Procédé de déshydratation de la tourbe. L'exploitation de la tourbe constitue une industrie éminemment saisonnière dont la durée moyenne sous notre climat peut varier de 100 à 120 jours par an, suivant les ré gions.
La température, l'humidité de l'air, la vitesse du vent, la durée des heures de jour et des heures de soleil, la pluie, le gel in fluent sur la rapidité de séchage des bri quettes de tourbe et sur leur cohésion.
Il y a lieu en effet de tenir compte que la teneur en eau de la tourbe fraîchement extraite est en moyenne de 90 % de son poids, ce qui a pour résultat de nécessiter une longue période de séchage.
Dans notre pays, on compte de 30 à 40 jours pour amener une réduction de la teneur en eau de la tourbe de 90 à<B>30%</B> par épan dage à l'air libre et dans les meilleures con ditions. Il s'ensuit que l'industrie tourbière qui devrait permettre, avec ses 6000 hectares exploitables, de suppléer dans une large mesure à la pénurie de charbon minéral, ne peut offrir qu'un maigre apport à la solution de ce problème national.
Cette difficulté de séchage à l'air a con duit à la recherche de procédés en vue d'éli miner la plus grande partie de l'eau de la tourbe, soit par un traitement électrique, soit par addition de diverses substances (chaux, carbonate de soude, poussière de tourbe, de coke, etc.), soit par l'action de la vapeur sous pression, etc.
Mais, quoique apparemment facile, le pro blème à résoudre est beaucoup plus com plexe.
Pour expulser son eau, réduire son vo lume et faciliter sa manutention, on s'est na turellement efforcé de comprimer la tourbe.
Le problème correspondant est très diffi cile à résoudre parce que sous l'effet de la pression, la tourbe humide se comporte comme une gelée, laquelle passe à travers les mailles de l'enveloppe. Elle les brise même si elles sont assez fines et si l'on essaie de la comprimer rapidement. Ce résultat provient de ce que les frag ments de tourbe sont entourés d'une couche translucide d'hydrocellulose. La présence de cette hydrocellulose explique les difficultés que l'on éprouve à comprimer la tourbe, car c'est elle qui constitue une gelée, transmet tant en tous sens les pressions, exactement à la manière d'un liquide, en faisant éclater les enveloppes.
La tourbe contient souvent 20%, parfois même davantage d'hydrocellulose, laquelle forme une gelée renfermant environ vingt- cinq fois son poids d'eau.
Au microscope, afin d'apercevoir l'hydro- cellulose, on teinte la préparation à la fuch sine ou au bleu de méthylène. On voit la tourbe sous forme de mélange de quelques fibres enfouies dans une grande masse de plantes décomposées dont les cellules sont remplies et entourées d'hydrocellulose.
Tout le problème se ramène à détruire cette hy drocellulose. C'est à quoi de nom breux chercheurs se sont attachés avec plus ou moins de succès.
Parmi les nombreux procédés préconisés, on peut citer celui d'Eckenherg, lequel sou met la tourbe à un traitement thermique poussé jusqu'à 200-220 , mais la mise en pratique de ce procédé s'est révélée difficile et trop onéreuse au point de vue industriel à cause de la quantité énorme de calories que nécessitait l'opération.
D'autres ont fait intervenir le froid et plusieurs brevets ont été délivrés à l'étranger pour la congélation de la tourbe. le froid ayant pour effet de produire, comme la clia.- leur, une rupture partielle ou totale de l'état colloïdal de la tourbe. Là encore, ces procédés ont dû être abandonnés à cause du coût exces sif de leur industrialisation.
Il en est de même du traitement de la tourbe par les sels de soude ou de potasse, ete. D'autres encore préconisent l'utilisation de la vapeur sous pression comme moyen de réduction de l'hydrocellulose. Mais là encore, l'opération s'avère trop coûteuse par son bi lan thermique défavorable. Un des seuls procédés qui ait survécu à l'industrialisation est le procédé Madruck qui consiste à mélanger à la tourbe une substance pulvérulente qui modifie la nature colloïdale de la tourbe et abaisse la tension superficielle de l'eau retenue par capillarité.
Ce procédé quoique ancien est encore en usage, faute de mieux, dans plusieurs grandes exploitations de l'étranger.
Il a cependant un grand inconvénient puisqu'il est nécessaire d'ajouter à la tourbe fraîche près de 20% de son poids en pous sière de tourbe sèche qui, après pressage de la masse, est séchée à nouveau, puis séparée par criblage.
Ce procédé permet de ramener la teneur en eau de la tourbe fraîche d'environ 90 à <B>60%,</B> ce qui rend possible le séchage thermi que industriel, celui-ci ayant pour objet de donner une tourbe marchande à 20 % d'eau.
Il fallait donc reprendre le problème de déshydratation de la tourbe fraîche en s'ef forçant d'éliminer les nombreux inconvénients inhérents aux procédés jusqu'ici préconisés.
Parmi les conditions primordiales que doit présenter un véritable procédé industriel, il importe d'éviter d'ajouter à la tourbe fraîche une substance susceptible d'augmen ter le poids et le volume de matière à pres ser et à sécher, comme dans le procédé Ma druck, ce qui entraîne une forte dépense com plémentaire en calories de séchage, tout en compliquant la manutention d'un volume déjà imposant de matière brute à traiter.
