence issue de l'étape a) avec de l'hydrogène dans une colonne de distillation comprenant au moins une zone réactionnelle comportant au moins un second catalyseur comprenant un second support et au moins un métal du groupe VIII, les conditions de l'étape b) étant choisies de sorte que dans ladite colonne de distillation on réalise simultanément les opérations suivantes:
I) une distillation de manière à séparer l'essence issue de l'étape a) en une fraction d'essence légère appauvrie en composés soufrés et en une fraction d'essence lourde ayant une température d'ébullition supérieure à celle de l'essence légère et comprenant la majorité des composés soufrés, la fraction d'essence légère étant évacuée en un point situé au dessus de la zone réactionnelle et la fraction d'essence lourde étant évacuée en un point en dessous de la zone réactionnelle;
II) la mise en contact d'une fraction de l'essence issue de l'étape a) avec le second catalyseur de manière à réaliser les réactions suivantes:
(i) une thioétherification par addition d'une partie des mercaptans avec une partie des dioléfines pour former des thioéthers,
(ii) une hydrogénation sélective d'une partie des dioléfines en oléfines, et éventuellement
(iii) une isomérisation des oléfines.
Le procédé selon l'invention met en œuvre une première étape a) dans laquelle les composés soufrés du type mercaptan (R-SH) sont transformés en composés soufrés plus lourds par réaction avec les oléfines présentes dans l'essence à traiter. Les réactions de démercaptisation selon l'invention se caractérisent par une réaction des mercaptans sur les oléfines:
- soit par addition directe sur la double liaison pour produire des sulfures au point d'ébullition plus élevé,
- soit par une voie hydrogénolysante: l'hydrogène présent dans le réacteur va produire de l'H2S par contact avec un mercaptan qui va s'additionner directement sur la double liaison d'une oléfine pour former un mercaptan plus lourd, c'est à dire au point d'ébullition plus élevé. Cette voie est toutefois minoritaire dans les conditions préférées de la réaction.
Cette première étape d'alourdissement des mercaptans atteint de très hautes conversions (>90% et très souvent >95%) car les réactions de démercaptisation s'effectuent sélectivement sur les oléfines qui sont généralement présentes à des teneurs très élevées. Les mercaptans les plus légers sont les plus réactifs dans cette première étape a).
De même, en cas de présence d'H2S dans la charge, celui-ci est converti en mercaptan (qui lui même pourra être converti) par addition sur les oléfines grâce au catalyseur aux
conditions sélectionnées. L'élimination de l'H2S dès cette première étape est avantageuse dans la mesure où elle permet de prévenir l'inhibition du catalyseur de la colonne catalytique de la deuxième étape (l'H2S étant inhibiteur du catalyseur utilisé) et d'éviter l'entraînement de l'H2S en tête avec la fraction légère. La conversion de l'H2S en amont de la colonne de distillation en mercaptans lourds ou en sulfures qui sortiront dans la fraction lourde de la colonne de distillation catalytique assure une très basse teneur en soufre sur la fraction légère. Ainsi l'H2S présent jusqu'à une teneur de l'ordre de 10 ppm poids dans la charge peut être converti à 100%.
Les réactions de démercaptisation et d'élimination de l'H2S s'effectuent préférentiellement sur un catalyseur comprenant au moins un métal du groupe VIII (groupes 8, 9 et 10 de la nouvelle classification périodique Handbook of Chemistry and Physics, 76ième édition, 1995-1996), au moins un métal du groupe Vlb (groupe 6 de la nouvelle classification périodique Handbook of Chemistry and Physics, 76ième édition, 1995-1996) et un support. Le métal du groupe VIII est choisi de préférence parmi le nickel et le cobalt et en particulier le nickel. Le métal du groupe Vlb est de préférence choisi parmi le molybdène et le tungstène et de manière très préférée le molybdène.
Avant mise en contact avec la charge à traiter, le catalyseur subit une étape de sulfuration. Le catalyseur réalise les réactions de démercaptisation souhaitées uniquement sous sa forme sulfure. La sulfuration est de préférence réalisée en milieu sulforéducteur, c'est-à-dire en présence d'H2S et d'hydrogène, afin de transformer les oxydes métalliques en sulfures tels que par exemple, le MoS2 et le Ni3S2.
Le procédé selon l'invention comprend une seconde étape b) de traitement de l'essence produite à l'étape a) dans une colonne distillation munie d'une section réactionnelle.
La colonne de distillation est configurée pour travailler dans des conditions opératoires qui permettent simultanément :
• de transformer les mercaptans légers qui n'auraient pas réagi lors de l'étape a) par thioéthérification avec les dioléfines de manière à ce que les thioéthers formés au cours de la seconde étape soient également entraînés dans la fraction d'essence lourde. Le catalyseur mis en œuvre dans la colonne de distillation réalise également une hydrogénation sélective des dioléfines et permet éventuellement d'isomériser les oléfines dont la double liaison est en position externe en position interne.
