Procédé utile pour la détection d'encéphalopathies
La présente invention vise à titre principal un procédé utile pour l'amplification de l'oligomérisation et/ou du titre infectieux des isoformes PrPSc de la protéine du prion cellulaire PrP0. Elle vise également l'utilisation d'un tel procédé pour le diagnostic, la caractérisation, le suivi clinique, etc., d'encéphalopathie, en particulier d'encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST) incluant les encéphalopathies spongiformes bovines (BSE)
Les maladies à prions ou encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles (ESST) sont des affections neurodégénératives mortelles qui affectent aussi bien les hommes que les animaux. Les ESST comprennent essentiellement la maladie de Creutzfeldt-Jakob, chez l'homme (MCJ ou CJD pour Creutzfeldt-Jakob diseasé), la tremblante chez le mouton et la chèvre et Fencéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou BSE pour bovine spongiform encephalopathy) chez les bovins. D'autres encéphalopathies ont été mises en évidence chez les félidés, chez le vison ou certains animaux sauvages, tels que le cerf ou l'élan.
L'agent infectieux à l'origine de ces maladies est non conventionnel. Actuellement, l'hypothèse qui domine est celle des "prions", selon laquelle la protéine du prion cellulaire, PrPc, synthétisée par l'organisme hôte serait capable d'adopter une conformation pathologique, appelée PrPSc qui désigne l'isoforme "scrapie".
Ces deux isoformes présentent la même séquence en acides aminés mais diffèrent dans leur structure secondaire : la PrPSc présente un contenu significativement plus élevé en feuillets beta plissés, alors que la PrP normale (PrPc) présente un plus grand nombre d'hélices alpha.
Deux propriétés biochimiques permettent, généralement, de distinguer ces deux isoformes :
- la PrPSc est partiellement résistante aux protéases, notamment à la protéinase K (PK), qui entraîne un clivage de son extrémité N-terminale. Après action de la PK, la PrPSc est souvent appelée PrP27-30 à cause du poids moléculaire apparent de la forme biglycosylée ; il est généralement admis que le site de clivage de la PrPSc se situe entre les acides aminés 89 et 90 (Prusiner S.B. et al, CeIl, (1984), 38, 127-134) pour les souches habituelles,
- la PrPSc est insoluble dans les détergents non-ioniques, tels que le Triton XlOO ou le Triton 114.
La forme normale de la protéine du prion (PrPc) est en principe complètement dégradée par les protéases et est parfaitement soluble en présence de détergents non- ioniques.
L'accumulation de la PrPSc dans le cerveau des personnes ou des animaux atteints d'ESST provoque sa dégénérescence. Les recherches sur ces maladies ont pris un essor remarquable depuis la crise de la vache folle en Europe et l'apparition du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jacob chez l'homme (vMCJ). Des progrès conséquents ont été réalisés dans la connaissance de ces agents infectieux non conventionnels. Toutefois, il n'existe pas à l'heure actuelle de traitement disponible pour soigner les patients atteints de MCJ, ni de test de diagnostic précoce.
Durant la dernière décennie, plusieurs molécules présentant une activité "anti- prion" et une structure chimique novatrice ont été identifiées telles que (i) des dendrimères (Supattapone S. et al, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. (1999) 96, 14529-34) ; (ii) des dérivés de porphyrines et phtalocyanines (Caughey W. S. et al, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. (1998) 21, 12117-22) ; (iii) des dérivés de la quinacrine et de la chlorpromazine (Doh-Ura . et al, J Virol (2000) 74, 4894-7), (Korth C et al, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. (2001) 98, 9836-41). Ces drogues sont capables d'éliminer partiellement ou complètement l'infectivité des neuroblastomes de souris ScN2a chroniquement infectées par les prions. Toutefois, leur action est très limitée in vivo (Demaimay R et al, J Gen. Virol (1994) 75, 2499-503 ; Priola SA et al, Science (2000) 287, 1503-6). Les raisons permettant d'expliquer le défaut d'efficacité de ces produits in vivo sont probablement leur manque de spécificité vis-à-vis de l'agent infectieux, puisque le mécanisme d'action de ces drogues est peu ou pas connu, et la difficulté de ces produits à traverser la barrière hématoméningée.