Il s'agit d'éviter ensuite que le produit employé pour la réduction de l'hydrocellulose laisse un résidu pouvant entraîner une aug mentation de la teneur en cendres de la tourbe, que la substance utilisée puisse être récupérée, sinon complètement, tout au moins en bonne partie pour abaisser le coût de l'opération. Enfin, que cette substance soit facile à se procurer et qu'elle soit bon marché.
lie procédé selon l'invention parvient au résultat désiré en soumettant la tourbe au moins momentanément à l'action de gaz am moniac, avant d'en effectuer le pressurage. Il a en effet été trouvé que la. destruction du gel cellulosique de la tourbe fraîche est obtenu avec une facilité toute particulière par l'action de l'ammoniaque.
Il suffit en effet de mettre en contact la tourbe fraîche contenant jusqu'à<B>90%</B> d'eau avec un courant de gaz ammoniac pour que s'effectue la réduction de l'hydrocellulose.
On connaît l'extrême affinité du gaz am moniac pour l'eau qui, à la température ordi naire, en dissout 800 fois son volume, à tel point que si l'on met en, contact avec l'eau une éprouvette pleine de gaz ammoniac, le baz est absorbé instantanément et le liquide pénètre dans l'éprouvette comme dans le vide avec une force suffisante pour la rompre. C'est cette affinité de l'ammoniaque pour l'eau dont tire parti le procédé pour modifier avec le maximum d'efficacité et de rapidité la tension superficielle de l'eau retenue par capillarité sur les filaments de tourbe.
La pénétration du gaz jusqu'au coeur de la matière est aussi complète que rapide. On sait, d'autre part, que l'ammoniaque est une base alcaline des plus énergiques et que son action est analogue à celle des bases les plus puissantes. Elle agit donc comme un caus tique violent sur le gel cellulosique ou hydro- cellulose de la tourbe qui libère l'eau qu'elle retenait. A titre d'exemple, voici une des applica tions du procédé: La tourbe fraîchement extraite est pla cée dans un vase clos où l'on opère le vide soit au moyen d'une pompe, soit de tout autre procédé.
Lorsque l'air est évacué, on fait entrer du gaz ammoniac dans le vase clos jusqu'à saturation de la tourbe. On met ensuite le vase clos en communication avec une pompe qui a pour effet de libérer la tourbe de son excédent d'ammoniaque.
On sait en effet qu'en faisant le vide, l'eau abandonne rapidement le gaz ammoniac dont elle est saturée. Cet excédent de gaz peut être comprime à nouveau pour servir à une nou velle opération, Lorsque la tourbe est libérée dudit gaz, on la soumet à un pressurage au cours duquel elle abandonne son eau.
Ce pressurage peut s'effectuer soit au moyen de presses adéquates, soit au moyen de pressoirs du type de ceux utilisés pour la vendange, mais renforcés. La facilité avec laquelle peut s'opérer le pressurage permet d'obtenir du premier coup de la tourbe à <B>30%</B> d'eau équivalant à celle séchée à l'air dans de bonnes conditions après 40 jours d'épandage.
La durée de traitement de la tourbe fraîche à<B>90%</B> d'eau et sa réduction à<B>30%</B> n'excède pas une heure avec un outillage ap proprié.
Le coût de l'opération de neutralisation du gel cellulosique est très bas, par suite de la quantité minime de gaz ammoniac réel lement absorbé, puisque l'excédent peut être récupéré.
On note également que la tourbe traitée par ce procédé est beaucoup plus plastique que celle traitée par d'autres procédés, ce qui permet de la mouler ou de la briqueter avec facilité après malaxage.
L'aggloméré qui en résulte est homogène, d'une résistance mécanique suffisante pour être transporté et sa dessiccation s'opère rapi dement.
Il constitue un excellent combustible brfz- lant avec facilité, laissant comme résidu des cendres blanches très légères.
Voici quelques-uns des avantages qui dé coulent de la mise en pratique de ce nouveau procédé: 1o L'exploitation des tourbières n'est plus une industrie saisonnière limitée aux condi tions atmosphériques favorables au séchage de la tourbe.
20 Le procédé de déshydratation de la tourbe fraîche peut être appliqué à pied d'oeuvre, c'est-à-dire en tourbière, sans grande installation.
3e La déshydratation s'effectue dans l'in tervention de la chaleur ou du froid.
4. Le procédé ne nécessite aucune adjonc tion de matière solide à la tourbe fraîche. 5() Le procédé est aussi rapide qu'écono mique puisque le gaz en excès est presque immédiatement récupéré en vue d'une opéra tion ultérieure.
60 Il permet de traiter de grandes quan tités de tourbe fraîche en un temps record.
<B>70</B> Il procure un abaissement important du coîit de production tout en augmentant le tonnage de l'exploitation avec le même per sonnel.
80 Il donne la possibilité d'obtenir de suite des agglomérés en partant de la tourbe fraîche (auto-agglomération).
<B>90</B> La qualité de la tourbe traitée est sen siblement améliorée.
100 Le procédé supprime complètement l'épandage en tourbière.
110 L'eau extraite par pressurage consti tue un engrais de première qualité, ce que constituerait également la tourbe si elle n'était acide. Le traitement par l'ammo niaque supprimant cette acidité, la récupéra tion de l'eau prend un grand intérêt.