Elément coupant pour outil de conformation d'une surface osseuse, et outil ainsi équipé.
L'invention concerne le domaine des instruments chirurgicaux, et plus particulièrement les outils destinés à donner une conformation précise à une sur- face osseuse, par exemple préalablement à la pose d'une prothèse.
Il doit être entendu que, par le terme « surface osseuse », dans la suite de la description on désignera aussi bien une surface externe naturelle (par exemple une cavité cotyloïde du bassin recevant une tête fémorale ou la cavité glénoïde d'une omoplate recevant la tête humérale) qu'une surface interne à Ia- quelle le chirurgien a accès à la suite de la section d'une partie osseuse (par exemple la cavité médullaire d'un os long tel qu'un fémur ou un humérus, qui devient accessible après la section de la tête fémorale ou humérale en vue de la pose de l'élément fémoral ou humerai d'une prothèse de hanche ou d'épaule).
Lors de la pose d'une prothèse de hanche, un préalable à la pose de l'implant cotyloïdien est la préparation par le chirurgien de la surface du cotyle naturel, de façon à lui conférer la forme la plus adaptée au maintien de l'implant. Cette étape est particulièrement importante notamment lorsqu'on utilise des implants qui sont mis en place purement par impaction (technique dite « press fit »), sans utilisation d'un matériau de scellement, et pour lesquels la forme de la cavité cotyloïdienne rectifiée doit être rigoureusement adaptée à celle de la face postérieure de l'implant pour assurer un maintien optimal de celui-ci après sa mise en place.
Cette conformation du cotyle est réalisée par le chirurgien à l'aide d'une « fraise à cotyle », c'est-à-dire d'un instrument pouvant être mis en rotation et qui porte à son extrémité un élément coupant amovible de manière à pouvoir être remplacé quand cela est nécessaire. Cet élément coupant est de forme générale hémisphérique, et présente des aspérités formant lames qui découpent la paroi du cotyle et la rectifient en lui donnant la forme et les dimensions désirées. Cet élément coupant est réalisé habituellement en un matériau unique tel que l'acier inoxydable.
Cet élément coupant présente l'inconvénient d'être coûteux à réaliser, du fait qu'il est en un matériau onéreux et nécessite un usinage complexe lors de sa dernière étape de fabrication. De plus, il s'use progressivement lors son utilisation
et perd donc de son efficacité. Il doit donc être remplacé régulièrement, à moins qu'il ne soit possible de le réusiner pour restaurer ses capacités de coupe. Un tel réusinage est de toute façon difficile, ne peut être pratiqué sur le site chirurgical et rend l'instrument inutilisable pendant une certaine période si un élément de re- change n'est pas immédiatement disponible. Et à la longue, ces réusinages peuvent finir par modifier ses dimensions d'une façon inacceptable. Surtout, entre chaque utilisation de l'élément, il est nécessaire de le nettoyer, de le décontaminer et de le stériliser soigneusement, et de conserver ce caractère stérile jusqu'au bloc opératoire. La gestion de ces éléments coupants par le site hospitalier, afin de s'assurer de leur constante disponibilité dans des conditions adéquates, est donc complexe. Si elle est défaillante, cela peut conduire à déprogrammer une opération au dernier moment.
Le but de l'invention est de proposer des éléments coupants d'outils de conformation de surfaces osseuses, notamment de cotyles, ayant un coût de fa- brication plus réduit que les éléments coupants existants, ainsi qu'une efficacité optimale.
A cet effet, l'invention a pour objet un élément coupant pour outil de conformation d'une surface osseuse, caractérisé en ce qu'il comporte :
- une pluralité d'éléments formant lames en un matériau métallique, pour- vus chacun d'au moins une arête coupante ;
- un support réalisé dans un matériau différent de celui des éléments formant lames ; lesdits éléments formant lames étant intégrés au support lors de la fabrication de l'élément coupant et ayant une forme tubulaire et présentant un rebord coupant à au moins l'une de leurs extrémités, et en ce qu'ils comportent un axe longitudinal (XX) présentant une inclinaison d'un angle (α) par rapport à la surface du support, cet angle (α) étant compris entre 35 et 45°.
Ledit support peut être réalisé en polymère, en matière plastique ou en élastomère. Ledit support peut avoir été réalisé par surmoulage autour desdits éléments formant lames.