Les études de criblage de drogues réalisées pour identifier des produits "anti- prions", ont également conduit à l'identification de deux composés à savoir les 2-amino- 6[(2-aminophényl)thio]-4-(2-furyl)pyridine-3,5-dicarbonitrile et N'l-({5-[(4,5-dichloro- lH-imidazol-l-yl)méthyl]2-furyl}carbonyl)-4-méthoxy-benzène-l-sulfonohydrazide, exhibant une activité inhibitrice en culture cellulaire (Perrier V. et al, Proc. Natl. Acad. Sc. U. S.A. (2000) 97, 6073-6078). Cependant, les valeurs d'IC50 (concentration pour laquelle
50 % du taux de PrPSc dans les cellules est inhibé) obtenues pour ces produits, de l'ordre de 15 μM, ne s'avèrent pas compatibles avec une application in vivo. Par ailleurs, ETESSAMI et al. (Biochem. Biophys. Res. Comm., 2005, 330:5) ont également observé que la libération de nucléotides dans le milieu extra-cellulaire de cellules lésées était susceptible de réduire l'infection de novo par le prion.
En terme de diagnostic, les méthodes les plus récentes sont fondées sur une détection sélective de la PrP anormale (PrPSc), liée à l'agent infectieux, en tirant profit de sa résistance partielle aux protéases.
A ce titre, on peut distinguer :
- les méthodes de Western-blot qui reposent sur la détection immunologique de la PrPSc dans un extrait de tissus, après traitement de l'extrait par une protéase de façon à détruire l'isoforme normale PrPc, la séparation des protéines de l'extrait par électrophorèse, transfert sur une membrane de polymère, et la détection par un anticorps spécifique reconnaissant la PrP (Schaller O. et al., Acta Neuropathol., 1999, 98, 437-443), et
- les tests de type ELISA, qui font également intervenir un traitement des extraits de tissus par une protéase.
Parmi ces différents tests, impliquant un traitement des extraits de tissus par une protéase, on peut citer :
- celui décrit par Serban et al. (Neurology, 1990, 40, 100), qui ont développé un test de détection de la PrPSc qui inclut l'immobilisation des protéines sur une membrane de nitrocellulose, suivie d'une digestion protéasique, d'une dénaturation et d'une immunodétection avec des anticorps monoclonaux,
- celui décrit par Oesch et al. (Biochemistry, 1994, 33, 5926-5931), qui ont proposé, pour quantifier la quantité de PrPSc, un test d'immunofiltration pour la purification de la PrPSc (ELIFA ou enzyme-linked immunofiltration assay),
- celui décrit par Gratwohl K.U. et al, J. Virol. Methods, 1997, 64, 205-216, qui proposent un dosage de type ELISA. Après traitement des échantillons à la protéinase K et purification de la PrPSc par centrifugation, celle-ci est adsorbée sur des plaques de microtitration et détectée à l'aide d'anticorps polyclonaux de lapin,
- celui décrit par Saiar J. et al, Nature Med., 1998, 10, 1157-1165, qui n'utilise pas la protéinase K et compare l'immunoréactivité de la PrPSc immobilisée sur un support solide selon qu'elle a été préalablement ou non soumise à un traitement dénaturant.
Plus récemment, il a été proposé dans le document WO 01/35104, un test impliquant successivement le traitement d'un échantillon présumé contenir la PrPSc avec la protéinase K dans des conditions ajustées pour permettre la dégradation complète de la protéine PrPc tout en conservant tout ou partie des motifs octa-peptides répétés de la protéine PrPSc, la mise en contact consécutive dudit échantillon ainsi traité avec un ligand, notamment un anticorps spécifique des motifs octa-peptides et la détection éventuelle d'un complexe motifs octa-peptide répétés -ligand.
