REVETEMENT DE PROTECTION ANTI-FEU ET PROCEDE D'APPLICATION
[0001] La présente invention concerne les techniques de protection d'installations contre l'incendie.
[0002] On distingue les techniques de protection active, dans lesquelles des détecteurs sont utilisés pour détecter des conditions de feu afin de déclencher une réponse par des éléments actifs, et les techniques de protection passive dont relève plus particulièrement la présente invention.
[0003] Des revêtements anti-feu sont utilisés pour mettre en œuvre des techniques de protection passive. Un revêtement remarquable a fait l'objet du brevet EP 0 612 540. Il s'agit d'un revêtement souple comprenant un complexe d'éléments fibreux et/ou textiles, notamment à base de laine minérale, assemblés par collage. La colle employée est une colle réfractaire active ayant une tenue en température jusqu'à environ 1300°C et incorporant des composants ou additifs actifs contenant de l'eau liée chimiquement, et stables aux températures inférieures à 80°C environ. Des aluminosilicates sont typiquement employés dans des colles de ce type.
[0004] Le revêtement passif retarde la propagation de la chaleur entre un côté chaud, par lequel il est susceptible d'être atteint par un feu accidentel, et un côté froid vers l'installation protégée. L'effet de retard est en grande partie dû à la libération de molécules d'eau par la colle lorsque la température s'élève. L'eau absorbe de la chaleur en se vaporisant, ce qui entraîne un palier à 100°C dans la courbe d'augmentation de la température du côté froid en fonction du temps.
[0005] Naturellement, il est souhaitable d'augmenter la durée de ce palier à 100°C en augmentant la quantité de colle incorporée au revêtement passif. Plusieurs méthodes sont envisageables à cette fin:
- densifier la colle. Mais celle-ci risque alors de devenir trop épaisse et très difficile à mettre en œuvre pour l'application d'un revêtement souple. Cette difficulté est encore accrue par le temps de séchage réduit résultant de l'épaississement de la colle. En outre, la colle trop dense peut endommager la laine minérale lorsqu'elle est étalée;
- augmenter la quantité de colle entre deux couches fibreuses. Dans ce cas, la colle tend à couler lorsqu'elle est appliquée et avant séchage. Cette solution ne permet pas de garantir une bonne répartition spatiale de la protection anti-feu;
- augmenter le nombre de couches de laine minérale et de colle entre elles. L'inconvénient est alors de voir augmenter notablement l'encombrement du revêtement.
[0006] Un domaine d'application important, quoique non exclusif, des revêtements passifs de ce type est dans la protection anti-feu d'installations industrielles exigeant un niveau de sécurité élevée. En particulier, ils sont couramment utilisés pour protéger des chemins de câbles ou autres appareillages électriques dans des centrales nucléaires. Compte tenu des exigences de sécurité toujours croissantes, notamment dans ces centrales, il existe un besoin d'amélioration des performances des revêtements anti-feu.
[0007] Du fait du niveau de sécurité croissant, il y a de plus en plus de redondance dans les appareillages électriques, notamment dans les câbles. On peut voir jusqu'à quatre niveaux de redondance dans les trains de câbles, au lieu de deux niveaux seulement dans des générations de centrales antérieures. Il faut donc protéger un plus grand nombre de chemins de câbles, ce qui peut rendre inacceptables des solutions où le revêtement est trop encombrant. Il serait plutôt souhaitable que les meilleures performances du revêtement soient obtenues en s'accompagnant d'une plus grande compacité de celui-ci.
[0008] Un but de l'invention et de répondre à certains au moins des besoins ci-dessus exposés.
[0009] Il est proposé un revêtement de protection anti-feu, comprenant :
- plusieurs couches fibreuses superposées; et
- au moins une couche de colle réfractaire placée entre deux des couches fibreuses, la colle comprenant des éléments actifs capables de libérer de l'eau lors d'une élévation de température; et
- dans au moins une couche de colle réfractaire, un support perméable à la vapeur s'étendant parallèlement aux couches fibreuses et imprégné par la colle réfractaire.