• de séparer l'essence prétraitée à l'étape a) en au moins deux fractions, à savoir une fraction d'essence dite "légère" appauvrie en composés soufrés et qui contient la majeure partie des oléfines et une fraction d'essence dite "lourde" qui comprend la majorité des composés soufrés, en particulier les thioéthers formés lors de l'étape a) et b).
La réaction d'hydrogénation sélective des dioléfines en oléfines est toute spécialement importante lorsque la coupe légère de l'essence est utilisée comme charge d'une unité d'éthérification (type TAME par exemple) car ces composés hautement insaturés forment facilement des gommes dans ce type de procédés. Lorsque cette coupe légère est envoyée directement au pool essence, il est également avantageux d'hydrogéner les dioléfines car ces dernières ont tendande à produire des gommes lorsque de l'oxygène rentre dans les bacs de stockage. De plus, cette seconde étape permet aussi d'alourdir les mercaptans résiduels qui n'auraient pas été transformés au cours de l'étape a), par réaction des mercaptans résiduels avec les dioléfines. Enfin, suivant le métal du groupe VIII sélectionné pour un des catalyseurs supportés de la colonne, de manière préférée le palladium, l'invention peut proposer une isomérisation des oléfines de la position externe vers la position interne. Cette isomérisation est avantageuse car elle permet de maintenir l'indice d'octane de la coupe voire de l'améliorer malgré l'hydrogénation des oléfines qui peut avoir lieu dans chacune des étapes.
Un avantage du procédé selon l'invention tient au fait que l'étape a) ne génère pas de sulfure d'hydrogène (H2S) mais permet au contraire de convertir l'H2S éventuellement présent dans la charge à traiter. En effet, la présence d'H2S en entrée de la colonne catalytique pourrait, comme indiqué précédemment, induire la formation de mercaptans additionnel sur la zone catalytique de la colonne qui pourraient alors sortir dans la fraction légère. L'absence d'H2S qui est un inhibiteur des catalyseurs mis en œuvre dans la présente invention permet aussi d'améliorer l'efficacité du catalyseur de la colonne catalytique.
Un autre avantage du procédé est que la conversion importante des mercaptans lors de l'étape a) induit une augmentation importante du rapport molaire entre mercaptans et dioléfines en entrée de colonne. L'efficacité de la thioétherification des mercaptans résiduels dans l'étape b) est alors améliorée car le ratio mercaptans/dioléfines est favorable.
Un autre avantage de l'enchaînement des étapes a) et b) est lié à la présence d'une synergie de ces deux étapes pour la conversion des mercaptans en raison d'une réactivité différentiée des mercaptans en fonction de leur longueur de chaîne dans les deux étapes. En effet, les mercaptans les plus légers (méthanethiol, éthanethiol notamment) sont les plus réactifs dans l'étape a). A l'inverse, les mercaptans les plus lourds qui sont susceptibles d'être entraînés dans la coupe légère (e.g. 1 - et 2-propanethiol), c'est à dire ceux dont le point d'ébullition est proche du point de coupe de la colonne, sont les moins réactifs dans l'étape a) alors qu'ils sont plus facilement convertis dans la colonne catalytique puisque favorablement présents dans la phase liquide au niveau de la zone catalytique. La synergie des deux réactions permet donc l'obtention d'une coupe légère de l'essence à une très basse teneur en soufre quelque soit la nature des mercaptans présents initialement dans la charge.
Un autre avantage du procédé selon l'invention réside dans le fait qu'il n'est pas nécessaire de désulfurer la fraction légère de l'essence issue de la colonne de distillation car la majeure partie des composés soufrés ont été transformés en composés de poids moléculaire plus élevée lors des étapes a) et b) de sorte qu'ils sont entraînés dans la fraction d'essence lourde.
Les réactions d'hydrogénation catalytique ne sont pas requises dans l'étape a), l'hydrogène s'il est ajouté sert essentiellement à maintenir un état de surface hydrogénant du catalyseur afin d'assurer un haut rendement sur les réactions de démercaptisation. Le procédé selon l'invention n'est donc pas pénalisé par les basses pressions. Un autre avantage du procédé est donc que les deux étapes peuvent être réalisées à la même pression (à la perte de charge près) car l'étape a) ne requière que peu d'hydrogène dissous, voire pas du tout et l'étape b) est généralement réalisée à des pressions relativement faibles (moins de 1 ,5 MPa) afin de minimiser la consommation des utilités tout en assurant une température nécessaire à la réaction de thioéthérification. Cette étape b) nécessite également une relativement faible quantité d'hydrogène d'appoint afin de n'hydrogéner sélectivement que les dioléfines.
Description détaillée de l'invention
La présente invention a pour objet un procédé de production d'une fraction légère d'une essence présentant une faible teneur en soufre à partir d'une essence, préférentiellement issue d'une unité de craquage catalytique, de cokage ou de viscoréduction.