De WO 02/04954 est connue une méthode de détection du prion mettant en œuvre une étape d'amplification de la protéine PrPSc en mettant en contact la PrP anormale avec une quantité connue de PrP normale.
De manière générale, ces différents tests présentent l'inconvénient de manquer de sensibilité et par conséquent d'entraîner des faux-négatifs. De plus, ils sont réalisés en post-mortem.
En fait, la détection précoce des prions dans le sang ou l'urine nécessiterait un test 10 à 100 fois plus sensible que ceux actuellement existants. De plus, la spécificité vis- à-vis de l'isoforme anormale, PrPSc, est une condition indispensable pour la mise au point d'un test performant.
En conséquence, il demeure un besoin pour de nouvelles méthodes de détection d'encéphalopathies, en particulier des méthodes pouvant être appliquées chez l'être vivant, qui soient rapides et qui permettent la détection de la pathologie à un stade très précoce.
La présente invention a précisément pour objet de proposer une nouvelle méthode de diagnostic pour les encéphalopathies qui permet d'établir un diagnostic précoce de la maladie, c'est-à-dire ante-mortem, chez l'homme ou l'animal, et qui est non invasive.
Selon un de ses aspects, la présente invention vise à titre principal un procédé utile pour amplifier sélectivement l'oligomérisation et/ou augmenter le taux infectieux d'au moins une isoforme PrPSc de la protéine du prion cellulaire PrP, le cas échéant en mélange avec l'isoforme PrPc, caractérisé en ce qu'il comprend la mise en présence de ladite
isoforme PrPSc, dans des conditions propices à l'amplification, avec une quantité efficace d'au moins un composé de formule générale I
dans laquelle A, R et n sont tels que définis ci-après.
Selon un autre de ses aspects, la présente invention vise un procédé utile pour la détection d'une isoforme PrPSc de la protéine du prion cellulaire PrPc comprenant au moins la mise en œuvre d'un procédé tel que défini ci-dessus et une étape de détection de ladite isoforme. Cette étape de détection peut être réalisée par une méthode de screening par exemple de type hybridation ou interaction anticorps/antigène.
Selon un autre de ses aspects, la présente invention concerne un procédé utile pour détecter la présence ou le risque de survenue d'une encéphalopathie chez un sujet animal ou humain, ledit procédé comprenant au moins :
- la mise en présence d'un échantillon biologique dudit sujet avec une quantité efficace d'au moins un composé de formule générale I tel que défini ci-dessus dans des conditions propices à l'amplification de l'oligomérisation d'isoforme(s) PrPSc éventuellement présente(s) dans ledit échantillon, et
- la détection de la présence éventuelle de ladite isoforme PrPSc, indicatrice de la présence ou du risque de développement d'une encéphalopathie chez ledit sujet.
Le procédé selon l'invention est particulièrement utile pour la détection d'une encéphalopathie subaiguë spongiforme transmissible (ESST) et notamment d'une maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l'homme, la tremblante chez le mouton et la chèvre et l'encéphalopathie spongiforme bovine.
Selon un mode de réalisation particulier, le composé de formule générale I peut être mis en œuvre sous une forme associée à un marqueur propice à une détection luminescente ou par affinité.
Selon un autre mode de réalisation particulier de l'invention, l'étape de détection implique une opération de détection immunologique, notamment par utilisation d'anticorps spécifiques.
Selon cette seconde variante, cette détection comprend au moins le traitement de tout ou partie dudit échantillon par une protéase, telle que par exemple la protéase K, de
façon à détruire l'isoforme normale de la PrP, la séparation des protéines et la détection de l'isoforme PrPSc éventuellement présente, notamment par un anticorps spécifique. L'étape de destruction de l'isoforme normale de la PrP est généralement réalisée postérieurement à l'étape d'amplification de Foligomérisation de l'isoforme PrPSc.
Un mélange d'anticorps SAF 60 et SAF69, spécifique des séquences 157-161 de la PrP humaine et SAF70, spécifique de la séquence 156-162 de la PrP humaine, convient notamment à la détection.