Ledit support peut avoir été réalisé par soufflage, et en on y a implanté mécaniquement les éléments formant lames préalablement usinés.
Le support peut présenter une cavité interne.
Lesdits éléments formant lames peuvent présenter sur leur surface externe des aspérités et/ou des creux favorisant leur accrochage au support.
La forme générale de l'élément coupant peut être hémisphérique ou qua- siment sphérique.
L'invention a également pour objet un outil de conformation d'une surface osseuse, caractérisé en ce qu'il comporte à son extrémité un élément coupant amovible du type précédent.
Comme on l'aura compris, dans l'invention on réalise l'élément coupant d'un outil de conformation d'une surface osseuse non sous forme d'une pièce monobloc, usinée de façon à lui procurer les aspérités formant lames assurant la découpe de la surface osseuse, mais sous forme d'une pièce multi-matériaux. La découpe de l'os est assurée par une série de pièces formant des aspérités sur la surface externe de l'élément, et présentant chacune à cet effet une arête coupante formant lame. Ces pièces sont réalisées en un matériau normalement métallique, identique ou comparable à ceux utilisés pour réaliser les éléments coupants monoblocs classiques, et sont intégrées, par exemple par surmoulage, à un matériau de base formant le restant de l'élément. Ce matériau de base doit être suffisamment rigide pour assurer le maintien des pièces coupantes, mais peut être d'un type moins coûteux que celui des pièces coupantes, par exemple un polymère tel que PMMA ou une matière plastique, voire en élastomère.
Selon l'invention, ces pièces coupantes sont constituées par des éléments tubulaires présentant un rebord coupant formant lame, et dont l'axe longitudinal est incliné par rapport à la perpendiculaire à la surface du matériau de base de l'élément d'un angle compris entre 35 et 45°.
Les éléments coupants peuvent être réalisés en grande série, par décolle- tage, et en utilisant une quantité de matière relativement faible, ce qui réduit le coût global des matières premières utilisées pour la fabrication de l'élément et les coûts liés à la fabrication des parties métalliques de l'élément. Quant au matériau de base constituant le support de ces éléments coupants, son coût matière est faible, et le surmoulage ou le soufflage qui permet optimalement de lui intégrer les éléments coupants est une opération simple et rapide à réaliser, ne nécessitant
que des moules et une machine d'injection ne posant pas de problèmes particuliers de conception et de mise en œuvre.
De plus, le coût réduit de la fabrication de ces éléments rend envisageable de les concevoir comme des outils stériles à usage unique, ce qui présente comme avantages :
- de garantir à chaque utilisation une qualité d'outil optimale et constante, sans nécessiter de réusinage périodique pour maintenir cette qualité ;
- de supprimer les nettoyages, décontaminations et stérilisations pratiqués entre deux utilisations des éléments coupants habituels ; il suffit simplement, après la fabrication de l'élément selon l'invention, de le stériliser et de l'emballer, l'emballage pouvant n'être ouvert qu'au dernier moment sur le site opératoire ; après usage, l'élément est simplement mis au rebut ; cela facilite grandement la gestion du matériel du site opératoire car il est ainsi aisé de se rendre compte avant une opération si le matériel adéquat est disponible et en bon état de fonc- tionnement, et d'être assuré qu'il est parfaitement stérile.
Afin de limiter encore les coûts de fabrication et d'améliorer le bilan écologique global de cette fabrication et de l'utilisation du dispositif selon l'invention, il est tout à fait possible de recycler partiellement les éléments usagés en détruisant leur matériau support, par exemple par chauffage ou passage dans un solvant, et en récupérant les éléments coupants. Ceux-ci sont ensuite renvoyés à un métallurgiste, et ils peuvent être refondus, notamment pour la fabrication du matériau constitutif d'éléments coupants neufs.