Selon l'invention l'essence subit d'abord une étape a) de transformation des composés soufrés, essentiellement des mercaptans les plus légers de l'essence, sur les oléfines afin d'augmenter leur poids moléculaire. Le procédé comprend en outre une seconde étape b) qui consiste à faire passer toute ou partie de l'essence issue de l'étape a) dans une colonne de distillation comprenant une zone réactionnelle catalytique. A l'étape b) où s'effectue un fractionnement de l'essence en au moins deux fractions (une fraction légère et une fraction lourde), on traite la fraction légère dans des conditions et sur un catalyseur qui permettent (i) de former des thioéthers par addition d'une partie des mercaptans qui n'ont pas réagi à l'étape a) avec une partie des dioléfines pour former des composés soufrés de point d'ébullition plus élevé qui se trouvent par la suite dans l'essence lourde, (ii) d'hydrogéner sélectivement au moins une partie des dioléfines en oléfines et éventuellement (iii) d'isomériser les oléfines à double liaison externe en double interne.
Cet enchaînement permet d'obtenir in fine une fraction légère dont la teneur en soufre a été abaissée sans diminution importante de la teneur en oléfines et ce même pour des taux de conversion élevés, et ceci sans qu'il ne soit nécessaire de traiter cette essence légère au moyen d'une section d'hydrodésulfuration ou d'avoir recours à des procédés permettant de restaurer l'indice d'octane de l'essence.
Le procédé selon l'invention permet ainsi de fournir une fraction d'essence légère dont la teneur totale en soufre est inférieure à 50 ppm poids, de préférence inférieure à 30 ppm, voire inférieure à 10 ppm poids.
Dans le cadre de la présente demande, l'expression "colonne catalytique" désigne un appareillage dans lequel la réaction catalytique et la séparation des produits a lieu au moins simultanément. L'appareillage employé peut comprendre une colonne de distillation équipée d'une section catalytique, dans laquelle la réaction catalytique et la distillation ont lieu simultanément au point de coupe spécifiquement choisi. Il peut également s'agir d'une colonne de distillation en association avec au moins un réacteur disposé à l'intérieur de
ladite colonne et sur une paroi de celle-ci. Le réacteur interne peut être opéré comme un réacteur en phase vapeur ou comme un réacteur en phase liquide avec une circulation liquide/vapeur à co-courant ou contre courant.
La mise en œuvre d'une colonne de distillation catalytique a comme avantages, par rapport à l'implémentation d'un système comprenant un réacteur et une colonne de distillation, la diminution du nombre d'éléments unitaires d'où un coût en investissement plus réduit. L'utilisation d'une colonne catalytique permet un contrôle de la réaction tout en favorisant un échange de la chaleur dégagée; la chaleur de réaction peut être absorbée par la chaleur de vaporisation du mélange.
L'essence à traiter
Le procédé selon l'invention permet de traiter tout type de coupe essence contenant du soufre, de préférence une coupe essence issue d'une unité de craquage catalytique, dont la gamme de points d'ébullition s'étend typiquement depuis environ les points d'ébullitions des hydrocarbures à 2 ou 3 atomes de carbone (C2 ou C3) jusqu'à environ 250 °C, de préférence depuis environ les points d'ébullitions des hydrocarbures à 2 ou 3 atomes de carbone (C2 ou C3) jusqu'à environ 220 °C, de maniée plus préférée depuis environ les points d'ébullitions des hydrocarbures à 5 atomes de carbone jusqu'à environ 220 °C. Le procédé selon l'invention peut aussi traiter des charges ayant des points finaux inférieurs à ceux mentionnés précédemment, tel que par exemple une coupe C5-180°C.
La teneur en soufre des coupes essences produites par craquage catalytique (FCC) dépend de la teneur en soufre de la charge traitée par le FCC, de la présence ou non d'un prétraitement de la charge du FCC, ainsi que du point final de la coupe. Généralement, les teneurs en soufre de l'intégralité d'une coupe essence, notamment celles provenant du FCC, sont supérieures à 100 ppm en poids et la plupart du temps supérieures à 500 ppm en poids. Pour des essences ayant des points finaux supérieurs à 200 °C, les teneurs en soufre sont souvent supérieures à 1000 ppm en poids, elles peuvent même dans certains cas atteindre des valeurs de l'ordre de 4000 à 5000 ppm en poids.
Par ailleurs les essences issues d'unités de craquage catalytique (FCC) contiennent, en moyenne, entre 0,5% et 5% poids de dioléfines, entre 20% et 50% poids d'oléfines, entre 10 ppm et 0,5% poids de soufre dont généralement moins de 300 ppm de mercaptans. Les mercaptans se concentrent généralement dans les fractions légères de l'essence et plus précisément dans la fraction dont la température d'ébullition est inférieure à 120°C.
Il est à noter que les composés soufrés présents dans l'essence peuvent également comprendre des composés soufrés hétérocycliques, tels que par exemple les thiophènes, les alkylthiophènes ou des benzothiophènes.
L'étape a) d'alourdissement des mercaptans avec les oléfines
Cette étape consiste à transformer les composés soufrés légers de la famille des mercaptans, c'est-à-dire les composés qui à l'issue de l'étape b) de distillation se trouveraient dans l'essence légère, en composés soufrés plus lourds qui seront entraînés dans l'essence lourde lors de l'étape b) de distillation.
Au cours de cette étape a) il se déroule une réaction de démercaptisation qui voit l'addition des mercaptans sur les oléfines de la charge en présence d'un catalyseur.