De même, le traitement avec la protéinase K peut être réalisé dans les conditions décrites dans le document WO 01/35104 qui conduisent à la dégradation complète de la protéine PrPc tout en conservant tout ou partie des motifs octa-peptides répétés de la protéine PrPSc. La détection peut être réalisée dans ce cas par la mise en contact consécutive dudit échantillon ainsi traité, avec un ligand notamment des motifs octa-peptides pour détecter l'éventuelle présence de complexe(s) motifs octa-peptide répétés -ligand.
Selon encore un autre de ces aspects, la présente invention concerne un kit pour l'amplification sélective de Foligomérisation d'au moins une isoforme PrPSc ainsi qu'un kit utile pour le diagnostic des ESST, comprenant à titre de réactif au moins un composé de formule générale I.
De manière inattendue, les inventeurs ont constaté que les composés de formule générale I s'avèrent particulièrement efficaces pour amplifier sélectivement l'oligomérisation des isoformes PrPSc de la protéine Prion cellulaire notamment en présence de la forme non pathogène de celle-ci. Ainsi, les composés de formule générale I ont la particularité d'augmenter la présence de formes oligomériques de PrPSc sans augmenter celles de l'isoforme normale PrP0. De toute évidence, les composés conformes à l'invention agissent spécifiquement sur les molécules de PrPSc.
Cette capacité est particulièrement avantageuse dans la mesure où elle permet de diagnostiquer à un stade précoce le risque de survenue d'une encéphalopathie.
En amplifiant sélectivement dans un échantillon biologique des isoformes PrPSc non détectables en tant que telles avec des méthodes de diagnostic conventionnelles, on rend désormais possible la détection à un stage significativement plus précoce.
Pour des raisons évidentes, un tel diagnostic précoce ne peut être que bénéfique sur les plans curatif et économique et constituer un besoin majeur en santé publique et sur le plan de la sécurité sanitaire.
Ainsi, l'invention rend possible l'élaboration d'un test de détection des prions dans un liquide physiologique tel que l'urine et le sang, pour le diagnostic pré-clinique de la tremblante du mouton et de l'encéphalopathie spongiforme bovine, et ainsi la détection des animaux malades qui actuellement peuvent passer dans la chaîne alimentaire.
En outre, les procédés selon l'invention appliqués sur des échantillons de sang apportent une meilleure garantie concernant les transfusions sanguines humaines et permettent l'établissement d'un test de diagnostic précoce des ESST chez l'homme, voire l'optimisation des traitements futurs.
Comme précisé précédemment, l'invention repose sur l'utilisation du composé de formule générale I comme suit :
dans laquelle :
- A représente un groupement -C(H)xR1-, -CO-, C(H)xO(R1), -C(H)xS(R1)-, - CN(R1)(R2)- avec x étant égal à O ou 1, et R1 et R2 représentant, indépendamment l'un de l'autre, un atome d'hydrogène, un radical alkyle en C1 à C6 linéaire, ramifié ou cyclique, saturé ou insaturé, le cas échéant substitué,
- le symbole signifie que le cycle pyrimidyle peut être saturé, insaturé ou aromatique,
- R représente un radical choisi parmi : un atome d'hydrogène, un groupement OR' 1, N(R'1)(R'2), SR' 1 avec R'1 et R'2 représentant, indépendamment l'un de l'autre, un groupement tel que défini précédemment pour R1 et/ou R2, un radical hydrocarboné en C1 à C10, linéaire, ramifié ou cyclique, saturé ou insaturé, et dont la chaîne hydrocarbonée peut être le cas échéant interrompue par un ou plusieurs hétéroatomes choisis parmi les atomes de S, O et N, et le cas échéant substituée,
n est égal à zéro ou est un entier variant de 1 à 3,
- et ses sels, solvates, isomères ou dérivés.
Selon un mode de réalisation, lorsqu'un radical R est présent sur un atome d'azote du cycle pyrimidyle, il s'agit d'un atome d'hydrogène.