[0010] Le support perméable à la vapeur retient la colle réfractaire en l'empêchant de couler dans la phase d'application. En cas d'incendie, il ne perturbe pas la diffusion de l'eau vaporisée, ce qui améliore l'efficacité du revêtement en réalisant une meilleure pénétration dans les couches fibreuses quelle que soit leur densité.
[0011] Il est alors envisageable d'augmenter la densité des couches fibreuses, notamment en la rendant supérieure à 140 kg/m3. Une valeur de densité préférée est de sensiblement 150 kg/m3.
[0012] Ces couches fibreuses rendues plus denses peuvent avoir épaisseur diminuée, jusqu'à des valeurs inférieures à 30 mm, les épaisseurs couramment employées jusqu'à présent étant plutôt de l'ordre de 38 mm. Ces dispositions permettent avantageusement de réduire l'encombrement du revêtement de protection anti-feu sans sacrifier les performances de celui-ci.
[0013] Le support perméable à la vapeur favorise une imprégnation de colle qui évite d'endommager les couches fibreuses. Il est de préférence réalisé en matériau incombustible (Euroclass A1 ), pouvant comprendre une toile de fibres réfractaires, typiquement une toile de verre.
[0014] Un autre aspect de la présente invention se rapporte à un procédé d'application d'un revêtement de protection anti-feu, comprenant les étapes suivantes:
- disposer une première couche fibreuse, éventuellement encollée de colle réfractaire, sur un élément à protéger;
- appliquer une couche de colle réfractaire sur la première couche fibreuse, la couche de colle réfractaire incorporant un support perméable à la vapeur s'étendant parallèlement à la première couche fibreuse et imprégné par la colle réfractaire; et
- disposer au moins une deuxième couche fibreuse par-dessus la couche de colle réfractaire.
[0015] Dans une mise en œuvre commode, le support perméable à la vapeur est collé sur la première couche fibreuse avant de disposer la première couche fibreuse sur l'élément à protéger. Le support contribue alors à la cohésion de la première couche fibreuse lorsque celle-ci est mise en place sur l'élément à protéger. Ceci réduit le risque de voir la couche fibreuse se déchirer, notamment dans les zones où elle doit suivre une courbure relativement forte.
[0016] D'autres particularités et avantages de la présente invention apparaîtront dans la description ci-après d'un exemple de réalisation non limitatif, en référence au dessin annexé comportant une figure unique qui montre une section transversale d'un revêtement de protection anti-feu selon un mode de réalisation de l'invention.
[0017] Dans l'exemple de réalisation représenté sur la figure, le revêtement de protection anti-feu comporte deux couches fibreuses superposées 1 , 2, réalisées à base de laine minérale aiguilletée ou autre matériau réfractaire fibreux approprié. De façon connue en soi, les couches fibreuses 1 , 2 peuvent éventuellement contenir dans leur épaisseur des particules contribuant à freiner la propagation de la chaleur. [0018] Ces couches fibreuses 1 , 2 recouvrent un élément 3 à protéger contre le risque d'incendie, tel que par exemple un chemin de câbles ou de canalisations, un coffret ou armoire électrique, des organes de commande, de transmission, etc.
[0019] Une colle réfractaire est incorporée au revêtement anti-feu, en particulier sous la forme d'une couche 4 placée entre les deux couches fibreuses 1 , 2. Comme il est usuel dans ce type de revêtement, la colle utilisée comprend des éléments actifs qui libèrent de l'eau lorsque la température s'élève, par exemple au-dessus de 80 °C. En se vaporisant à 100°C, cette eau ralentit la propagation de la chaleur du côté extérieur (chaud) du revêtement vers son côté intérieur (froid). On peut notamment utiliser une colle dite F. active, à base d'hydrates d'oxydes métalliques.
[0020] Dans la couche de colle réfractaire 4 se trouve un support bidimensionnel perméable à la vapeur 5. Un matériau approprié pour ce support 5 est une toile de fibres de verre étant donné qu'une telle toile est relativement bon marché tout en présentant les propriétés voulues, notamment une bonne capacité à être imprégnée par la colle réfractaire et une bonne capacité à laisser diffuser la vapeur d'eau libérée lorsque la température du revêtement s'élève. C'est aussi un matériau incombustible (Euroclass A1 ), qui ne contribue donc pas au feu en cas d'incendie.