Typiquement les mercaptans qui peuvent réagir au cours de l'étape a) sont les suivants (liste non exhaustive): méthyl mercaptan, le mercaptan éthylique, n-propyl mercaptan, l'iso-propyl mercaptan, l'iso-butylmercaptan, le tert-butyl mercaptan, le n-butylmercaptan, le sec-butyl mercaptan, l'iso-amyle mercaptan, le n-amyle mercaptan, Γα-methylbutyl mercaptan, l'oc- éthylpropyle mercaptan, le n-hexyle mercaptan, le 2-mercapto-hexane .
La réaction de démercaptisation s'effectue préférentiellement sur un catalyseur comprenant au moins un métal du groupe VI I I (groupes 8, 9 et 10 de la nouvelle classification périodique Handbook of Chemistry and Physics, 76ième édition, 1995-1996), au moins un métal du groupe Vlb (groupe 6 de la nouvelle classification périodique Handbook of Chemistry and Physics, 76ième édition, 1995-1 996) et un support. Le métal du groupe VI I I est choisi de préférence parmi le nickel et le cobalt et en particulier le nickel. Le métal du groupe Vlb est de préférence choisi parmi le molybdène et le tungstène et de manière très préférée le molybdène.
Le support du catalyseur est de préférence choisi parmi l'alumine, l'aluminate de nickel, la silice, le carbure de silicium, ou un mélange de ces oxydes. On utilise, de manière préférée, de l'alumine et de manière encore plus préférée, de l'alumine pure. De manière préférée, on utilise un support présentant un volume poreux total mesuré par porosimétrie au mercure compris entre 0,4 et 1 ,4 cm3/g et préférentiellement compris entre 0,5 et 1 ,3 cm3/g. La
surface spécifique du support est de préférence comprise entre 70 m2/g et 350 m2/g. Selon une variante préférée, le support est une alumine gamma cubique ou de l'alumine delta.
Le catalyseur mis en œuvre à l'étape a) comprend généralement:
• une teneur en poids d'oxyde du métal du groupe Vlb comprise entre 1 et 30 % poids par rapport au poids total du catalyseur,
• une teneur en poids d'oxyde du métal du groupe VIII comprise entre 1 et 30 % poids par rapport au poids total du catalyseur,
• un taux de sulfuration des métaux constituants ledit catalyseur au moins égal à 60%,
• un rapport molaire entre le métal du groupe VIII et le métal du groupe Vlb compris entre 0,6 et 3 mol/mol,
• un support constitué d'alumine gamma ou delta de surface comprise entre 70 m2/g et 350 m2/g
En particulier, il a été trouvé que les performances sont améliorées lorsque le catalyseur présente les caractéristiques suivantes :
• la teneur en poids d'oxyde du métal du groupe Vlb est comprise entre 4 et 20% poids par rapport au poids total de catalyseur, de préférence entre 6 et 18% poids;
• la teneur en poids d'oxyde du métal du groupe VIII est comprise entre 3 et 15% poids et de préférence comprise entre 4% poids et 12% poids par rapport au poids total de catalyseur;
• le rapport molaire entre le métal du groupe VIII et le métal du groupe Vlb est compris entre 0,6 et 3 mol/mol et de manière préférée, entre 1 et 2,5 mol/mol,
• un support constitué d'alumine gamma de surface spécifique comprise entre 180 m2/g et 270 m2/g
Un mode de réalisation préféré de l'invention correspond à la mise en œuvre d'un catalyseur contenant une teneur en poids d'oxyde de nickel (sous forme NiO) comprise entre 4 et 12%, une teneur en poids d'oxyde de molybdène (sous forme Mo03) comprise entre 6% et 18% et un rapport molaire nickel/molybdène compris entre 1 et 2,5, les métaux étant déposés sur un support constitué uniquement d'alumine et le taux de sulfuration des métaux constituant le catalyseur étant supérieur à 80%.
Le catalyseur selon l'invention peut être préparé au moyen de toute technique connue de l'homme du métier, et notamment par imprégnation des métaux des groupes VIII et VIb sur le support sélectionné.
Après introduction des métaux des groupes VIII et VIb, et éventuellement une mise en forme du catalyseur, celui-ci subi un traitement d'activation. Ce traitement a généralement pour but de transformer les précurseurs moléculaires des métaux en phase oxyde. Il s'agit dans ce cas d'un traitement oxydant mais un simple séchage du catalyseur peut également être effectué. Dans le cas d'un traitement oxydant, également appelé calcination, celui-ci est généralement mis en œuvre sous air ou sous oxygène dilué, et la température de traitement est généralement comprise entre 200 °C et 550 °C, depréférence entre 300 °C et 500 °C. Après calcination, les métaux déposés sur le support se trouvent sous forme d'oxyde. Dans le cas du nickel et du molybdène, les métaux se trouvent principalement sous forme de Mo03 et de NiO. Avant mise en contact avec la charge à traiter, les catalyseurs subissent une étape de sulfuration. La sulfuration est de préférence réalisée en milieu sulforéducteur, c'est-à-dire en présence d'H2S et d'hydrogène, afin de transformer les oxydes métalliques en sulfures tels que par exemple, le MoS2 et le Ni3S2. La sulfuration est réalisée en injectant sur le catalyseur un flux contenant de l'H2S et de l'hydrogène, ou bien un composé soufré susceptible de se décomposer en H2S en présence du catalyseur et de l'hydrogène. Les polysulfures tel que le diméthyldisulfure (DMDS) sont des précurseurs d'H2S couramment utilisés pour sulfurer les catalyseurs. La température est ajustée afin que l'H2S réagisse avec les oxydes métalliques pour former des sulfures métalliques. Cette sulfuration peut être réalisée in situ ou ex situ (en dedans ou dehors du réacteur) du réacteur de démercaptisation à des températures comprises entre 200 et 600 °C et plus préférentiellement entre 300 et 500 °C.