En ce qui concerne ses sels, il peut s'agir de tous les sels inorganiques ou organiques dans la mesure où ils s'avèrent compatibles avec la mise en œuvre de l'invention.
En ce qui concerne les dérivés, il s'agit plus particulièrement au sens de l'invention des composés de formule générale I incorporant au niveau de leur structure au moins une entité, appartenant ou non à un système de marquage, capable de les doter d'un mode de détection par exemple luminescent, à l'image par exemple d'un signal visible en infrarouge ou par fluorescence, comme notamment l'Europium ou par affinité tel qu'un marquage à la biotine dans le cas d'une reconnaissance streptavidine biotine.
L'entité, généralement chimique, destinée à procurer au composé de formule générale I un mode de marquage pour une détection, peut être fixée par des méthodes conventionnelles au niveau de la molécule de formule générale I.
Bien entendu, sa localisation est choisie de manière à ne pas affecter la réactivité attendue du dérivé de formule générale I ainsi obtenu.
Plus particulièrement, le cycle pyrimidyle est un cycle aromatique.
Selon un mode de réalisation, lorsque le cycle pyrimidyle est un cycle aromatique, R est en position meta ou para du groupe A.
Selon un mode de réalisation particulier, n est égal à 1.
En ce qui concerne A, il s'agit plus particulièrement d'un motif -CS(R1)- avec R1 représentant un radical alkyle tel que défini précédemment.
R représente de préférence un radical hétérocyclique en C5 à C6 insaturé ou aromatique et incorporant un ou deux hétéroatomes choisis parmi les atomes de S, N et O.
Il s'agit plus particulièrement d'un radical thiényle le cas échéant substitué.
A titre de substituant possible, on peut plus particulièrement citer les atomes d'halogène notamment choisis parmi des atomes de fluor, brome, iode et chlore, et plus particulièrement le brome ;des radicaux OH, OR', NR'R", SR', R' avec R' et R" représentant, indépendamment l'un de l'autre, un radical alkyle linéaire ou ramifié en C1 à C10 ; des radicaux hétérocycliques, saturés, insaturés ou aromatiques, optionnellement
substitués, en C4 à C8, notamment en C5 à C6, comprenant un ou plusieurs hétéroatomes choisis parmi N, O et S, par exemple un radical thiényle, un radical thiophényle ou radical thiazolyle
Selon un mode particulier de réalisation, un substituant peut être avantageusement choisi parmi un brome ou un radical thiényle.
A titre représentatif et non limitatif des composés de formule générale I, on peut plus particulièrement citer le 4-(5-bromo-2-thiényl)-2-(méthylthio)pyrimidine de formule comme suit :
— S Br
N
N
et le 4-(5-thiényl-2-thiényl)-2-(amino) pyrimidine de formule comme suit
et leurs sels ou dérivés.
Compte tenu de leur réactivité vis-à-vis des isoformes PrPSc, les composés de formule générale I possèdent manifestement la capacité de se lier à au moins un acide aminé.
Sans vouloir se lier à une théorie quelconque, il semblerait que les composés conformes à la présente invention s'avèrent capables de se fixer à au moins l'une des deux régions suivantes de la partie C-terminale de la protéine PrP :
- une région située au niveau du pont disulfure (résidu Cy s 179 et Cy s 214) qui relie les hélices H2 et H3,
- une région située au niveau de l'hélice Hl (comprenant les résidus 144- 154), localisée à l'interface du dimère de PrP dans la structure cristalline.
L'amplification est réalisée généralement par incubation des cellules présumées infectées ou non, avec une quantité efficace en composé(s) de formule générale I. Cette incubation est réalisée dans des conditions propres à l'amplification, généralement
à 37 °C, un pH physiologique, pendant une durée suffisante qui peut s'étendre jusqu'à 3 jours environ.
Au sens de la présente invention, "quantité efficace" signifie au moins la quantité minimale et suffisante pour observer l'amplification de Foligomérisation d'au moins une isoforme PrPSc, éventuellement présente dans l'échantillon biologique faisant l'objet de l'analyse.