L'invention sera mieux comprise à la lecture de la description qui suit, donnée en référence aux figures annexées suivantes : - la figure 1 qui montre vu de face un exemple de dispositif selon l'invention, en l'occurrence une tête de forme générale hémisphérique destinée à être montée sur un outil de conformation d'un cotyle ;
- la figure 2 qui montre un détail de la tête de la figure 1 en coupe selon II-
II ; - la figure 3 qui montre cette même tête vue par en dessous en perspective de manière plongeante ;
Un exemple de dispositif selon l'invention représenté sur les figures 1 à 3 est un élément coupant 1 destiné à être monté à l'extrémité d'un organe
d'entraînement, pour la conformation d'une cavité cotyloïde de bassin ou d'une cavité glénoïde d'omoplate. Il comporte, selon l'invention :
- une série d'éléments formant lames 2 en un matériau métallique, en acier inoxydable par exemple, qui, dans l'exemple représenté, ont une forme gé- nérale cylindrique tubulaire, c'est-à-dire qu'ils présentent une cavité longitudinale 3 qui les traverse de part en part ;
- et un support 4 rigide en polymère ou en une matière plastique par exemple le PMMA ou le PET, de forme générale hémisphérique dans l'exemple représenté, dans lequel lesdits éléments formant lames sont intégrés et solide- ment ancrés.
Ce support 4 présente des moyens (non représentés) qui, de façon classique, lui permettent d'être fixé de manière amovible à l'extrémité d'un outil grâce auquel le chirurgien peut imprimer un mouvement de rotation au dispositif. Ces moyens sont adaptés à l'outil précis auquel l'élément coupant 1 est destiné. No- tamment, la partie hémisphérique du support 4 peut être prolongée par une courte portion cylindrique qui dans certains cas facilitera la préhension du support 4 par l'outil. Cet outil, qui peut être mis en mouvement soit de manière uniquement manuelle, soit également de manière motorisée, est d'un type connu en lui-même et ne nécessite pas d'être davantage décrit et d'être représenté. Si le support 4 est réalisé en une matière plastique transparente, le chirurgien a la possibilité de voir l'aspect de la surface découpée en cours d'opération, sans avoir à interrompre celle-ci et retirer l'outil de conformation, ce qui est un avantage supplémentaire par rapport à un élément coupant entièrement métallique. Comme on le voit notamment sur la figure 2, les éléments formant lames
2 sont conformés sur la périphérie de l'une de leurs extrémités de manière à présenter un rebord 5 coupant, constituant la partie fonctionnelle de l'élément formant lame 2 et apte à découper la paroi osseuse de la cavité cotyloïde du patient lorsque l'élément coupant 1 est placé dans la cavité et mis en rotation. Les éléments formant lames 2 sont disposés dans le support 4 de façon à ce que :
- leurs rebords coupants 5 émergent de la surface externe 6 du support 4 sur au moins une portion de leur périmètre, et en définissant une enveloppe sen-
siblement en forme de calotte hémisphérique dont la courbure correspond à la courbure que le chirurgien souhaite conférer à la cavité cotyloïde du patient traité ; - leurs axes longitudinaux X-X sont orientés pour que les rebords coupants 5 puissent attaquer la paroi osseuse selon un angle de coupe leur conférant une bonne efficacité dans leur fonction ; cet angle de coupe est défini par l'angle α que forment l'axe X-X avec la perpendiculaire à la surface du support 4, et est, selon l'invention, de 35 à 45° pour une efficacité optimale de la coupe ; de préférence cet angle α est le même pour tous les éléments coupants 2, afin d'assurer une bonne homogénéité de la conformation de la cavité ; - les axes longitudinaux X-X des divers éléments formant lames 2 inter- sectent la surface externe 6 du support selon une ligne générale hélicoïdale 7, et sont en nombre suffisant pour que lors de l'opération de découpe, l'ensemble de la surface de la cavité cotyloïde puisse être attaqué par les rebords coupants 5 et présenter, en fin d'opération, une surface sphérique aussi régulière que possible, permettant dans de bonnes conditions l'insertion de l'implant cotyloïdien de la prothèse de hanche ou d'épaule et son maintien.
Comme on l'a dit, une caractéristique de l'invention réside dans le fait de réaliser les seules parties fonctionnelles de l'élément coupant 1 dans un matériau métallique onéreux à préparer et à usiner, la partie 4 les supportant étant réalisée dans un matériau à faible coût.