Dans l'étape a) d'addition des mercaptans sur les oléfines, la charge à traiter est mise en contact avec le catalyseur sous forme sulfure. Les réactions de démercaptisation selon l'invention se caractérisent par une élimination des mercaptans sur les oléfines:
- soit par addition directe sur la double liaison pour produire des sulfures au point d'ébullition plus élevé
- soit par une voie hydrogénolysante: l'hydrogène (s'il est présent) dans le réacteur va produire de l'H2S par contact avec un mercaptan qui va s'additionner directement sur la double liaison d'une oléfine pour former un
mercaptan plus lourd, c'est à dire au point d'ébullition plus élevé. Cette voie est toutefois minoritaire dans les conditions préférées de la réaction.
De même, en cas de présence d'H2S dans la charge, celui-ci est converti en mercaptan (qui lui même pourra être converti) par addition sur les oléfines grâce au catalyseur aux conditions sélectionnées. Cet H2S peut provenir du gaz de recycle ou de l'hydrogène d'appoint qui contiendrait quelques impuretés. Cet H2S peut aussi parfois se trouver solubilisé dans la charge liquide.
Cette étape peut être réalisée sans ajout d'hydrogène dans le réacteur, mais de manière préférée celui-ci est injecté avec la charge de manière à maintenir un état de surface hydrogénant du catalyseur propre aux hautes conversions en démercaptisation. Typiquement, l'étape a) fonctionne avec un rapport H2/HC compris entre 0 et 25 Nm3 d'hydrogène par m3 de charge, de manière préférée entre 0 et 10 Nm3 d'hydrogène par m3 de charge, de manière très préférée entre 0 et 5 Nm3 d'hydrogène par m3 de charge, et de manière encore plus préférée entre 0,5 et 2 Nm3 d'hydrogène par m3 de charge.
La totalité de la charge est généralement injectée à l'entrée du réacteur. Toutefois, il peut être avantageux, dans certains cas d'injecter une fraction ou la totalité de la charge entre deux lits catalytiques consécutifs placés dans le réacteur. Ce mode de réalisation permet notamment de continuer à opérer le réacteur si l'entrée du réacteur se trouve bouchée par dépôts de polymères, de particules, ou de gommes présentes dans la charge.
L'essence à traiter est mise en contact avec le catalyseur à une température comprise entre 50 °C et 250 °C, et de préférence entre 80 °C et 220°Cet de manière encore plus préférée entre 90 °C et 200 °C, avec une vitesse spatiale liqiide (LHSV) comprise entre 0,5 h"1 et 10 h" , l'unité de la vitesse spatiale liquide étant le litre de charge par litre de catalyseur et par heure (l/l.h). La pression est comprise entre 0,4 MPa et 5 MPa et de préférence entre 0,6 et 2 MPa et de manière encore plus préférée entre 0,6 et 1 MPa.
A l'issue de l'étape a) l'essence traitée dans les conditions énoncées ci-dessus, présente une teneur en mercaptans réduite. Généralement, l'essence produite contient moins de 50 ppm poids de mercaptans, et de préférence moins de 10 ppm poids. Les composés soufrés légers dont la température d'ébullition est inférieure à celle du thiophène (84 °C) sont
généralement convertis à plus de 80%, voire même à plus de 90%. Les oléfines ne sont pas ou alors très peu hydrogénée, ce qui permet de maintenir un bon indice d'octane en sortie de l'étape a). Le taux d'hydrogénation des oléfines est en règle générale inférieur à 2%.
L'étape b) de traitement de l'essence issue de l'étape a)
La seconde étape du procédé selon l'invention fait intervenir une colonne de distillation incorporant une section réactionnelle catalytique. Dans ladite colonne on réalise une distillation de l'essence issue de l'étape a) en au moins deux coupes, à savoir :
• une coupe dite "légère" qui contient une essence adoucie en soufre, dont la gamme des points d'ébullition s'étend typiquement depuis environ le point initial de la charge en entrée de la colonne catalytique jusqu'à un point final généralement compris entre 60°C et 100°C et
• une coupe dite "lourde" dont la gamme des points d'ébullition s'étend typiquement depuis environ le point final de la coupe essence légère jusqu'à environ le point final de la charge de la colonne catalytique et qui renferme la majorité des composés soufrés lourds, c'est-à-dire des composés soufrés dont la température d'ébullition est supérieure au point de coupe choisi pour le fonctionnement de la colonne.