Pour des raisons évidentes, cette quantité est susceptible de varier significativement selon la sensibilité recherchée au niveau de la méthode de diagnostic et/ou la quantité initialement présente en isoforme(s) PrPSc.
Par exemple, cette concentration peut varier de 0,1 à 20 μM.
Dans le cas d'un mode de détection immunologique des isoformes PrPSc, celui- ci peut être réalisé par des méthodes conventionnelles de screening telles que hybridation ou réaction anticorps/antigènes. Un tel traitement nécessite au préalable la lyse cellulaire en utilisant des méthodes physiques, mécaniques ou chimiques conventionnelles.
Selon une variante de l'invention, les lysats cellulaires ayant subi le procédé d'amplification selon l'invention, peuvent être, au préalable à la détection des isoformes PrPSc, soumis à une digestion partielle par une protéase et notamment la protéase K de manière à éliminer les molécules de PrPc et donc ne conserver que les isoformes PrPSc dans l'échantillon biologique. La présence de ces isoformes PrPSc peut être ensuite détectée par simple analyse conventionnelle, notamment de type immunoblot.
Par exemple, ledit traitement à la PK peut être réalisé de la manière suivante : 1 μg de PK pour 50 ou 25 μg de protéines à digérer pendant Ih à 37 °C pour un total de 200 μg de protéines dans un volume final de 400 μl.
Selon un mode de réalisation particulier de l'invention, ce traitement avec la protéase K peut être également réalisé dans les conditions décrites dans le document WO 01/35104 dont le contenu est incorporé par référence à la présente demande. Ce traitement vise à dégrader complètement l'isoforme normale PrPc tout en conservant tout ou partie des motifs octa-peptides répétés de la PrPSc, et ce quelque soit la souche d'agent transmissible non conventionnel (ATNC).
Il y a lieu de noter qu'un certain nombre de paramètres sont étroitement liés entre eux : la concentration en protéinase K dépend directement de la durée de traitement (temps d'incubation) de l'échantillon : On peut ainsi considérer qu'à 37 °C par exemple,
une incubation de 10 minutes avec une PK à un concentration comprise en 30 et 200 μg/ml d'homogénat à 10 % est équivalente à une incubation de 30 minutes avec une PK à une concentration comprise entre 10 μg/ml et 70 μg/ml d'homogénat à 10 %. Par exemple, une incubation pendant 30 minutes avec une PK à 25 μg/ml est équivalente à une incubation de 10 minutes avec une PK à une concentration de 75 μg/ml.
Dans le cas d'une utilisation d'un dérivé de composé de formule générale I c'est-à-dire doté d'un mode de marquage, la détection peut être réalisée selon les conditions standards préconisées pour le marqueur retenu.
La présente invention a en outre pour objet un kit de diagnostic utile pour la mise en œuvre d'un procédé conforme à l'invention, caractérisé en ce qu'il comprend à titre de réactif au moins un composé de formule générale I.
Selon un autre de ses aspects, la présente invention concerne un kit utile pour le diagnostic d'une ESST caractérisé en ce qu'il comprend au moins un composé de formule générale I en association avec un ligand de la protéine cellulaire PrP et en particulier d'une iso forme PrPc. Plus particulièrement, il s'agit d'un anticorps monoclonal, ou non, ou d'un mélange d'anticorps monoclonaux.
De tels anticorps sont notamment décrits dans Nishida et al. (J. Virol, 74 :320- 325, 2000) et commercialisés par la société SPIBIO. Ils sont également décrits dans le brevet WO 01/35104.
Selon un autre de ses aspects, la présente invention concerne un kit utile pour le diagnostic d'une ESST caractérisé en ce qu'il comprend au moins un composé de formule générale I sous la forme d'un dérivé doté d'un système de marquage. Le marquage peut être propice à une détection luminescente, notamment par fluorescence ou par affinité à l'image d'un couple streptavidine/biotine par exemple.
