FLUIDE CORRECTEUR AVEC INDICATEUR DE SECHAGE
La présente invention concerne un fluide correcteur contenant un colorant fluorescent en tant qu'indicateur de séchage.
Il existe sur le marché des fluides correcteurs à base aqueuse ou à base de solvants organiques volatiles, permettant de masquer des erreurs d' écriture et de réécrire ensuite, si on le souhaite, sur le film correcteur séché. Les fluides à base aqueuse, bien qu'ils soient généralement préférés pour leur moindre nocivité, présentent toutefois l'inconvénient, par rapport aux fluides correcteurs à base de solvants, de sécher beaucoup moins vite que ces derniers. Il faut compter généralement plusieurs dizaines de secondes avant de pouvoir réécrire sur le film sans l'endommager. L'utilisateur, impatient et ne disposant d'aucun indice le renseignant sur l'avancement du séchage, est susceptible d'essayer de réécrire trop tôt sur le film de masquage.
Il est connu d'ajouter des indicateurs de séchage ou de visualisation à des compositions de papeterie dont l'utilisation implique un temps de séchage après application, telles que des fluides correcteurs. Les indicateurs de séchage utilisés dans les fluides correcteurs sont destinés à permettre à l'utilisateur d'évaluer visuellement le moment où la composition est suffisamment sèche, c'est-à-dire le moment où le film formé par Ie fluide correcteur peut recevoir une nouvelle inscription sans risque d'être endommagé .
Les indicateurs de séchage, colorés et donc visibles pour l'utilisateur au moment de l'application de la composition, perdent progressivement leur couleur et deviennent idéalement totalement incolores lorsque la composition est sèche.
Ainsi, la demande de brevet US2005/0075419 divulgue un fluide correcteur à base d'eau contenant, en tant qu'indicateur de séchage, un indicateur pH coloré. Le fluide correcteur contient également un acide volatil ou une base volatile dont l' évaporation entraîne un changement de pH du film correcteur et par conséquent la décoloration de l'indicateur de pH .
Le problème des compositions contenant un indicateur coloré de pH en tant qu' indicateur de séchage est l'ajustement précis du temps de décoloration au temps de séchage réel de la composition. En effet, lorsque le pH de la composition change trop vite et l'indicateur se décolore avant le séchage complet de la composition, l'utilisateur est induit en erreur et la réécriture précoce provoquera un endommagement du film. A l'inverse, lorsque la variation de pH et la décoloration de l'indicateur n'interviennent qu'un certain temps après le séchage complet de la composition, l'utilisateur retarde inutilement le moment de réécriture et perd ainsi du temps .
Le temps de séchage d'un film de fluide correcteur dépend de plusieurs paramètres tels que la vitesse d' évaporation (volatilité) des solvants, la vitesse de pénétration des solvants dans le papier qui dépend essentiellement de la tension de surface du
fluide, de la viscosité du fluide et de l'énergie de surface du support, et la vitesse de formation du film.
Dans le cadre de ses recherches visant à résoudre ce problème de l'ajustement précis du temps de séchage au temps de décoloration des fluides correcteurs, la
Demanderesse a découvert qu' il était possible de moduler très finement le temps de décoloration de certains colorants fluorescents en les utilisant dans un système de solvants miscibles entre eux, constitué d'au moins un
« bon » solvant du colorant et d'au moins un « mauvais » dudit colorant.
La présente invention a par conséquent pour objet un fluide correcteur avec indicateur de séchage coloré, contenant
(a) en tant que colorant fluorescent, du 8-hydroxy-l, 3, 6- pyrènetrisulfonate de sodium et
(b) un bon solvant du colorant fluorescent, ayant de préférence un point d' ébullition inférieur ou égal à 100 0C et, de préférence,
(c) un mauvais solvant du colorant fluorescent, miscible avec le bon solvant (b) du colorant fluorescent.
Le 8-hydroxy-l, 3, 6-pyrènesulfonate de sodium, également connu sous le nom de Solvent Green 7 ou de
Pyranine (CAS 6358-69-6, Colour Index n° 59040) est un colorant de couleur vert-jaune, approuvé par la FDA en tant que colorant de compositions cosmétiques. Ce colorant ne fait pas partie des indicateurs colorés de pH. Il présente en effet, sur toute la gamme des pH, une émission de fluorescence dont les caractéristiques
varient trop progressivement pour qu' ils puissent servir d'indicateur de pH.