La colonne de distillation catalytique comprend une section réactionnelle comportant un lit catalytique destinée à réaliser au moins une réaction de thioéthérification des mercaptans qui n'auraient pas réagi avec les oléfines au cours de l'étape a), une hydrogénation sélective des dioléfines de l'essence, et éventuellement une isomérisation des oléfines. A cet effet, la section réactionnelle est agencée dans la colonne de distillation de telle manière que l'essence "légère" qui distille vers le haut de la colonne est mise en contact avec le lit catalytique.
La réaction de thioéthérification de l'étape b) consiste à faire réagir les mercaptans résiduels avec les dioléfines contenus dans l'essence issue de l'étape a) pour former des thioéthers dont le point d'ébullition est supérieur à celui des mercaptans résiduels de sorte qu'ils sont entraînés dans la coupe "lourde" en fond de la colonne catalytique.
Le fonctionnement de la colonne catalytique implique la présence simultanée de deux phases dans la zone réactionnelle, à savoir une phase liquide et une phase vapeur qui comprend la majeure partie de l'hydrogène et des hydrocarbures légers.
Comme dans toute distillation, il existe un gradient de température dans le système de sorte que l'extrémité inférieure de la colonne comprend les composés dont le point d'ébullition est plus élevé que celui de l'extrémité supérieure de la colonne. La distillation permet de séparer les composés présents dans la charge par différence de température d'ébullition.
La chaleur de réaction éventuellement générée dans la colonne catalytique est évacuée par vaporisation du mélange sur le plateau de distillation concerné. Par conséquent, le profil thermique de la colonne est très stable et les réactions catalytiques qui se font sur le lit présent en tête de colonne ne perturbent pas son opération. De même, cette stabilité du profil thermique permet d'avoir des cinétiques réactionnelles stables puisqu'elles sont isothermes sur chaque étage de séparation.
De manière préférée, le catalyseur utilisé dans la section réactionnelle est en outre capable d'hydrogéner sélectivement, grâce à un apport d'hydrogène, les dioléfines de la coupe "légère" en oléfines correspondants. Eventuellement, le catalyseur de la section réactionnelle permet en outre d'isomériser les oléfines dont la double liaison est en position externe en un isomère dont la double liaison est en position interne.
Selon l'invention, le catalyseur mis en œuvre dans la section réactionnelle comprend au moins un métal du groupe VIII déposé sur un support poreux et peut se trouver à l'origine sous forme d'extrudés de petit diamètre ou de sphères. Le catalyseur présente une forme de structure adaptée pour la distillation catalytique afin d'agir à la fois comme un agent catalytique pour réaliser les réactions mais aussi comme un agent de transfert de matière afin d'avoir des étages de séparation disponibles le long du lit.
Selon un mode de réalisation préféré, le métal peut être choisi parmi le nickel et le palladium. Si le métal est du palladium il est de préférence l'unique métal actif dans le catalyseur. .Lorsque le métal est le nickel, la teneur en poids du métal du groupe VIII par rapport au poids total de catalyseur, exprimé en oxyde, est généralement comprise entre 10 et 60%.
Lorsque le métal est le palladium, la teneur en poids du métal du groupe VIII par rapport au poids total de catalyseur (% Pd métal), est généralement comprise entre 0,1 et 2%.
Le support poreux du catalyseur de l'étape b) peut être sélectionné parmi l'alumine, l'aluminate de nickel, la silice, le carbure de silicium, ou un mélange de ces oxydes. On utilise, de manière préférée, de l'alumine et de manière encore plus préférée, de l'alumine pure.
Un catalyseur qui convient particulièrement bien pour réaliser l'addition des mercaptans résiduels sur les dioléfines et une hydrogénation sélective des dioléfines comprend 40 à 60% poids de nickel, déposé sur un support alumine.
La réaction catalytique fait intervenir de l'hydrogène qui est mélangé avec l'essence légère qui distille vers la tête de la colonne et le mélange est mis en contact du catalyseur tel que défini. Dans la section réactionnelle, le rapport molaire hydrogène/dioléfines est généralement compris entre 1 et 10 mol/mol. Il est cependant préférable d'opérer en présence d'un faible excès d'hydrogène par rapport aux dioléfines afin d'éviter une hydrogénation trop importantes des oléfines et assurer un bon indice d'octane.
La pression opératoire de la colonne de distillation catalytique est généralement comprise entre 0,4 et 5 MPa, de préférence entre 0,6 et 2 MPa et de manière préférée entre 0,6 et 1 MPa. La température régnant dans la zone réactionnelle est généralement comprise entre 50 et 150°C, de préférence entre 80 et 130 °C.