[0021] La toile 5 s'imprègne et retient la colle réfractaire lors de son application, ce qui assure une répartition satisfaisante de la colle sur l'étendue du revêtement. Elle permet ainsi d'augmenter la quantité de colle placée entre les couches fibreuses 1 , 2, et donc d'améliorer les performances du revêtement anti- feu.
[0022] Le support 5 perméable à la vapeur tend à éviter les inhomogénéités dans la répartition de la colle réfractaire, en particulier là où la couche 4 s'étend verticalement. Cette fonction est assurée lors de la pose du revêtement, mais aussi ultérieurement une fois la colle prise, le revêtement pouvant être soumis à des vibrations.
[0023] De façon classique, le revêtement anti-feu peut comporter sur sa face externe une enveloppe 6 assurant son étanchéité. Cette enveloppe 6 est par exemple réalisée à partir d'un tissu de fibres minérales imprégné par un élastomère ignifuge.
[0024] Pour la pose du revêtement anti-feu sur un élément à protéger 3, on peut par exemple procéder comme suit. [0025] Dans un premier temps, la première couche fibreuse 1 est étalée sur le sol ou une autre surface de travail, et on applique de la colle F.active sur sa face extérieure puis la toile de verre 5 qu'on laisse imprégner par la colle.
[0026] L'élément 3 est encollé avec de la colle F.active ou une autre colle appropriée 7, puis on y dispose la première couche fibreuse 1 . [0027] Après la pose de cette première couche fibreuse 1 , on étale à nouveau
de la colle F. active sur sa face extérieure pour compléter la couche 4, puis on vient disposer la deuxième couche fibreuse 2 par-dessus la couche de colle réfractaire 4. Si nécessaire, des cordages peuvent être mis en place autour de la couche fibreuse pour maintenir l'assemblage. [0028] Finalement, l'enveloppe d'étanchéité 6 est collée sur la deuxième couche fibreuse 2 à l'aide d'une colle appropriée 8.
[0029] S'il est nécessaire de prévoir plus que deux couches fibreuses 1 , 2, les couches peuvent être mises en place successivement avec, pour chaque couche sauf la dernière, une toile de verre 5 pré-collée sur sa face externe. [0030] Il est également possible de mettre en place la toile de verre 5 sur la couche fibreuse 1 après le collage de celle-ci sur l'élément à protéger 3. Il est toutefois préférable d'appliquer la toile 5 sur la couche fibreuse 1 préalablement à la pose de celle-ci, car on réduit alors le risque de déchirement de la couche fibreuse 1 grâce à la toile pré-collée. [0031] Un autre aspect de l'invention, que la présence du support 5 perméable à la vapeur permet de favoriser, concerne une augmentation de la densité des couches fibreuses 1 , 2. Cette densité peut notamment dépasser la valeur de 140 kg/m3. La valeur de densité est par exemple de 160 kg/m3 ou, dans un compromis intéressant, d'environ 150 kg/m3. [0032] En augmentant ainsi la densité de la laine minérale employée, on peut réduire l'épaisseur des couches 1 , 2 à performances comparables, et donc limiter l'encombrement du revêtement.
[0033] En particulier, l'épaisseur des couches fibreuses 1 , 2 peut être rendue inférieure à 30 mm. Une valeur possible pour cette épaisseur est de 25 mm. Si on compare l'utilisation de couches fibreuses 1 , 2 de densité 150 kg/m3 et d'épaisseur 25 mm à celle de couches classiques de densité 125 kg/m3 et d'épaisseur 38 mm, on voit que l'épaisseur de chaque couche est réduite de 34,2%, tandis que le poids global de la laine minérale dans le revêtement anti-feu et réduit de 21 ,1 %. Le dimensionnement envisagé est avantageux également en termes de poids, ce qui est bien entendu souhaitable, y compris sous l'angle des
exigences à remplir en cas de séisme.
[0034] Les modes de réalisation décrits ou évoqués ci-dessus sont des illustrations de la présente invention. Diverses modifications peuvent leur être apportées sans sortir du cadre de l'invention qui ressort des revendications annexées.