Un avantage important de la configuration tubulaire des éléments formant lames 2 (qui n'est d'ailleurs pas forcément cylindrique mais pourrait être tronconi- que ou autre) est que si, comme dans l'exemple représenté, elle est couplée à un support 4 présentant lui-même après le surmoulage une cavité interne 8 laissée libre, au moins en partie, après la fixation de l'élément 1 sur l'outil de conformation de la cavité cotyloïde, les copeaux d'os résultant de la conformation ont la possibilité d'être évacués à travers les cavités 3 des éléments formant lames 2. Ils se retrouvent donc emprisonnés dans la cavité 8 du support 4 et ne gênent pas le déroulement de la suite de la conformation. On peut prévoir également qu'en cours même de l'opération ils puissent être extraits de la cavité 8 du support 4 par un dispositif d'aspiration connecté à l'outil de conformation.
Pour fabriquer l'élément coupant 1 selon l'invention, une méthode simple et efficace consiste à usiner par décolletage les éléments formant lames 2 et à les
disposer sur un support leurs conférant les emplacements et orientations désirés. Puis on réalise sur eux un surmoulage de la matière plastique constituant le support 4, de manière à les y intégrer. Cela peut être réalisé d'une manière parfaitement classique pour l'homme du métier, au moyen d'une machine d'injection comportant un moule de forme adéquate. Il faut simplement éviter que lors du surmoulage, de la matière plastique ne pénètre dans les cavités 3 des éléments formant lames 2 et ne les bouche, à moins qu'après la solidification complète du support 4 on ne procède à un débouchage des cavités 3.
Une autre méthode pour fabriquer l'élément coupant 1 consiste à réaliser par soufflage d'un matériau polymère (tel que le PET) le support 4, puis à y implanter mécaniquement les éléments formant lame 2 préalablement usinés.
Pour assurer un bon ancrage des éléments formant lames 2 dans le support 4, il est conseillé de leur conférer sur leur surface externe des aspérités et/ou des creux, autour de ou dans lesquels la matière plastique constituant le support 4 se solidifie. Dans l'exemple représenté, on a ainsi ménagé (voir la figure 2) sur la surface externe de chaque élément formant lame 2 une protubérance annulaire 9 de section triangulaire. Celle-ci empêche les éléments formant lames 2 de glisser dans le support 4 selon leur axe longitudinal X-X. On pourrait prévoir, en plus, d'autres éléments, par exemple des aspérités ou des cannelures longitudinales, qui empêcheraient un glissement en rotation des lames.
Avantageusement, lors de la fabrication des éléments formant lames 2, on peut conférer à ceux-ci une forme complètement symétrique, notamment en ménageant un rebord coupant 5 à chacune de leurs extrémités. Cela permet de simplifier le processus de fabrication de l'élément 1 , en ce que l'opérateur ou la machine assurant la mise en place des éléments formant lames 2 sur leur support avant le surmoulage ou le soufflage du support 4 n'a pas à se préoccuper du sens dans lequel il faut disposer les éléments formant lames 2.
Une autre variante de l'invention consiste à conférer au matériau du support 4 une certaine souplesse, par exemple en le réalisant en élastomère. De cette façon, on peut faciliter la conformation de la surface osseuse en la rendant plus progressive, le support 4 tendant davantage à épouser la forme initiale de la surface que s'il était en un matériau très rigide. Pour un outil de conformation d'une
cavité cotyloïde, un outil souple peut être utilisé dans une première étape de la conformation pour assurer un dégrossissage de celle-ci.
Une autre variante de l'invention, non représentée, peut consister à conférer au support 4 une forme non hémisphérique, mais quasiment sphérique, et à disposer des éléments formant lames 2 de part et d'autre de l'équateur de la portion de sphère. De cette façon, la conformation correcte de la cavité cotyloïdienne est moins dépendante de l'inclinaison de l'outil de coupe, et cela facilite le travail du chirurgien. Par exemple, les éléments formant lames 2 peuvent s'étendre sur un angle de 270° contre 180°au maximum pour un su pport 4 hémisphérique. Les éléments formant lames 2 peuvent par exemple avoir un diamètre de
0,5 à 5mm. Le support 4 peut avoir un diamètre de 18mm (pour la médecine vétérinaire) à 65mm. Il va de soi que les éléments coupants de l'invention peuvent être utilisés pour conformer d'autres surfaces osseuses que des cotyles, si on veut leur conférer une forme en forme en portion de sphère.