La capacité de ce colorant à servir d' indicateur de séchage dans les compositions de la présente invention n' est donc pas liée à son état de protonation/déprotonation, mais, entre autres, à son solvatochromisme en relation avec son état de solvatation dans le mélange de solvants de la composition.
La Demanderesse a en effet constaté que le 8- hydroxy-1, 3, 6-pyrènetrisulfonate de sodium, dissous dans un « bon » solvant tel que défini ci-après, était caractérisé par une intensité de fluorescence élevée qui diminuait lorsque ce bon solvant était mélangé à une certaine proportion d'un « mauvais » solvant du colorant, tel que défini ci-après.
La Demanderesse a en outre constaté que lorsque le bon solvant utilisé était l'eau, l'ajout d'un solvant organique choisi parmi les mauvais solvants du colorant fluorescent se traduisait par une modification, généralement une accélération, de la vitesse de pénétration de la phase solvant dans le support papier sur lequel le fluide correcteur était appliqué et que cette accélération de la vitesse de pénétration avait à son tour des répercussions sur la vitesse de séchage du film et la vitesse de décoloration du colorant.
L' idée a donc émergé de dissoudre ce colorant fluorescent dans une phase solvant contenant un mélange de ces deux types de solvants, de manière à modifier l'état de soiubilisation du colorant et/ou la vitesse de pénétration dans le support papier pour essayer de d'ajuster le temps de décoloration du colorant
fluorescent précisément au temps de séchage du film de fluide correcteur. La Demanderesse a ainsi constaté qu'un choix astucieux des bon et mauvais solvants en fonction de leur volatilité et de leur pouvoir solvatant du colorant, mais surtout la variation des proportions respectives des bon et mauvais solvants dans les compositions de la présente invention permettait d'ajuster très finement le temps de décoloration du colorant fluorescent au temps de séchage réel du film déposé.
Bien que les explications ci-dessus suggèrent que la présence d' un « mauvais » solvant dans les compositions de la présente invention soit une caractéristique technique essentielle des fluides correcteurs selon la présente invention, l'homme du métier comprendra que, dans certains cas particuliers, lorsque l' évaporation du seul bon solvant du colorant fluorescent provoque la décoloration de celui-ci en adéquation avec le temps de séchage de la composition, l'ajout d'un mauvais solvant est superflue. La présence d'un mauvais solvant en association avec un bon solvant est donc, certes, généralement souhaitable mais constitue toutefois une caractéristique facultative préférée des compositions de la présente invention. On entend par « bon solvant » dans la présente demande, un solvant dans lequel la solubilité du colorant fluorescent à 20 0C est au moins égale à 0,1 g/1. Le terme « mauvais solvant » désigne les solvants organiques dans lesquels la solubilité du colorant fluorescent est inférieure ou égale à 0,01 g/1 à 20 0C.
Comme indiqué ci-dessus, le bon solvant a un point d'ébullition inférieur ou égal à 100 0C. Bien entendu ce bon solvant est de préférence de l'eau, choisie pour sa parfaite innocuité et son très faible coût. On préfère en particulier de l'eau déminéralisée. La limite supérieure du point d'ébullition (100 0C) est motivée uniquement par la durée de séchage de la composition. Au-delà d'un point d'ébullition de 100 0C, le bon solvant qui constitue la plus grande partie de la composition, mettrait excessivement longtemps à s'évaporer ce qui entraînerait un allongement indésirable du temps de séchage du film.
Le mauvais solvant doit être miscible avec le bon solvant du colorant fluorescent. Les bon et mauvais solvants n'ont pas forcément besoin d'être miscibles l'un avec l'autre en toutes proportions, mais leur miscibilité doit être garantie au moins pour les rapports bon solvant/mauvais solvant du fluide correcteur avant application et au cours de l'étape de séchage.
On peut citer à titre d'exemples de mauvais solvants préférés les alkylèneglycols en CVg tels que le butylèneglycol et l' hexylèneglycol, les alcools inférieurs en C2-4 tels que l'éthanol, le n-propanol, 1' isopropanol, le n-butanol et l' isobutanol, et le dioxane . Comme expliqué ci-dessus, le temps de décoloration des colorants fluorescents peut être ajusté au temps de séchage des compositions de la présente invention par ajout d'une quantité relativement faible d'un ou de plusieurs mauvais solvants, de l'ordre de quelques pour- cent seulement. Le rapport en poids du bon solvant au mauvais solvant dans les compositions de la présente
invention est compris de préférence entre 99/1 et 80/20, en particulier entre 98/2 et 90/10.