Il est à noter que cette pression peut être sensiblement la même (à la perte de charge près) que celle régnant dans le réacteur de l'étape a). L'hydrogène nécessaire dans l'étape b) est relativement faible car il sert essentiellement à maintenir le catalyseur dans un état hydrogénant et à hydrogéner uniquement les dioléfines en oléfines. Le contrôle de pression de la colonne peut imposer celle-ci à l'ensemble des deux étapes. Ainsi, un recyclage de l'hydrogène récupéré dans le ballon de tête de la colonne peut éventuellement être mis en œuvre. L'hydrogène de recyclage peut être injecté par exemple directement dans la colonne de distillation catalytique 5 de l'étape b) ou peut être injecté avec l'hydrogène d'appoint de la colonne de distillation ou du réacteur 2 et également peut être injecté directement dans le réacteur de l'étape a).
Selon un mode de réalisation particulier, la colonne de distillation est configurée pour fonctionner comme un dépentaniseur.
Selon un autre mode de réalisation particulier, la colonne de distillation est configurée pour fonctionner comme un déhexaniseur.
Dans le cadre de l'invention, il est également possible de mettre en œuvre plus d'un lit catalytique dans la zone réactionnelle, par exemple deux lits catalytiques distincts, séparés l'un de l'autre par un espace.
Brève description des figures
Ces aspects ainsi que d'autres aspects de l'invention seront clarifiés dans la description détaillée de modes de réalisation particuliers de l'invention, référence étant faite aux dessins des figures, dans lesquelles :
• la figure 1 montre un premier schéma du procédé selon l'invention;
• la figure 2 montre un second schéma du procédé selon l'invention.
Les figures ne sont pas dessinées à l'échelle. Généralement, les éléments semblables sont dénotés par des références identiques dans les figures.
La figure 1 montre un premier schéma du procédé selon l'invention pour le traitement d'une charge essence comprenant notamment des oléfines, des dioléfines et des composés soufrés du type mercaptans et de la famille des thiophéniques en vue de fournir une fraction légère de l'essence ayant une teneur en soufre total inférieure à 30 ppm (poids), de préférence inférieur à 20 ppm (poids), voire inférieure à 10 ppm (poids).
Selon le procédé, la charge essence à traiter est envoyée éventuellement avec un appoint d'hydrogène dans un réacteur de démercaptisation 2 grâce à une ligne d'alimentation 1 . Le réacteur 2 comprend une section catalytique pourvue d'un lit catalytique spécifiquement choisi afin de réaliser l'addition sélective des mercaptans sur les oléfines en vue d'augmenter leur poids moléculaire. .
Le réacteur est de préférence un réacteur à lit catalytique fixe qui opère dans un système triphasique ou diphasique et dont une des phases (le catalyseur) est solide.
Le catalyseur de démercaptisation selon l'invention comprend un support, au moins un métal sélectionné dans le groupe VIII et au moins un métal sélectionné dans le groupe Vlb du tableau périodique des éléments. Le % poids, exprimé en équivalent oxyde du métal sélectionné parmi le groupe VIII par rapport au poids total de catalyseur, est généralement compris entre 1 et 30%. Le % poids, exprimé en équivalent oxyde du métal sélectionné dans le groupe Vlb, est compris entre 1 et 30 % par rapport au poids total de catalyseur.
De préférence le métal du groupe VIII est sélectionné parmi le nickel et le cobalt et le métal du groupe Vlb est sélectionné parmi le molybdène et le tungstène.
Les réactions de démercaptisation sont généralement conduites à une température comprise entre 50 et 250 °C, à une pression comprise entre 0,4 et 5 MPa et une VVH comprise entre 0,5 h"1 et 10 h"1.
Toute ou une partie de la charge traitée dans le réacteur 2 d'alourdissement des mercaptans est ensuite envoyée via la conduite 3 dans une colonne de distillation 4 comprenant une zone réactionnelle 5 équipée d'un lit catalytique, l'ensemble étant également désigné par le terme "colonne catalytique". Bien que la figure 1 montre une zone réactionnelle 5 ayant un seul lit catalytique, il est tout à fait possible de mettre en œuvre plus d'un lit catalytique, les lits étant disposés successivement dans la colonne.
La colonne catalytique 4 est configurée et opérée de manière à fractionner la charge d'essence traitée dans le réacteur 2 en deux coupes (ou fractions), à savoir une coupe lourde et une coupe légère. Par ailleurs le lit catalytique est disposé dans la partie supérieure de ladite colonne de manière à ce que la coupe légère rencontre le lit catalytique lors du fractionnement. Dans le cadre de l'invention, on utilise la partie supérieure de la colonne qui inclut la zone réactionnelle 5 pour réaliser non seulement une réaction d'alourdissement des mercaptans légers qui n'ont pas réagi dans le réacteur 2, mais aussi une hydrogénation sélective des dioléfines présentes dans la coupe légère voire même une isomérisation des oléfines. A cette fin, la coupe légère est mise en contact en présence d'hydrogène avec au moins un catalyseur de la zone réactionnelle 5 qui comprend un support et au moins un métal du groupe VIII du tableau périodique des éléments.
Comme montré sur la figure 1 , l'hydrogène est directement envoyé dans la colonne catalytique 5 via une conduite 6 dont le point d'injection est située en amont de la zone réactionnelle. Il est à noter cependant que l'hydrogène peut être mélangé directement à
l'effluent en sortie du réacteur 2 au niveau de la conduite 3, avant que l'effluent ne soit transféré dans la colonne catalytique, comme signalé en pointillé sur la figure 1 .