Les exemples et figures figurant ci-après sont présentés à titre illustratif et non limitatif du domaine de l'invention :
Figures :
Figure 1 : Elle illustre l'activité d'un composé A conforme à l'invention, sur la PrPSc de cellules infectées N2a58/22L. L'analyse est réalisée par immunoblot après traitement à la protéinase K, (Co = cellules n'ayant subi aucun traitement, D = cellules
traitées par le solvant seul (DMSO), CR = Rouge Congo, Tl et T2 sont deux composés témoins inefficaces.
Figure 2 : Elle illustre l'activité dose-réponse du composé A conforme à l'invention, sur la PrPSc de cellules infectées N2a58/22L. L'analyse est réalisée par immunoblot après traitement à la protéinase K. Le composé A a été testé en utilisant une gamme de concentrations de 0,1 à 20 μM, afin d'établir une courbe dose-réponse. (Co = cellules n'ayant subi aucun traitement, les chiffres de 0,1 à 20 correspondent aux concentrations de produit utilisées (en μM)).
Figure 3 : Elle rend compte de l'effet du composé A conforme à l'invention, sur la PrPc de cellules non infectées, N2a58. L'analyse est réalisée par immunoblot (les chiffres 1 à 10 μM correspondent aux concentrations de produit A utilisé au cours de l'incubation avec les cellules).
Figure 4 : Elle illustre l'activité dose-réponse du composé A sur la PrPSc de cellules infectées N2a58/22L. L'analyse est réalisée par immunoblot après traitement à la protéinase K. Le composé A a été testé en utilisant une gamme de concentrations de 5 ou 20 μM pendant 3 à 14 jours. (Co = cellules n'ayant subi aucun traitement, les chiffres de 5 et 20 correspondent aux concentrations de produit utilisées (en μM)).
Figure 5 : Elle rend compte de l'absence d'effet du composé A sur la PrPc de cellules non infectées, N2a58. L'analyse est réalisée par immunoblot avant et après traitement à la protéinase K. Les chiffres 5 à 20 μM correspondent aux concentrations de composé A utilisées au cours de l'incubation avec les cellules.
Figure 6 : Elle illustre une comparaison de l'effet du composé A à 5 et 20 μM avec celui d'un composé B conforme à l'invention à 20 μM sur la PrPsc de cellules infectées N2a58/22L après une incubation prolongée des composés durant 14 jours. Les échantillons ont été analysés avant et après traitement à la protéinase K. (Co = cellules n'ayant subi aucun traitement, les chiffres de 5 et 20 correspondent aux concentrations de produit utilisées (en μM)).
Les essais ont été réalisés en utilisant à titre de composé de formule générale I, soit le composé A, à savoir le 4-(5-bromo-2-thiényl)-2-(méthylthio)pyrimidine commercialisé par la société MAYBRIDGE sous la référence ACD 30432, ou le composé
B à savoir le 4-(5-thiényl-2-thiényl)-2-(amino) pyrimidine commercialisé par la société MAYBRIDGE sous la référence SEW 02312.
Exemple 1 : Criblage in vitro sur des cultures cellulaires chroniqucmcnt infectées par les prions
Le composé A est testé in vitro sur des lignées de neuroblastomes murins chroniquement infectés par la souche de prions 22L (souche de scrapie stabilisée chez la souris) (Nishida N. et al., J. Virol. (2000) 74, 320-325). Cette lignée cellulaire infectée, appelée N2a/22L, produit en grande quantité des molécules de PrPSc qui sont résistantes à la digestion partielle par la protéinase K, et qui possèdent des propriétés réminiscentes à celles des prions. Les cellules infectées N2a/22L sont capables de provoquer une ESST lorsqu'elles sont inoculées intra-cérébralement aux souris. Les cellules infectées N2a/22L sont incubées avec le composé A, à une concentration de 20 μM pendant une période de 3 jours à 37 °C et 5 % CO2.