La composition selon la présente invention a de préférence un pH basique, compris avantageusement entre 7 et 11, de préférence entre 7,5 et 10. Dans cette gamme de pK, l'intensité de fluorescence du colorant fluorescent est en effet particulièrement élevée et la décoloration au moment du séchage du film appliqué est facilement détectable pour l'œil humain. Ce pH peut être ajusté par addition d'une base quelconque, pas nécessairement volatile. On peut citer à titre d'exemple de telles bases l'ammoniaque, la triéthanolamine et l' amino-2-méthyl-l- propanol (AMP). Le pH des compositions selon l'invention peut éventuellement être fixé par un tampon approprié. La concentration du colorant fluorescent dans les fluides correcteurs de la présente invention est de préférence comprise entre 0,01 % et 1 % en poids, en particulier entre 0,1 et 0,5 % en poids, rapportée au poids total de la composition. Le fluide correcteur de la présente invention contient, en plus du colorant fluorescent et de la phase solvant décrits ci-dessus, un ou plusieurs adjuvants utilisés couramment dans ce type de composition, choisis par exemple parmi les polymères filmogènes, les charges, les pigments opacifiants, de préférence les pigments blancs tels que le dioxyde de titane, les azurants optiques, les colorants, les agents antigel tels que le glycérol, les tensioactifs et les agents conservateurs.
Exemple
Composition A (sans mauvais solvant) On ajoute 0,15 % en poids de Solvent Green 7, commercialisé sous la dénomination JAUNE PYRACIDE G par la société COLOREY, à un fluide correcteur classique (fluide de base) ayant la composition suivante :
Eau distillée 10 %
Résine (ACRYLIC LATEX 35 % SOLIDS) 25 %
TiO2 37 %
CaCO3 13 % Base q.s.p. pH 8 - 8,5 Autres additifs 12 % (conservateurs, agent anti-mousse, tensioactif, azurant optique)
On applique un film d'une épaisseur d'environ 75 μm sur du papier normalisé (Papier Baumgartner ISO 12757) à l'aide d'un filmographie {hand coater) On laisse sécher le film à une température de 20 0C, puis on note le temps au bout duquel il est possible de réécrire sur le film séché avec un stylo à bille (= temps de séchage) .
Le temps de décoloration du colorant fluorescent est estimé par évaluation visuelle ou encore par colorimétrie (Système L*a*b*).
On détermine ainsi pour la composition A un temps de séchage du film d'environ 1 minute et un temps de
décoloration d'environ 3 minutes. Ce résultat n'est pas satisfaisant car l'utilisateur s'il attend la décoloration complète du film avant de réécrire sur celui-ci perd inutilement environ 2 minutes.
Compositions B et C (avec mauvais solvant)
On ajoute à la composition A contenant 99,85 % de fluide de base et 0,15 % de Solvent Green 7, respectivement 4,00 % d' hexylèneglycol (Composition B) et 4,00 % de n-propanol (Composition C).
Lorsqu'on mesure le temps de séchage et le temps de décoloration de ces deux compositions dans les mêmes conditions que pour la Composition A, on obtient les résultats suivants :
Composition B : Temps de séchage : 1 minute Temps de décoloration : 1 minute 10 secondes
Composition C :
Temps de séchage : 50 secondes
Temps de décoloration : 1 minute 10 secondes
On constate que, pour les deux compositions, l'écart entre le temps de séchage et le temps de décoloration est sensiblement réduit par rapport à celui observé pour la Composition A exempte de solvant secondaire (« mauvais » solvant) . On peut constater par ailleurs que l'ajout, à la composition à base d'eau,
d'une faible quantité (4 %) d' hexylèneglycol (point d'ébullition 197 0C) n'augmente pas le temps de séchage de la composition finale. Par contre, l'addition de 4 % seulement d'un mauvais solvant relativement plus volatil que l'eau (n-propanol, point d'ébullition 97 0C) diminue avantageusement d'environ 20 % le temps de séchage de cette formule (Composition C) à base d'eau.