En référence à la figure 1 , la coupe légère contenant une essence adoucie en soufre, l'hydrogène n'ayant pas réagi et éventuellement un peu d'hydrogène sulfuré est soutirée par la conduite 8. La coupe est ensuite partiellement condensée afin de séparer les composés non condensables par passage à travers un échangeur de chaleur 9 avant d'être envoyée dans un séparateur 1 1 . Ce dernier permet de récupérer, via la ligne 14, une fraction gazeuse contenant essentiellement de l'hydrogène et une essence traitée dont une partie est envoyée grâce à la ligne 13 vers le pool essence et l'autre partie est recyclée par la conduite 12 dans la colonne catalytique 4 pour assurer un reflux dans celle-ci. L'hydrogène récupéré dans les gaz de tête peut être recyclé à l'aide d'un compresseur. Ce recycle peut être envoyé vers l'hydrogène d'appoint de la colonne ou l'hydrogène d'appoint du réacteur. De façon préférée, la coupe légère est soutirée quelques plateaux en dessous de la tête de la colonne de distillation catalytique 5.
La figure 2 illustre un second mode de réalisation qui diffère de celui représenté à la figure 1 par la présence supplémentaire d'un soutirage latéral intermédiaire 15 qui permet par exemple de récupérer spécifiquement une coupe essence contenant une bonne partie des composés thiophéniques qui pourra servir de charge dans une unité de traitement secondaire de type hydrodésulfuration. Ce soutirage peut s'effectuer en dessous de la zone catalytique comme le montre le figure 2 ou bien en un point intermédiaire au milieu du lit catalytique.
Il est également souligné que la coupe lourde qui est soutirée en fond de la colonne catalytique par la ligne 7 peut être traitée dans une unité d'hydrodésulfuration en vue de transformer les composés soufrés en H2S et ensuite combinée à l'essence légère extraite en tête de la colonne catalytique.
Exemple
Dans un réacteur lit fixe à écoulement descendant sont chargées 50 ce d'un catalyseur NiMo 8/8 sur support aluminate de nickel sous forme de sphères de 2-4 mm. Celui-ci est sulfuré dans un premier temps par injection pendant 4h à VVH = 2h~1 , à 350 °C et 2,5 MPa d'une
charge d'heptane contenant 4% de DMDS sous un débit d'hydrogène à 500 NL/L. A ces conditions, le DMDS se décompose en H2S et permet la sulfuration du catalyseur.
La charge utilisée pour l'essai est une essence de FCC dont le point d'ébullition initial PI =
2°C et le point final d'ébullition PF = 208°C.
Les conditions opératoires sont les suivantes:
- P = 1 ,0 MPa
- T = 100°C
- VVH= 3h"1
- H2/HC = 2 NUL
Une analyse par spéciation des composés soufrés nous donne:
La répartition des mercaptans par nombre de carbone est la suivante:
On constate que l'on atteint dans ces conditions une conversion de 96,7% sur les mercaptans allant du C1 au C3. Ces mercaptans sont les composés soufrés les plus susceptibles de se retrouver dans la fraction légère de l'essence après distillation, ce qui conduirait à plus de 25 ppm de mercaptans dans la fraction légère
L'analyse par chromatographie de la charge et de l'effluent donne les résultats suivants pour les familles d'hydrocarbures:
On constate que les oléfines n'ont quasiment pas été hydrogénées entre l'entrée et la sortie du réacteur 2. L'indice d'octane n'a donc pas été dégradé.
De plus, la méthode chromatographique utilisée permet d'identifier les dioléfines en C5, qui sortent parmi la famille des oléfines, et qui nous donnent une idée de l'hydrogénation de ces composés hautement insaturés les plus susceptibles de se trouver dans la coupe de tête. Ces dioléfines sont: l'isoprène, le 1 ,3-cispentadiène et le 1 ,3-transpentadiène. Leur conversion est de 17% dans le réacteur.
On envoie ensuite l'effluent du réacteur dans une colonne catalytique de 5 cm de diamètre et 12 m de hauteur. Cette colonne est chargée à la partie supérieure avec 3 m d'un catalyseur qui contient 0,3% poids de Pd sur support à base d'alumine.
Les conditions opératoires sont les suivants :
- Pression de tête : 0,9 MPa
- Température moyenne du lit catalytique: 130 °C
- Rendement produit de tête : 25% poids
- Débit H2/ débit charge : 2 N litres/litres
Les résultats suivants sont obtenus dans la fraction légère récupérée en partie haute de la colonne catalytique :
- Teneur en RSH total : 1 ppm poids
- Teneur en S total : 8 ppm poids
- Teneur en dioléfines : 100 ppm poids
Cette 2eme étape permet de finaliser la conversion des mercaptans par addition sur les dioléfines et permet de récupérer moins de 10 ppm poids de soufre dans la fraction légère récupérée en soutirage latéral au dessus de la zone catalytique.