Au terme de 3 jours, les cellules confluentes sont lysées en présence de détergents. Les lysats cellulaires, normalisés au niveau de leur quantité en protéines, sont soumis à une digestion partielle par la protéinase K (PK), afin d'éliminer les molécules PrPc par rapport aux cellules contrôles non traitées. Le produit est testé en duplicat afin d'éliminer les effets non reproductibles.
Dans une seconde étape, le composé A a été retesté en utilisant une gamme de concentrations de 0,1 à 20 μM, afin de voir si un effet dose-réponse pouvait être obtenu. On observe une augmentation du signal d'environ 90 fois à 20 μM sur les formes oligomériques par rapport à un contrôle non traité.
Les figures 1 et 2 rendent compte des résultats obtenus par analyse immunoblot, après traitement de la protéinase K. On note que le composé A augmente de manière remarquable le taux de PrPSc dans les cellules infectées.
Comme les cellules infectées expriment à la fois des molécules de PrPc et de PrPSc, il a été recherché sur laquelle de ces deux isoformes le composé A agissait. En particulier, il a été recherché si les oligomères qui migrent à 49 kDa et 98 kDa (figure 1) étaient des oligomères de PrPc devenus plus résistants à la protéinase K consécutivement à leur interaction avec le composé A. Pour cela, des cellules non infectées qui expriment seulement l'isoforme PrPc ont été incubées en présence du composé A. Les résultats
présentés en figure 3 montrent que le composé A n'augmente pas l'oligomérisation de la PrPc dans les cellules.
Exemple 2 : Effet du composé A sur des cultures cellulaires infectées ou non par le prion.
Le composé A a été incubé en présence des cellules N2a58/22L pendant une période de 14 jours, à une concentration de 5 et 20 μM.
Des lysats cellulaires ont été analysés par immuno-blot après une période de 3, 7, 11 et 14 jours.
Les résultats indiquent qu'une incubation prolongée de ce composé sur les cellules infectées n'induit pas l'apparition de formes oligomériques de taille supérieure à celles observées sur une période de 3 jours. Il n'est pas observé non plus de déplétion de la forme monomérique prpSc 27 30 au profit d'une amplification plus importante des formes oligomériques autour de 50-60 kDa (Figure 4).
En revanche, à la concentration de 20 μM de composé A, la proportion des formes oligomériques amplifiées est équivalente à 3 jours comme à 14 jours ce qui montrent que l'état d'équilibre est atteint en 3 jours, ce qui n'est pas le cas pour la concentration de 5 μM ou l'équilibre est atteint au bout de 11 jours.
L'effet du composé A sur l'induction de l'apparition de forme résistante à la protéinase K chez la protéine du prion PrPc normale a été étudié.
Des cellules normales N2a58, issues de la même lignée que les cellules infectées N2a58/22L, on été incubées en présence du composé A pendant une période de 3 jours. L'analyse par immuno-blot des échantillons avant et après digestion par la protéinase K, ne permet pas de mettre en évidence des formes oligomériques de la protéine prion normale, PrPc, ni l'apparition de bandes résistantes à la digestion par la protéinase K (Figure 5).
Ces résultats suggèrent que le composé A agit spécifiquement sur l'amplification de l'isoforme infectieuse PrPSc de la protéine prion.
Exemple 3 : Effet du composé B sur des cultures cellulaires infectées ou non par le prion.
La courbe dose-réponse pour le composé B a été obtenue sur des cellules N2a58/22L incubées pendant 3 jours avec des concentrations de B de 5 à 20 μM. A 5 μM le taux de formes oligomériques de PrPSc est identique à celui observé pour la concentration de 10 ou 20 μM, ce qui suggère qu'à 5 μM, la courbe dose-réponse atteint déjà son plateau.
Par ailleurs, une cinétique comparative entre les composés B et A, sur une période d'incubation de 14 jours, révèle une capacité supérieure d'amplification du composé B.
Après 14 jours d'incubation des cellules avec le produit B, à une concentration de 20 μM, le taux de formes oligomériques observé est beaucoup plus important que pour le composé A dans les mêmes conditions.
L'ensemble de ces résultats est illustré en Figure 6.